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La Défense Passive à Fontenay-sous-Bois

La Défense Passive à Fontenay-sous-Bois

La Défense Passive (Fonds D. Codevelle)

La mise en place d'un système de protection des civils

La mise en place d'un système de protection des civils

Liste d' affectation des chefs de secteur sur Fontenay-sous-Bois, vers 1939. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Les origines de la Défense Passive sont en partie à rechercher dans la Première Guerre mondiale.

L'hécatombe humaine de cette guerre a profondément marqué les familles et on se dit que "14-18" doit être la "Der des Ders".

Fontenay-sous-Bois a payé un lourd tribut : 623 soldats et civils tués. Cela représente environ 4% de sa population totale.

Beaucoup de combattants reviennent marqués, malades. Les civils découvrent les « gueules cassées », les effets mortels et à retardement des gaz de combats.

De nombreux poilus meurent après la signature de l’armistice et même après le traité de paix, des suites de l’inhalation de ces gaz.

La ville de Fontenay subit plusieurs bombardements dont un mortel dans la nuit du 30 au 31 janvier 1918. Deux enfants décèdent, leur mère est gravement blessée. Un article dans le journal L’illustration relate les funérailles.

Un discours sur le péril aérochimique se propage entre les deux guerres. Il s'appuie sur deux innovations de la Première Guerre mondiale: l'aviation de bombardement et les gaz de combat.

Parallèlement un débat s'instaure sur la protection à adopter contre ce péril. La solution d'une défense passive l'emporte sur celle d'une interdiction totale des armes chimiques, jugée irréaliste. 

Les autorités militaires développent le culte de la défensive avec notamment la Ligne Maginot (1928-1940), système fortifié le long des frontières franco-allemandes. 

La loi du 8 avril 1935 organise la Défense passive qui consiste à prendre les mesures de protection et de sauvegarde de la population civile contre les bombardements.

Toutes les nouvelles constructions publiques doivent intégrer des abris anti-bombardements et les communes doivent lister tous les abris publics ou privés disponibles afin d'accueillir au mieux la population.

Dès décembre 1935, le maire de Fontenay-sous-Bois, Jules Grévin, s'inquiète pour les pensionnaires de l'hospice intercommunal en cas d'attaque aérienne.

Trois évènements venus d'Allemagne précipitent l'organisation de la Défense Passive: en mars 1936, la remilitarisation de la Rhénanie ; en mars 1938, l'annexion de l'Autriche (Anschluss) ; en mars 1939, l'occupation de la Bohême-Moravie.

La loi du 11 juillet 1938 (abrogée en 2004) encadre l'organisation générale de la France par temps de guerre.

Les villes, sous l'autorité du préfet et du maire, préparent et réalisent la protection de la population.

En 1938, les autorités municipales fontenaysiennes doivent prévoir des ouvrages de protection (tranchées-abris, caves-abris ...) pour environ 32 000 habitants (aliénés, hospitalisés, militaires, séminaristes compris). 

La ville de Fontenay-sous-Bois est découpée en 8 secteurs, chacun étant dirigé par un chef de secteur.

Chaque secteur est divisé en 31 îlots, souvent des groupes d'habitations dont on peut faire le tour complet par les rues. Chaque îlot est dirigé par un chef d'îlot sous les ordres du chef de secteur.

Chaque îlot est composé d'immeubles ; chaque immeuble est sous la responsabilité du chef d'immeuble qui est aussi chef d'abri sous les ordres du chef d'îlot. Ce chef d'immeuble est souvent le concierge de l’immeuble. Le chef d'abri doit faire respecter l'ordre et la discipline dans l'abri pendant les alertes.

Le personnel de la  Défense passive est composé d'agents des services publics parfois rémunérés, de volontaires ; aussi bien des femmes que des hommes, de civils non mobilisables ainsi que de réservistes.

Henri Flon, père de Suzanne (comédienne à succès) est chargé de l'îlot entourant le groupe scolaire Victor-Duruy. Il doit passer tous les soirs avec un sifflet et un brassard jaune pour rappeler aux habitants la nécessité de masquer leurs lumières."

