Archives municipales - Patrimoine - Fontenay-sous-Bois

Carnets de guerre d'André Grosbois

Transcription du carnet faite par la famille d'André Grosbois.

Itinéraire réalisé à partir des deux carnets de guerre laissés par André Grosbois.

Carnets de guerre d'André Grosbois
Carnets de guerre d'André Grosbois

Guerre franco-allemande 

2 août 1914

Carnets de guerre d'André Grosbois
Carnets de guerre d'André Grosbois

Partis de Noisy-le-Sec le 6 Août a 6H01 pour destination encore inconnue.

Dirigés sur Troyes. Via Troyes pour Châlons-sur-Marne, de Châlons, direction Verdun. Débarquement à Boulancourt (ou Bouhancourt) le 7 Août à 9H20. Le débarquement s’est passé sans incidents.

 Le 7 et 8 Août 1914

Après le débarquement nous sommes allés former le parc pour faire manger les chevaux. Dans le trajet de la gare au parc, nous avons perdu un cheval mort de fatigue.

Nous sommes partis du parc formé à Boullancourt pour faire une marche d’approche dans la traversée de plusieurs villages dont je n’énumérerais pas les noms.

 Nous avons appris par les habitants que depuis l’avant-veille le canon tonnait. C’est avec joie que nous apprenons cette nouvelle. Nous avons traversé Verdun 

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gardé militairement et en état de siège, car malgré que nous soyons soldats français, il n’y avait pas moyen de passer.

De Verdun nous nous sommes dirigés sur le village des Ornes. Nous n’avons pas été jusque-là et nous nous sommes arrêtés à la ferme des Chambrettes, sans une goutte d’eau. Heureusement qu’il y avait poules et canards. Nous n’avons pas eu de pain.

Repas: conserves de viandes.

Couchage à la belle étoile. Le lendemain matin mal de gorge.

Enfin a la guerre comme à la guerre et on est joyeux.

9 Août

Très peu dormi en raison de la température. Belle journée, excellent repas ; canard, poulet, gniaule, café et cigare.

Préparation du départ, les allemands sont à 10kms et sont en train d’incendier les villages.

Les habitants arrivent avec vaches et voitures, le canon gronde et nous partons.

Escarmouche à droite et a gauche, échange de balles sans aucun résultat, un homme de la batterie, une petite blessure.

Aéroplane français en vue. Pièces de canon cachés pour la vue des airs par les feuillages.

10 Août

En route pour Verdun.

Arrivée a 1h du matin avec tout le tremblement. On s’est couché à 3h30 dans les chambres de sous-officiers de Hussards.

Elles ne sont d’ailleurs pas merveilleuses car il y a des souris, punaises naturellement.

On est un peu mieux nourris mais malgré cela pas moyen d’avoir du vin même avec son argent à la cantine.

Le canon sonne toujours. Nous apprenons

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officiellement que les Français sont rentrés à Colmar.

 11 Août

Nous apprenons que les Français marchent sur Strasbourg. 50000 allemands hors de combat, combat terrible ; 1200 français blessés arrivent à Verdun.

Aéros Français survolent Verdun, dirigeable fait des reconnaissances, la nuit au moyen des projecteurs.

Couchage dans le jardin à cause des punaises et souris.

Attendons départ bientôt.

12 Août

Canon gronde toute la nuit.

3 espions Allemands sont fusillés à Verdun. Ville calme et bien gardée.

Fortifications terribles. On peut avoir du tabac. Rien de neuf.

13 Août

Même journée sans rien de nouveau

14 Août

Départ a 3H00 du matin.

Roupt en Woevre, belle arrivée vers 10H00.

Temps splendide

Aéro Français nous suit et le canon tonne et les mitrailleuses s’en mêlent, le soir temps épouvantable trempés jusqu’aux os.

Heureusement maison épatante chauffée à coté du feu, lait bien chaud pour remettre d’aplomb.

Couchage dans la grange avec de la paille.

15 Août

A peu près même journée, on a tué un mouton et naturellement on en a mangé un morceau.

Callage de joue.[1]

Couchage paille.

16 Août

Bien en train de dormir, réveil à 1H du matin. Départ 1 heure plus tard



[1] Ca veut dire qu’ils ont bien mangé.

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direction au hasard.

 Le canon gronde de plus en plus car nous sommes à 20kms de la frontière. Arrivés à Eparges

 Boue immense.

 Temps affreux.

 Remplis de boue des pieds à la tête, rien à manger.

 Heureusement que dans les champs, il y avait des pommes de terres et des carottes que nous avons pris ainsi que de bonnes mirabelles comme dessert.

