Archives municipales - Patrimoine - Fontenay-sous-Bois Fontenay-sous-Bois
Exode fontenaysien

Exode fontenaysien

L'exode dans les rues de Pithiviers (Loiret) en juin 1940. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

 

Dès mai 40, un sentiment de panique s’empare de la population devant l’avance fulgurante de la Wehrmacht.

Le pays se vide graduellement en fonction de l’avance des divisions allemandes.

Le désordre le plus complet règne sur les routes.

Le 13 juin, la Feldgendarmerie réquisitionne le Fort de Nogent et l'occupe à partir de novembre.

Un grand nombre de Fontenaysiens fuient en province.

 

 


1940, les premiers soldats allemands dans la ville

1940, les premiers soldats allemands dans la ville

Les Allemands au Fort de Nogent, 1941. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

En juin 40, j’ai vu les Allemands arriver au Fort (de Nogent). L’estafette en side-car qui précédait le convoi n’avait pas vu l’entrée du Fort. La colonne de chars et de voitures a fait demi-tour devant chez mes parents. J’étais pétrifiée. 

Lucienne Scaglia, demeurant 38, rue Pierre-Larousse,  9 ans 

Le premier Allemand que j’ai vu, c’était au carrefour des Rigollots. C’était un motard il descendait l’avenue de la République. Il a fait le tour du carrefour, il s’est arrêté 5 minutes et là, surprise, il n’avait que 3 doigts à la main gauche… Il est reparti par où il était venu

Pierre Gregori, 13 ans

Lorsque les Allemands sont arrivés à Fontenay, un groupe s’est arrêté rue des Rosettes. Ils se sont assis sur le trottoir pour manger

Suzanne Vergnaud, 34 ans

Derrière la mairie de Nogent il y avait la Kommandantur, installée dans une belle propriété bourgeoise.

Lucienne Scaglia, demeurant 38, rue Pierre-Larousse, 9 ans

Je vais au marché de Nogent. En traversant le boulevard de Strasbourg, je rencontre deux soldats français harassés descendant le boulevard, puis je vois deux soldats allemands le remontant en moto. S’approchant des Français, ils les désarment : Que j’ai eu peur ! »

Simone Pelletier-Sourbet, 26 ans

Les Allemands du Fort avaient embauché des civils pour entretenir et arroser leur potager qui se trouvait à l’entrée du Fort, et d’autres pour s’occuper à l’intérieur des divers travaux. Je me souviens avoir toujours joué sur les buttes du Fort avec les copains du quartier. Quelquefois on voyait une sentinelle apparaitre sur le blockhaus. 

Gilbert Scaglia, demeurant Pierre-Larousse, 6 ans 

Il y avait des lapins à nourrir et l’herbe la plus belle était évidemment près de l’entrée du Fort. Je me souviens particulièrement d’un soldat allemand à vélo, tenant à la main un pot rempli de lait, à ras bord qui bien sûr débordait. Il m’a demandé un chiffon afin d’essuyer le pot et je me disais : pourquoi ne marche-t-il pas à pieds ? 

Simone Gabaud-Mariette, 10 ans

Dans l’avenue de la République, la longue colonne de soldats et de prisonniers s’arrête sur la place des Rigollots. La « roulante » (une cantine itinérante) sert les soldats allemands. Ma mère demande à un gradé: « Et eux ? » en désignant les prisonniers assis sur le bord du trottoir. « Tout à l’heure après les soldats » lui répond l’officier.« Si vous avez des vêtements civils, donnez-les leur, ainsi ils pourront partir, nous avons trop de prisonniers ». Le message passe très vite dans la population et ainsi un grand nombre de prisonniers retrouvent la liberté.

Simone Legoff, 13 ans

Lucienne Scaglia et sa mère devant leur pavillon, 38 rue Pierre-Larousse. Fonds Lucienne Scaglia

L' exode vu par les jeunes

L' exode vu par les jeunes

L'exode dans les rues de Pithiviers (Loiret) en juin 1940. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Ma famille décide de partir en exode sur deux vélos reliés par un plancher de fortune. On y entasse les objets les plus précieux et du linge.

Arrivant à la porte de Vincennes des gens nous disent : « Rentrez vite chez vous, les Allemands tuent tous ceux qui circulent sur les routes et pillent les maisons abandonnées. 