 Il existait des couleurs différentes pour chaque type de mission ou de hiérarchie: le rouge (casque et brassard) pour les responsables des incendies ; blanc pour le sanitaire (ici notre brassard) souvent on y ajoutait la croix rouge de l’organisation … le jaune était pour le personnel de détection des gaz et de désinfection.

Le chef d’îlot pouvait avoir un équipement particulier : un casque en acier, une combinaison en toile kaki, un brassard, un masque, une lampe électrique, un sifflet…

Les membres de la Défense passive doivent être facilement identifiés par la population et ne pas être confondus avec d’éventuels pilleurs en cas de déblaiement des décombres. Toute usurpation d’une fonction de Défense passive est passible de poursuites.

En 1940, la Défense passive  passe sous le contrôle de l'occupant allemand qui publie entre 1941 et 1943 des ordonnances à ce sujet.

Le rôle de ce personnel n’est pas sans risque. A la Libération de Fontenay, en août 1944, un volontaire de la Défense passive, brancardier, Raymond Méchin est mortellement blessé alors qu’il portait secours à un blessé.

Georges Jacquinot, fontenaysien, se souvient :

"Quand venait la nuit, aucune lumière ne devait être visible de l'extérieur. Un soir, les rideaux étaient mal fermés. Un coup de sifflet retentit de la rue. Un coup d'oeil nous permit d'apercevoir deux motards allemands. Bien qu'immédiatement le rideau soit tiré, quelques instants plus tard on frappait à notre porte et les deux Allemands de la Feldgendarmerie entrèrent dans l'appartement et menacèrent notre père de l'emmener avec eux. Nous les enfants, nous nous sommes précipités dans les jupes de notre mère. Mon père a eu la présence d'esprit de montrer notre photo de première communion...ils sont repartis. Quand la sirène retentissait, un sac toujours prêt avec quelques vêtements, un peu de nourriture, nous descendions du 5ème étage à la cave où nous retrouvions certains autres locataires. Nous regagnions l'appartement à la fin de l'alerte signalée à nouveau par la sirène." 

Brassard Défense passive, sans date, archives municipales de Fontenay-sous-BoisDépliant publicitaire sur les modèles de lampes pour les rondes,archives municipales de Fontenay-sous-Bois (Fonds D. Codevelle)La Gazette de l'Est, 30 septembre 1938, archives municipales de Fontenay-sous-BoisAffiche de la préfecture de police, 1941. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois (Fonds D. Codevelle)

L'information de la population

L'information de la population

Manuel officiel élémentaire de défense passive contre les attaques aériennes, pour élèves, enseignants et parents, couverture.Edition Hachette. 1939. Archives municipales Fontenay-sous-Bois

Dès le début des années 30, la population est informée des risques des gaz de combat dénommé "péril aérien" ou "péril aérochimique" à travers des romans, des fascicules, mis à disposition dans les commissariats et même des bandes dessinées. Mais leur diffusion reste limitée. 

Avec la montée des tensions politiques et diplomatiques l'information s'intensifie.

La section fontenaysienne de l'Union Nationale pour la Défense aérienne et la Protection des populations civiles organise en janvier 1937 une conférence avec projections sur le sujet, dans le préau de l'école Michelet.

En 1938, la population est informée des mesures de la Défense passive mais aussi des distributions de masques à gaz, des types de bombes... par voie d'affichage public. Certaines affiches rappelant les mesures de protection sont destinées à être accrochées à l'intérieur de chaque habitation.

Le conseil municipal de Fontenay, conjointement avec celui de Joinville-le-Pont, émet le voeu d'une conférence radiodiffusée en mars 1939.

Des livrets sont distribués dans chaque foyer sur l'aménagement des abris, les moyens de protection contre l'incendie, les bombes, les gaz ou encore des schémas expliquant les premiers secours.