 Couchage grange.

 17 août

On a pu dormir tranquillement et nous restons aux Eparges.

 Les canons et les mitrailleuses font de l’ouvrage.

 Deux aviateurs allemands ont été faits prisonniers avec leur appareil car étant venus faire un petit tour ils se sont fait faire descendre.

3000 allemands sont prisonniers dans le bois de Aprincourt à 12 Kms d’ici.

On leur a demandé de se rendre ils n’ont pas voulu, alors ils sont en train de griller car le feu a été mis au bois par le génie quelle cuisson.

Un cheval mort de fatigue à la batterie…

18 Août

Toujours en attente aux Eparges.

 Rien à faire que de chercher des écrevisses. 37 écrevisses tombèrent entre nos mains.

 Couchage, toujours la même chaleur terrible.

19 Août

Même journée sauf une petite promenade de chevaux pour les détendre un peu.

 Le canon ne tonne plus.

 Toujours une chaleur terrible, heureusement qu’il y a des mirabelles pour nous rafraîchir.

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20 Août

Rien de nouveau à signaler.

Deux chevaux incapables d’emmener.

 21 Août

Promenade de chevaux.

 10H recevons ordre de nous tenir prêts à partir.

 Attendons repas : haricots vert, pommes, boeuf rôti et compote de prunes.

22 Août

Départ 12H30, arrivée à Fresne en Woevre à 2H00.

 Couchage grange avec foin.

23 Août

Dimanche comme repos, marche toute la journée.

Arrivée à Mérinville.

On entend le canon qui gronde, de tous les côtés les gens du pays s’en vont avec leur famille et leur argent car les allemands ne sont pas loin.

24 août

Allemands signalés du coté de Etain. Nous mettons en batterie et sonnons quelques coups de canon qui mettent en déroute la cavalerie allemande.

Le canon gronde de plus en plus.

Le soir à la tombée de la nuit, nous apercevons 7 villages qui brûlent incendiés par les obus allemands.

Le soir position d’attente, couchage à la belle étoile à côté des voitures, brouillard intense, froid toute la nuit.

25 Août

Réveil a 2H00 du matin. Allemands signalés à 4heures.

Combat terrible d’infanterie et d’artillerie, les fusils et les mitrailleurs crépitent tellement fort que l’on dirait un grand coup de fouet sur les bois.

L’infanterie est à 400 mètres 

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de nous et l’artillerie à 1400 mètres, c’est pour dire que le combat a été chaud.

Les résultats au début ont étés merveilleux mais comme l’infanterie allemande se trouvait dans un creux, nos fantassins avaient fort à faire puisque nous ne pouvions pas tirer de peur de tirer sur les nôtres.

Peu de temps après, l’échelle observatoire[1] de notre commandant a été vue, c’est alors une pluie de fer et de mitraille qui tombe sur la batterie avec une fureur épouvantable.

Deux servants[2] tombent blessés. Peu après tombe blessé d’un éclat d’obus dans la cuisse notre commandant et notre capitaine subit le même sort par un éclat d’obus au poignet droit qui lui coupe deux nerfs doigts.

 En moins d’une demi-heure, plus de 200 obus allemands tombent sur la batterie. Heureusement qu’ils ne sont pas comme le nôtre car s’eut été une véritable boucherie.

 Nous quittons précipitamment la position et allons nous mettre en batterie à 600 mètres à droite. Le canon allemand s’est tu et ils se sont repliés en arrière.

 

Vers 12H nouvelle canonnade ayant vu les allemands à la lisière du bois, nous avons immédiatement ouvert le feu sur eux.

Les effets sont merveilleux, la cavalerie s’enfuit en débandade et l’infanterie suit le même chemin. Pendant que nos obus font rage, l’artillerie ennemie ne peut plus y tenir et s’enfuit également en pleine déroute. Nous avons tiré 200 projectiles explosifs et de ce fait



[1] L’échelle observatoire devait être une échelle ordinaire qui servait pour observer les lignes ennemies. Puisque la batterie était dissimulée au sol, c’était le seul moyen pour observer l’ennemi. C’est pour cela qu’ils se sont fait repérer.

[2] Ceux qui servent le canon (mettre les munitions, réglages et déclanchement du tir)

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les allemands se sont reculés de 20kms en arrière, la victoire est donc complète pour nous et le 6ème corps a pu continuer sa marche.

 26 Août

Le soir à 7H, recevons l’ordre de nous porter en arrière de façon à laisser avancer les allemands. Nous les forts de Verdun nous partons et arrivons a 11H du soir à Morgemoulin.