Nous revenons à la maison aussi vite que possible. Hélas durant notre absence, mon frère avait fait piquer nos deux chiens que nous ne pouvions pas emmener avec nous, ne sachant pas comment nous pourrions les nourrir. 

Simone Legoff, 13 ans

Ma famille m’avait envoyée chez des cousins dans la Beauce. Au bout de 3 ou 4 jours, ayant décidé de partir à leur tour, je restais seule attendant ma mère qui devait venir me rejoindre. Deux jours passent. Les voisins qui m’avaient accueillie partent à leur tour et m’emmènent avec eux dans des tombereaux à betteraves. J’avais laissé un message à la craie sur le portail des cousins à l’intention de ma mère. Nous passons la Loire à Beaugency peu avant que le pont ne saute.

Sur les routes, le cortège de l’exode est effrayant et cela devient pire quand les italiens nous mitraillent. Nous retournons sur nos pas et je retrouve ma mère qui m’avait attendue. Nous sommes rentrées à Paris dans un camion allemand, assises sur des machines à écrire. Nous avons vu le drapeau à croix gammée flotter sur le château de Vincennes. 

Germaine Delangle-Schleret, 15 ans

Nous avons parcouru les routes en voiture à cheval avec bâche, ce qui m’a permis de dormir souvent à l’intérieur sur les matelas que l’on avait emportés. A 9 ans, je n’avais pas la notion du danger sauf quand nous avons essuyé le bombardement d’Etampes. Je me souviens avoir vu des chevaux morts sur le bord de la route. Nous n’avons pu passer la Loire car le pont avait sauté et nous avons eu la fâcheuse surprise de voir arriver les Allemands. Ils nous ont fait mettre contre un mur de grange, nous avons pensé être fusillés. Des avions allaient et venaient au-dessus de nos têtes. Ne pouvant progresser sur les routes, nous avons alors rebroussé chemin et sommes revenus à Paris. 

Evelyne Heudeline-Bossuet, 9 ans

Sur la route, à plusieurs reprises, des avions survolaient le convoi de camions. Ceux-ci s’arrêtaient et nous descendions pour aller nous cacher sur le bas-côté de la route. Arrivés à Toulouse, après maintes péripéties, nous sommes hébergés à la « Maison des jeunes aveugles » où nous avons passé quelques mois. Avant de quitter Fontenay, nous avions déposé à la gare une malle en osier contenant les vêtements de toute la famille (parents et quatre enfants). Celle-ci, très attendue à Toulouse … fut retrouvée à notre retour … en gare de Fontenay. 

Georges Jacquinot, 10 ans

Le refuge du Loiret n’étant plus sûr, nous avons pris la route de Sully-sur Loire et nous avons passé le pont une demi-heure avant qu’il n’explose avec hommes et matériel. Souvenir pénible. Escortés par des militaires de toutes les couleurs, d’un dévouement sans faille, nous nous sommes arrêtés dans le Cher mais, pilonnés par les avions qui déversaient des chapelets de bombes, nous sommes retournés dans le Loiret jusqu’à ce que la gare d’Orléans, détruite, soit rouverte et que nous puissions rentrer à Fontenay. 

Marguerite Stombellini, 8 ans

Nous ne sommes pas partis. En fait, ce n’était pas l’envie qui en manquait à ma mère, poussée par ma tante et mes trois cousines … mais l’essence ! Et quand enfin, on a eu de l’essence, les Allemands étaient là ! 

Denise Rameau-Schmitt, 7 ans

Pithiviers (Loiret) pendant la seconde Guerre mondiale. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

L' exode vu par les adultes

L' exode vu par les adultes

L'exode dans les rues de Pithiviers (Loiret) en juin 1940. Archives municipales de Fontenay-sous-Bois

Nous partons mes parents et moi le 12 juin avec nos vélos, direction Chambord où se trouvait la maison de mes grands-parents. Cinq jours pour arriver, en passant par Malsherbes et Pithiviers, on était obligés de suivre les indications des routes que nous devions emprunter. Les troupes allemandes nous rattrapèrent près d’Orléans. Nous n’avons pas passé le pont car les Italiens nous mitraillaient et ont déclenché le minage qui l’a fait sauter. Les voisins ne nous ont pas reconnu tellement nous étions sales et fatigués. Je me rappelle de ma mère trayant les vaches abandonnées dans les champs.