Les services de l'Education nationale ont rédigé conjointement avec ceux de la Défense nationale un manuel scolaire très complet, illustré par Marcel Jeanjean, ancien aviateur de l'armée pendant la première guerre mondiale. 

Des cartes postales humoristiques  sur la Défense passive circulent un peu partout.

Des marques à la peinture blanche, parfois phosphorescentes, apparaissent sur les murs des immeubles privés, sur des bâtiments publics, sur les mobiliers urbains pour signaler la présence d’abris anti-aériens.

Sur une photographie prise dans les années 1980 au square Daumain (avenue Parmentier), on peut encore voir une marque à la peinture blanche, une croix de Lorraine au-dessus d’un « V ». Sous le square, la municipalité a construit une tranchée-abri au début de la seconde Guerre mondiale. 

Le symbole de la croix de Lorraine est déjà utilisé pendant la 1ère Guerre mondiale pour rappeler la reconquête de l’Alsace et de la Lorraine par la France. Il indiquait déjà la présence d’abris contre les bombardements mais il était peint en rouge.

Pendant la 2ème Guerre mondiale le symbole, accompagné d’un « V » rappelle la Résistance. Ce choix de symbole a été repris par De Gaulle en opposition à la croix gammée de l’occupant nazi.

Mesures de protection, plaque émaillée, sans date, archives municipales de Fontenay-sous-Bois (Fonds D. Codevelle)Courrier d'invitation à une conférence sur le péril aérien, 1937. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois (fonds D. Codevelle)Carte postale humoristique, sans date, archives municipales de Fontenay-sous-BoisSquare Daumain,1982. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Les alertes

Les alertes

Illustration de Marcel Jeanjean extraite du manuel scolaire "Alerte aux avions", Edition Hachette, 1939. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

"Alerte ne veut pas dire attaque"

Différents types d'objets permettent de donner l'alerte : cloches, avertisseurs de police, alarmes des pompiers, clairons, trompettes, sirènes...

Au lendemain du bombardement meurtrier du 30 au 31 janvier 1918, la municipalité fontenaysienne supprime les moyens utilisés jusqu’alors pour donner l'alerte: cloches, tambours, clairons. Elle installe des sirènes sur le toit de la mairie (devenue Maison de l’habitat et de l’environnement) et sur celui de l'usine de Bouchons, rue Charles-Bassée (usine Magafor actuelle). En 1939, seule la première demeure.

Les alertes sont presque quotidiennes et peuvent se produire de jour comme de nuit.Dès 1943, la correspondance d'une mère de Fontenay à son fils en Allemagne relate de nombreuses alertes et parfois jusqu'à 5 en une seule nuit. A Fontenay les alertes ont été nombreuses durant toute la guerre mais il n'y eut aucun bombardement. 

Celles-ci sont d'ailleurs plus nombreuses la nuit; d'où la nécessité de camoufler les sources de lumière privée. L’éclairage public est fortement réduit. Chaque habitant doit obturer ses fenêtres et utiliser des lampes spéciales "alerte".

La longueur des alertes est très variable: de quelques minutes à plus d'une heure.

Le son de la sirène est différent quand c’est le début et la fin de l’alerte. Dans le meilleur des cas, l'alerte est donnée au moins 10 minutes avant le passage des avions; cela laisse le temps à chacun de s'abriter.

En cas d'alerte s'abriter est la priorité. Dans le calme, chacun doit descendre dans les abris tout en prenant soin d'éteindre les lumières, de couper le compteur à gaz.

Les passants surpris par une alerte devaient se reporter aux panneaux ou affichettes indiquant l’abri le plus proche ainsi que sa capacité d’accueil et le nombre de personnes admises venant de l’extérieur.

Les personnes en voiture doivent la laisser sur le côté tous feux éteints et se rendre vers l'abri le plus proche.

Les autobus n’avaient pas le droit de rebrousser chemin mais devaient poursuivre leur route jusqu’à des points de stationnement situés à proximité d’abris réservés.