Couchage belle étoile, nous apercevons 4 villages qui brûlent car en tirant sur les allemands nous avons mis le feu en même temps a ces villages.

27 août

Recevons l’ordre de partir à 11 H du matin. Arrivons à Hodionmont à 3H.

Là attendons ordre pour partir.

 A l’église, il y a 7 prisonniers allemands, j’ai été les voir par le trou de la serrure

Ils n’ont pas l’air de se faire de la bile

Couchage belle étoile.

N’ayant plus de tabac, un fantassin m’en a donné du gros, inutile de dire la joie d’en avoir.

28 Août

Partons à 6H du matin pour la ferme des Maroveux ou Muranvauc ou Mirauvaux.

Nous mettons en batterie derrière une crète favorable et commençons là de trancher avec des piquets de bois pour nous garantir des éclats d’obus. Le travail va être terminé lorsque nous recevons l’ordre de changer de position car dans la ferme on a arrêté deux espions qui avaient sur eux le plan de nos batteries, ils ont été fusillés sur place par les fantassins.

Nous allons alors nous établir à 500 mètres à droite en plein bois à la lisière.

Là nous recommencerons le même travail et le nuit vient. Nous couchons à la belle étoile sous la canon pour monter la garde car

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des patrouilles allemandes sont signalées dans les environs.

29 août

Recontinuation des tranchées et arrivons à 5H du soir. Recevons l’ordre de quitter immédiatement la position et de nous diriger sur Verdun le temps de sortir les pièces et de sortir du bois par une nuit noire nous partons à 8 H soir arrivée a Verdun à 11H.

Là nous apprenons que nous partons à 3 H du matin. Voyez roupiller.

Là également nous apprenons que notre combat du 27 août a mis 6000 allemands hors de combat. Quelle joie.

 30 août

Quittons Verdun et allons prendre position à 8H, là déjà il y a une batterie de 90 et 3 batteries de 75[1].

 On y entend le canon allemand qui gronde au loin et nous attendons du nouveau.

 A 10h un avion allemand fait son apparition, l’infanterie tire dessus avec les mitrailleuses mais l’avion s’en retourne et rien de nouveau.

 Il fait une chaleur à ne pas tenir debout

 Nous apprenons aujourd’hui que dans le combat du 25 août nous avons pris 6 canons de 77 et 2 obusiers de 105.

 L’après midi nous avons tiré sur l’ennemi qui s’avancait sans grand résultat car l’ennemi est encore assez loin.

 Nous restons en batterie jusqu'à 6H du soir, nous couchons a Champneuville [2]où nous arrivons à 9H le temps de se reposer et on se couche à 12H, grange paille.

31 Août

Réveil à 3h30. Départ à 5H pour une destination inconnue. Nous avons passé



[1] 90 et 75 réfère au diamètre des munitions.

[2] Retrouvé sur carte

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passé à Charmy, à ChâteauCourt / Chassancourt[1].

Dans ces deux pays les soldats et paysans nous donnent de l’eau en passant.

Le canon gronde et la chaleur est toujours terrible.

Nous nous sommes arrêtés à Hautaincourt pour manger et nous reposer un peu.

Nous pouvons repartir de ce village de 1er septembre à 7H car nous sommes partis le 1 septembre.

1er septembre

Nous avons couché à Hautaincourt et nous sommes partis sur Malancourt.

Nous avons dépassé ce pays et sommes restés en position d’attente dans le fond d’une vallée.

Vers 10H nous allons mettre en batterie les allemands étant signalés comme voulant passer la Meuse. Nous tirons quelques coups et nous partons en avant.

Là, le canon gronde terriblement et c’est une fumée de poudre tellement considérable que l’on n’y voit presque plus. Nous tirons avec rapidité et près de 40 obus par pièce.

Ayant reçu l’ordre de nous porter de nouveau en avant pour appuyer une attaque d’infanterie du côté de Cusy nous nous avançons dans une vallée, c’est alors que les obus allemands tombent de chaque côté de nous avec un fracas épouvantable.

Nous arrivons à la lisière d’un bois, un obus arrive juste à cote de nous et les balles passent sans atteindre personne.

Nous allons mettre en batterie mais la position est instable. Nous repassons donc une deuxième fois sous le feu des allemands et personne n’est atteint. Nous allons remettre en batterie à notre première position et tirons encore près de 50 obus pour pièce. Les effets de nos obus sont foudroyants. Les allemands sont fauchés



[1] Chattancourt trouvé pas loin de Champneuville…

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de part et d’autre et les morts s’entassent les uns sur les autres. C’est un épouvantable duel d’artillerie qui est engagé. Le canon tonne de tous les côtés.