Nous sommes rentrés à Fontenay le 15 août. 

Pierre Verez, 20 ans

Je me trouvais à Fontenay le 13 ou le 14. Hitler approchait de Paris, un ami de notre famille me conseilla de ne pas rester seule et de rejoindre ma mère en Bretagne. A la gare de Montparnasse, impossible de prendre le train. Je me fis mener à l’Eglise Américaine où je passais la nuit dans une chambre sous les toits. J’entendais le roulement des autos, les Parisiens fuyaient. Au matin, abandonnant mes valises, je rejoignis  à pied la gare Montparnasse. Le train était bondé et nous pouvions voir l’exode des malheureux quittant la capitale. En juillet, dès que nous eûmes l’autorisation de la Kommandantur, ma mère et moi retournâmes à la maison avec un grand cageot de dix poules. 

Marguerite Thomas-Lamotte, 28 ans

Nous partons, mon fils, ma mère et moi près de la Charité-sur-Loire chez ma belle-mère. Nous avons des difficultés pour prendre le train. Nous ne reverrons jamais la malle avec nos meilleurs vêtements et un peu d’argenterie, que nous avions mis aux bagages … Bataille sur la Loire (beaucoup de sénégalais). Pour éviter de nous faire tuer, nous reprenons la route. Nous couchons sur la paille dans une grosse ferme en attendant une accalmie pour retourner chez ma belle-mère. Après une quinzaine de jours nous rentrons à Fontenay dans des wagons à bestiaux, encore heureux de pouvoir revenir. A Montereau, le pont sur la Seine saute et nous traversons sur un pont de bateaux (pas très stable) … 

Andrée Peloille, 35 ans

Mon père nous a conduit en voiture jusqu’à Montargis où la gare venait d’être bombardée. De là, nous pensions gagner le Limousin à pieds … Quel désastre ! Au milieu de tous les réfugiés qui fuyaient avec des voitures d’enfant plus que bourrées. Heureusement nous avons été recueillis par une camionnette découverte et déjà bien bourrée. Plus on approchait de la Loire, vers Gien et Sully-sur-Loire, plus les routes étaient encombrées. On allait piller des fraises dans les jardins et, pour achever cette affreuse débandade, les avions italiens nous mitraillaient en enfilade. Alors on se précipitait à terre et dans les fossés. Heureusement pour nous, nous n’avons pas atteint la Loire et les Allemands sont arrivés en vélo en clamant « l’armistice est signé ». Nous sommes revenues, toujours dans la camionnette, en sens inverse. Heureusement, nous avons trouvé le métro et traversé à pied le bois de Vincennes. 

Simone Trioreau, 21 ans

J’avais la chance d’avoir une petite moto et le carburant nécessaire, ce qui me permettait de passer partout dans la cohue indescriptible qui régnait sur les routes. J’avançais plus vite que ces pauvres gens qui se faisaient mitrailler par la lâche aviation italienne ou qui étaient stoppés par l’armée française qui faisait sauter les ponts sur la Loire pour ralentir l’avance allemande. 

René Oudry, 20 ans

 

Ils sont plusieurs à avoir vu des avions italiens lors de leur exode !!!! C' est pourtant impossible.

L' Italie est accusée d'avoir eu la lâcheté de mitrailler des civils désarmés, c' est parce qu' on ne lui pardonne pas d' avoir déclaré la guerre à la France une fois celle-ci vaincue. Le 10 juin 1940. Cela a été ressentie comme un “ coup de poignard dans le dos ”, selon les termes de François Poncet, ambassadeur de France.

De plus, techniquement il est impossible que les avions italiens mitraillent les routes françaises de la Loire.  Aucun appareil de la Regia Aeronautica, les bombardiers Fiat BR.20 Cigonia, n’ avait  la capacité de franchir les Alpes et de remonter jusqu’ à Montargis ou Orléans avec leur charge offensive.

Dans son livre, La guerre de 40, Pierre Rocolle émet l' hypothèse qu' il s' agit peut-être d' avions slovaques, intégrés à l'aviation nazie depuis 1939. La cocarde de la Slovaquie est en effet une croix gammée bleu-vert intégrant une cocarde blanc et rouge. Dans la confusion des attaques aériennes, les témoins ont pris ces trois couleurs pour une cocarde italienne.


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