Deux fontenaysiennes se souviennent :

"Quand il y avait des alertes la nuit, j'attrapais mes vêtements que j'avais eu la précaution de mettre sous mon édredon et nous descendions à la cave nous mettre à l' abri des obus. Nous emportions nos petites chaises et nos poupées et quand l'alerte était finie, nous nous donnions rendez-vous pour la prochaine. Quand nous étions au bois, sitôt que nous entendions les sirènes nous nous cachions dans les tranchées du bois."

Evelyne Heudeline-Bossuet

"J'étais allée chercher ma soeur à la gare. Je l'aperçus avec ses enfants quand tout à coup il y eut une alerte. Ma soeur put passer le guichet mais moi je me trouvais "coinçée" dans la gare où je passais la nuit avec d'autres personnes dans un train pour ne rentrer que le lendemain matin à la maison."

Marguerite Thomas-Lamotte

Illustration de Marcel Jeanjean parue dans le manuel scolaire "Alerte aux avions", Edition Hachette. 1939. Archives municipales de Fontenay-sous-BoisTract sur les précautions à prendre en cas d'attaque aérienne, septembre 1938. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois (Fonds D. Codevelle)Sirène installée sur le toit de la mairie,sans date.  Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Les caves-abris

Les caves-abris

Illustration de l'intérieur d'une cave-abri par Marcel Jeanjean,  extraite du manuel scolaire "Alerte aux avions", 1939, archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Les abris anti-aériens jouent un rôle très important dans la protection de la population contre les bombardements.

Chacun doit retenir l'adresse de l'abri auquel il est rattaché en cas d'alerte.

Les abris doivent être aussi nombreux que possible. Ils peuvent être catégorisés en caves-abris et en tranchées-abris. 

Parmi les caves-abris il y avait les abris de fortune, fabriqués au fond d'un jardin. Celle du menuisier Manfredi, rue Mot, derrière l'école maternelle, peut être qualifiée ainsi.

Lucienne Scaglia se souvient: 

"Il y avait des abris de fortune dans la propriété de M. Manfredi, menuisier rue Mot. On avait les pieds dans l'eau, ce qui n'était pas rassurant du tout ni réconfortant." 

Mais cela n'empêche pas les bons souvenirs:

"C'était chic, car au début c'était souvent le jour, alors on arrêtait la classe et on s'en allait dans les abris chez Manfredi rue Mot. Ma mère m'envoyait chercher, mais moi je me cachais car dans l'abri, avec les copines on s'amusait beaucoup, on chantait, on bavardait." Denise Rameau-Schmitt 

"La nuit durant, la défense passive passe dans les rues pour inciter les gens à se rendre aux abris. Mon petit voisin veut voir. Il se met une casserole sur la tête et moi je me cache dans la niche du chien qui se trouve sous le perron en ciment armé. Devant l'école Roublot, on construit des abris, les enseignants nous apprennent à y aller rapidement en cas d'alerte." Simone Legoff

D'autres caves-abris étaient homologuées par la Préfecture qui leur attribuait un niveau de sécurité allant de 1 à 3. Pour être homologuées les caves-abris devaient se trouver dans des bâtiments d'au moins 4 étages afin d'atténuer l'impact des bombes. Pour les immeubles de moins de 4 étages, des travaux d'étaiement étaient préconisés par les architectes de la Défense passive. Madriers en bois ou poutrelles métalliques, cloisonnement des volumes importants, volets occultant sur les soupiraux permettaient d'obtenir l'agrément de la Préfecture. 

La plupart des caves n'ont que très peu d'équipements, parfois juste de quoi s'asseoir. Les autorités préconisent tout de même un matériel minimum : pelles, pioches, vivres, eau potable, caisse de sable, éclairage de secours... La préfecture préconise d’apporter dans la cave-abri un oiseau en cage !  Le volatile permet de détecter plus rapidement la présence de gaz mortel. Ainsi si l’oiseau montre des signes de faiblesse ou meurt, les occupants de la cave doivent rapidement s’équiper de leur masque à gaz. Cette technique est utilisée très souvent par les mineurs pour détecter le Grisou, gaz explosif qui a fait de nombreuses victimes.