Enfin nous restons sur la position et couchons à côté des pièces sur des gerbes de blé.

Vers une heure du matin une patrouille allemande est signalée par la sentinelle. Elle tire dessus, un Hulan[1] est blessé mais parvient à s’enfuir avec son cheval, mais notre position est maintenant connue. Nous quittons cette position et venons de l’autre côté de Helles où nous avons passé le reste de la nuit.

Nous avons donc sensiblement un peu reculé sur nos positions. Le 351ème régiment d’infanterie a particulièrement souffert et c’est un défilé lugubre que de voir ces hommes échelonnés le long de la route, blessés, les uns légèrement les autres plus sérieusement.

2 Septembre

Le canon allemand aujourd’hui se tait car hier il y a eu tant de morts chez eux qu’ils ont assez de travail à les ramasser. Nous avons vu juste deux avions allemands qui sont venus au dessus de nous.

Le premier nous avons tiré dessus avec nos mousquetons et les mitrailleuses de l’infanterie. Le résultat a été que l’avion a fui.

Le deuxième nous avons tiré avec le canon à 5800 mètres. Le premier coup de canon a arrivé juste à un mètre au dessous (de l’avion) vu à la jumelle.

Enfin, il a fui, également pendant qu’un avion français lui faisait la chasse. Inutile de vous dire que le nôtre a été bien accueilli par les allemands mais il n’a rien eu.

Aujourd’hui nous avons eu par un hasard 1/5 de quart de vin et 1/10 de quart d’eau de vie. Cela remet un peu en place car depuis si longtemps qu’on n’en a pas eu inutile de vous dire



[1] Hulan= cavalier allemand

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que l’on a trouvé cela bon. A 6h nous sommes encore à la même position que ce matin sans avoir tiré une salve de coups de canon. Cela ne m’étonne pas car la bataille d’hier a tellement été terrible que de part et d’autre les armées se sont retirées en arrière et les allemands ont repassé la Meuse. Il y en a même qui on voulu la passer trop vite car ils sont tombés dedans.

Aujourd’hui 30 jours que je ne me suis pas déshabillé.

L’armée que nous avions devant nous hier était l’armée du Kronprinz[1] et pendant la bataille le fils de DelCassé[2] a été blessé et plutôt que de tomber aux mains des allemands il se serait tiré une balle dans la cervelle.

3 septembre

Nous sommes partis de notre position de batterie à 3h du matin à destination de Verdun.

Au moment de partir nous apprenons que nous nous dirigeons sur Livry les porches au nord en passant par Bézonville où nous arrivons vers 6H.

Une chaleur épouvantable. Heureusement que c’est un peu de repos pour nous et les chevaux.

Nous en profitons tous pour nous changer et nous laver de fond en comble dans le ruisseau.

Je me suis mis dans le costume du père Adam[3] et j’ai pris un bon bain car depuis 30 jours non déshabillé c’était honteux. Nos jambes à tous étaient remplies de petits boutons heureusement que nul autre partie du corps n’en avait. Nous avons bien mangé et nous nous sommes rattrapés des jours précédents.

Ce soir j’ai un ventre rempli de faillots. Je ne peux plus souffler. Enfin voila 7H  et aujourd’hui nous allons coucher dans une grange. Quel bonheur.

Nous apprenons que dans la bataille d’avant-hier 10 à 15 000 allemands ont été mis hors de combat.



[1] Fils de l’empereur d’allemagne

[2] un home politique de l’époque

[3] A poil (comme Adam et Eve)

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Ici nous sommes dans une vallée et toute la hauteur environnante sont garnies de canon de 95 et 120, vous parlez de gueule[1]. Ce qui est encore plus chic c’est que nous avons tué deux moutons et un cochon, quel déjeuner princier.

4 Septembre

Nous avons dormi en paix, et par ce fait même nous nous sommes un peu reposé. A 8h30, un ordre arrive de sceller les chevaux mais nous ne sommes pas encore partis. D’ailleurs nous ne sommes pas partis du tout et nous avons encore dormi tranquillement, cela ne fait pas de mal car maintenant nous sommes un peu d’aplomb. A 7h30 couchés. 

5 septembre

même journée qu’hier sauf que nous avons appris que d’ici quelques jours nous allons prendre l’offensive et que un général et 12 officiers allemands étaient faits prisonniers avec la trésorerie du coté de Argonne. Rien de nouveau pendant cette journée.