Ces caves-abris étaient signalées par une pancarte indiquant le nombre de places pour les personnes de l’immeuble et les passants.

Les caves des immeubles de moins de 4 étages ne devaient pas accueillir plus de 30 personnes, au-delà des 4 étages le maximum ne devait pas dépasser les 50. Les caves accueillaient évidemment les habitants de l'immeuble mais les passants surpris par une alerte et loin de chez eux devaient pouvoir y trouver refuge. 

Le chef d'abri est souvent une personne habitant l'immeuble ou le concierge le cas échéant.

A la déclaration de guerre, la municipalité fontenaysienne recense 50 caves classées comme abris pouvant accueillir environ 3500 personnes.

Mais l'inégalité géographique règne: on dénombre dix caves rue Dalayrac; pour sept rue Pasteur. Mais cinq seulement existent pour toute l'avenue de la République pourtant très peuplée. Il n'y en a qu'une seule pour la rue Charles-Bassée. Idem pour la rue Mirabeau ou l'avenue de Montreuil. En comparaison, les plus grandes caves se trouvent dans le bas de Fontenay qui a une densité de population moindre.

L'hospice intercommunal Hector Malot, route de Montreuil (boulevard Stalingrad actuel) a transformé ses sous-sols en abris pour ses pensionnaires mais le maire estime que les malades incurables alités, ne pourront pas y descendre et cherche une autre solution de protection en cas d'alerte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Affiche de conseils aux habitants de l'îlot n° , Service de la Défense Passive de Fontenay-sous-Bois, 1939, archives municipales de Fontenay-sous-Bois (Fonds D. Codevelle)Illustration de Marcel Jeanjean  de la descente dans une cave-abri, extraite du manuel scolaire "Alerte aux avions", 1939. archives municipales de Fontenay-sous-BoisIllustration de Marcel Jeanjean de l' étaiement des caves, extraite du manuel scolaire "Alerte aux avions", 1939. archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Les tranchées-abris

Les tranchées-abris

Photographie du couloir de la tranchée-abri du square Daumain avenue Parmentier. 1992, archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Les tranchées-abris sont construites dès le début de la mise en place de la Défense Passive en 1935.

Ce type de protection a prouvé son efficacité pendant la première guerre mondiale mais les autorités militaires, cette fois-ci optent pour des tranchées couvertes, sous forme de galeries.

L'organisation de la Défense passive préconise un renforcement en béton légèrement ferraillé, voire armé.

Ces tranchées-abris devaient être construites à bonne distance des bâtiments afin d'éviter tout effondrement en cas de bombardement et comporter deux issues.

Les galeries devaient avoir une largeur de 1,5 m à 1,8 mètres de large et 2 mètres de hauteur.

On compte 4 personnes au mètre linéaire.

 

A l'intérieur se trouvaient des bancs fixés qui pouvaient se rabattre sur chaque côté de la paroi.

La tranchée-abri comportait aussi deux petites pièces, l'une servant de latrines et l'autre de réserve.

L'équipement des tranchées-abris se composaient de matériel de secours comme des pelles, des pioches, des seaux, des pansements, de un à deux litres d'eau potable par personne.

La plupart des équipements disponibles dans les tranchées-abris ont pour la plupart été pillés et ce malgré la présence des gardiens d'abri.

Les gardiens d'abri sont des auxiliaires de la Préfecture de police et sont payés par le Département. Dès le début de l'alerte le gardien doit se rendre à la tranchée pour l'ouvrir et aider les gens à s'y installer. Il est aussi responsable de l'entretien, de l'équipement et effectue des rondes de nuit pour voir si elle n'est pas occupée alors que l'alerte est levée.

A Fontenay, en 1939, la municipalité recense 395 mètres de tranchées bétonnées, construites par les Ponts et Chaussées et pouvant accueillir 1600 personnes.

Le conseil municipal juge ces travaux insuffisants et débloque lors de la séance d'octobre 1939 une somme d'un million de francs dont 800 000 francs pour la construction et l'aménagement de 1500 mètres supplémentaires pour 6000 personnes. Cette somme est une avance et il demandera son remboursement aux autorités supérieures. Le conseil prévoit d'employer 200 ouvriers. 

Un état archivé mais sans indication de date, recense 25 tranchées-abris à Fontenay-sous-Bois pour un total de 1853,59 mètres.

La mairie distingue huit tranchées-abris permanentes, cinq scolaires et onze dites de circonstance comme par exemple les carrières de gypse exploitées à l'époque par M. Rapp.

Des études parues dans des revues spécialisées telle que La Nature considèrent pourtant que les carrières de gypse sont trop instables pour servir d'abri anti-aérien.

La mairie de Fontenay les utilise tout de même après nettoyage et l'installation d'une porte et de banquettes. 

 
"Je me souviens avoir été à l'école Jules Ferry quelques temps, puis en 41 à l'école Pasteur parce que les abris étaient dans la cour." Lucienne Scaglia
"Devant l'école Roublot, on construit des abris, les enseignants nous apprenent à y aller rapidement en cas d'alerte." Simone Legoff
Photographie des travaux au square Daumain, entrée d'une tranchée-abri, avenue Parmentier. 1992, archives municipales de Fontenay-sous-BoisListe des abris, sans date, archives municipales de Fontenay-sous-Boisliste des abris de Fontenay en cours de réalisation ou d'aménagement, sans date, Archives municipales de Fontenay-sous-BoisTranchée-abri située sous les pelouses de la maison de l'habitat, rue de l'Ancienne mairie, sans date, archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Les tranchées abris de l'avenue du Président Roosevelt

Les tranchées abris de l'avenue du Président Roosevelt

Intérieur de l'abri, crédit photo S. Escobar

Les tranchées-abris de l'avenue du Président Roosevelt (qui se nommait avenue de Fontenay à l'époque), situées du côté pair, mesurent 183,97 mètres de long.

Elles sont divisées en 4 galeries distinctes les unes des autres.

L'abri qui est encore accesssible aurait été construit en 1939 par une société nogentaise.

Il mesure 71m de long et pouvait contenir 284 personnes.

Ses galeries font 1m38 de large pour 2m de hauteur.

Son tracé est en crémaillère: le couloir est brisé par des angles droits afin d'atténuer les effets des bombes.

La ventilation se faisait par deux plaques d'égout que le gardien soulevait afin d'y faire rentrer l'air.

Il n'y avait aucun moyen de communication vers l'extérieur.

Les attaches des banquettes-rabattables, des couvercles de latrines mobiles y sont encore présentes tout comme la consigne de sécurité "Défense de fumer".

La deuxième issue est condamnée mais on peut encore voir les escaliers.

Un panneau indicateur y a été retrouvé en 2008.Le nombre de places est effacé.

Partie de la pancarte signalétique de l'abri. Photographie service communication2ème partie de la pancarte signalétique de l'abri. Photographie service communicationInscription à l'intérieur de l'abri, crédit photo S. EscobarPartie du plan des tranchées-abris de l'avenue du Président-Roosevelt, 1987. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

La lutte contre les gaz et les incendies

La lutte contre les gaz et les incendies

Pierre Boyer enfant portant un masque à gaz, dans une tranchée en cours de construction, à Fontenay, sans date. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois.

L'obsession d'une attaque aux gaz est constante.

Il est nécessaire que la population soit informée sur les mesures à prendre en cas d'incendie ou d'inhalation de gaz.

Dès le 20 mars 1939, des masques sont distribués à la population pour protéger les yeux et les voies respiratoires des gaz. Quelques mois auparavant, les chefs d’îlot, certaines professions (chauffeurs de taxis, terrassiers, boulangers, bouchers et tripiers), les services de santé … avaient déjà reçu cet équipement.

Au début du conflit, on invite la population à se munir du masque et à ne jamais s’en séparer. Des anses sont fixées au boitier du masque pour permettre de les porter en bandoulière.

Si les habitants sont surpris par une attaque et qu'ils n'ont pas leur masque, ils doivent respecter toute une procédure et se référer au manuel de premier secours. Au pire, il est conseillé de se procurer un mouchoir, d’uriner dessus et de le porter devant le nez et la bouche …

Des livrets d'information, distribués à la population, expliquent en schémas comment porter les masques à gaz, porter secours aux blessés ou lutter contre l'incendie

"Une certaine psychose concernait les gaz de combat et la protection contre ceux-ci et également contre les bombardements éventuels. Un très mauvais souvenir : la respiration était difficile avec un tel matériel sur la tête." Pierre Boyer

"Je n'ai pas eu de masque à gaz, il en manquait. On nous a dit : " en cas de nécessité, prenez votre mouchoir et, après avoir uriné dessus, posez-le sur le nez et la bouche afin d'éviter de respirer les gaz." Gilbert Scaglia

Les incendies peuvent être provoqués par des bombes incendiaires.

La bombe la plus connue est "l'électron" chargée de thermite (La thermite est un mélange d'aluminium métallique et d'oxyde d'un autre métal, généralement l'oxyde de fer). Ces bombes traversaient les toitures et propageaient l'incendie à tous les étages.

Les pompiers ne pouvant pas intervenir partout,  la population devaient appliquer certaines consignes de sécurité et d'intervention.

Les chefs d'immeubles devaient veiller à ce que le matériel soit au complet : seaux, pelles, échelle, haches, sable, arrosoirs, extincteurs à main.

Parmi les consignes à respecter dans les livrets distribués aux familles  nous avons noté le conseil d'avoir sa baignoire sans cesse remplie d'eau.

Les combles et les greniers devaient être débarrassés de matières facilement inflammables (paille, papiers, osiers...) tout comme les escaliers.

Masque à gaz, archives municipales de Fontenay-sous-BoisMasque à gaz, archives municipales de Fontenay-sous-BoisInstruction pour un masque filtrant. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois (fonds D. Codevelle)Mesures contre les incendies, dessin extrait d'un manuel scolaire, Hachette, 1939. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois.

L' éloignement de la population

L' éloignement de la population

Mesures d'éloignement, sans date. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois, (Fonds D. Codevelle).

Le culte de la défensive se développe à tous les échelons de l'armée française. Les troupes "s'enterrent" derrière la ligne Maginot. Cette défensive doit user l'Allemagne d’Hitler.

Mais ce n'est pas pour autant que l'on sous-estime les possibilités de la Luftwaffe (armée de l'air allemande, composante de la Wehrmacht).

L'éloignement fait partie des mesures de protection. Celui-ci commence d'ailleurs dès septembre 1939.

Pour les départements comme la Seine (Paris et sa région), les Bouches-du-Rhône (Marseille) ou le Rhône (Lyon) la population était dispersée dans des régions éloignées et moins menacées par d'éventuelles attaques aériennes.

Seules les personnes n'ayant pas de fonction publique ou privée indispensable à la vie de la commune ou celles relevées de la Défense Nationale pouvaient prétendre à l'éloignement.

La priorité était donnée aux femmes enceintes de plus de 5 mois et aux enfants.

Pour Fontenay-sous-Bois, la région d'éloignement était le Loiret et de nombreux fontenaysiens, surtout des enfants, étaient réfugiés dans 40 communes comme Ouzouer-sur-Loire, Bosny-sur-Loire, Coulmiers, La Ferté-Saint-Aubin, Viglais, Châtillon-Coligny, Montargis, Nogent-sur-Vernisson, Bardon, Châlette-sur-Loing, Gondreville-la-Franche, Pannes, Saint-Maurice-sur-Aveyron, Phitiviers, Batilly-en-Puisaye, Varennes-en-Gatinais, Gien, Ousson, Dammarie-en-Puisaye, Villemurlin, Villevoques, Lorris, Villemandeur, Chevillon-sur-Huillard, Amilly, Saint-Gondon, Poilly-lez-Gien, Adon, Saint-Maurice-sur-Fessard, Beaulieu, Saint-Jean-de-Braye, Vesines, Bougy-les-Neuville...

Cet éloignement des enfants était la meilleure solution contre les attaques aériennes car au début du conflit les tranchées abris des bâtiments scolaires n'étaient pas assez nombreuses pour protéger tous les élèves. Beaucoup d'ouvrages étaient en cours de construction. Et la rentrée scolaire, le 1er octobre, devait se faire malgré tout. Des classes entières partent avec leur enseignant-e dans ces villages du Loiret.

Les foyers n'ayant pas de famille ou d'amis dans les régions les moins menacées bénéficiaient de l'organisation prévue par le Préfet et le maire.

Des trains spéciaux ont été mis à la disposition de la population en direction des « localités de correspondance ». A Fontenay les tickets, gratuits étaient à retirer à la mairie, à l’hospice (EHPAD Hector Malot actuel) et au dispensaire du Plateau (n’existe plus). Sur le ticket est précisé le n° du train la gare et l’horaire de départ du train.

Ce dispositif est proposé seulement pendant les  10 jours qui ont suivi le 2ème jour de la mobilisation générale.

La commune de Fontenay-sous-Bois soutenait les "villes-refuges" en argent ou en biens matériels comme du linge, des vêtements, des fournitures scolaires... pour qu'une rentrée scolaire, à distance soit possible. 

 "Après un départ en compagnie de nombreux résidents de notre commune et un voyage un peu mouvementé nous voilà à Ouzouer-sur-Loire. Là un chaleureux accueil nous attendait. Ma soeur et moi avons été chez l'habitant tandis que ma mère et mes frères et soeurs restants trouvaient refuge dans la salle des fêtes de l'un des deux cafés du pays...durant notre séjour, le Maire, Monsieur Grévin est venu rendre visite aux fontenaysiens réfugiés".

Marguerite Stombellini, 7 ans

Les 310 pensionnaires de l'hospice (l’EHPAD Hector Malotactuel) sont accueillis dans un petit village du Loiret, Donnery.

La conséquence de cet éloignement est la baisse de la population fontenaysienne qui passe de 32 000 habitants avant la guerre à 20 000 à la fin du mois de septembre 39. 

Tract pour le départ volontaire, septembre 1938. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois, ( fonds D. Codevelle).Ticket d'éloignement de la population civile, 1939. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois (Fonds A. Hanse).Liste d'objets envoyés par les écoles de Fontenay-sous-Bois, sans date. Archives municipales de Fontenay-sous-BoisAffiche émanant du service central des réfugiés pour l'éloignement des enfants, mars 1940. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois.

Sources

Sources

Couverture Les années de plomb de René Maurice

Sources archivistiques:

- Alerte aux avions, manuel officiel rédigé par les services de la défense et de l'éducarion nationales, illustrations de Marcel Jeanjean, Editions Hachette, 1939. non coté. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

- Notice provisoire relative à la construction d'abris à l'épreuve contre les bombardements aériens, Ministère de la Défense nationale et de la guerre, Direction de la défense passive, 1939. Non coté. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

 - La Défense Passive, de Robert Chenevrier, L'Illustration, Paris, 1939, 40 pages, non coté. archives municipales de Fontenay-sous-Bois (Fonds D. Codevelle)

Sources audiovisuelles: 

https://www.canal-u.tv/video/la_forge_numerique/tous_aux_abris_les_vestiges_oublies_de_la_defense_passive_de_la_seconde_guerre_mondiale_en_france_1935_1945.49791

Bibliographie:

- Abris souterrains de Paris, refuges oubliés de la seconde Guerre mondiales, Parigramme, éditions Mathilde Kressmann, 142 pages, 2017.

- Les années de plomb, René Maurice, Ville de Fontenay-sous-Bois, 155 pages, 1995.


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