6 Septembre

Départ de Cigzy /civry Les Perches à 6H comme direction Nixéville. Nous montons sur le plateau et mettons en batterie. Nous y restons à peu près ½ H et recevons l’ordre de marcher en avant. Nous mettons en batterie 3Kms plus loin. Aussitôt arrivés sur le nouvel emplacement nous nous reposons en avant et mettons en batterie à 3km de là. Enfin nous y restons toute la journée. Quelle journée, vers 11H nous ouvrons le feu sur les fantassins allemands que nous prenons de flanc. Le résultat ne se fait pas longtemps attendre. A l’arrivée de nos obus, ils s’enfuient en désordre et remontent en débandade.



[1] geule : il parle de  l’ouverture des canons qui sont grandes

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Mais l’artillerie ennemie surveille.

C’est alors une grêle de projectiles sur notre batterie, à droite, à gauche, derrière, devant, enfin partout.

Je me tiens avec le commandant du groupe derrière un tas de gerbe d’avoine et là nous regardons les obus tomber à nos cotés.

Nous restons ainsi dans cette position jusqu'à 7h du soir.

Depuis 1h de l’après midi les projectiles viennent de toutes les directions. C’est un vacarme épouvantable, le vacarme est tellement intense que le soir de cette bataille je n’ai pu m’en retourner à cheval tellement j’avais mal a la tête. Il est tombé environ sur notre batterie au moins 400 obus allemands dans la fureur de la bataille un obus à balle est arrivé juste sur une de nos pièces.

Le caisson est comme une passoire et à cette pièce il y a eu 5 blessés dont le chef de pièce. Deux y sont assez grièvement. Le canon ne tonne plus à la tombée de la nuit. Le résultat de cette journée est que nous avons avancé d’environ 16Kms et le soir pour nous reposer tranquillement nous sommes allés à Blercourt.

 7 septembre

Départ de Blercourt à 3H 1/2. Allons mettre en batterie à gauche de Brabaut /Braban Nous nous installons mais déjà les projectiles tombent pas loin et c’est avec terreur que nous entendons leur sifflement aigu passer au dessus de nous. Un aéro allemand vient à passer au dessus de nous et il nous faut changer de position si l’on ne veut encore se faire canarder. Nous mettons en batterie à 600 mètres à gauche et nous entendons sur la gauche des coups de canon tant et plus car le 6ème corps a fort

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à faire aussi depuis la nouvelle position de batterie nous sommes tranquilles. Je regarde ma montre et il est 10h30.

Nous restons jusqu'à 12H dans cette position et allons un peu plus loin sur Jubécourt pour appuyer l’infanterie, Là, tout a bien marché et le soir ayant appris qu’il y avait de l’infanterie allemande dans ce pays, nous avons tiré dessus et immédiatement l’artillerie ennemie s’est tue et les fantassins allemands sont partis du pays dans une belle débandade.

Couchés à 12H à la belle étoile.

8 Septembre


3ème jour de combat

Le combat se décide sur Jubécourt[1] pour reprendre le pays dont les allemands sont à 800 mètres. Debout à 3h, voyez le roupillon. Nous arrivons à la position de batterie à 4h. On commence le tir immédiatement. L’artillerie Allemande est surprise et le matin nous recevons très peu de projectiles sur notre batterie. Envoyé en éclaireur et caché une heure en avant de la batterie par une gerbe d’avoine, je reçois un éclat d’obus entre les jambes.

Je le rapporte mais vers 12H l’artillerie allemande commence à donner et c’est encore une grele effrayante. Nous recevons ordre vers 2H d’aller appuyer l’attaque de notre infanterie sur Jubécourt. Nous nous portons donc en avant et arrivons à 1500 mètres des allemands que nous voyons à l’œil un travailler à faire des tranchées. Nous sommes déjà contents du beau travail que nous allons faire lorsque nos fantassins se présentent sur la crête pour déboucher, ils sont accueillis à coups de canon.

Nous tirons aussitôt nous voyons les fantassins allemands s’enfuir en désordre mais au même moment passe un avion allemand qui nous repère et ¼ H après c’est une avalanche d’obus qui nous tombe dessus.

La position est intenable et nous raccrochons les pièces et partons en arrière. Sur notre chemin 3 fantassins sont tombés raides



[1] Jubécourt, 55120, 17kms SO de Verdun.

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morts et plusieurs blessés.

Un capitaine d’infanterie passe à coté de nous les jambes en sang, un adjudant le suit la tête également en sang.

C’est épouvantable et effrayant.

Les fantassins qui sont derrière ne peuvent plus marcher et c’est excités par nous et par leur colonel qu’ils remontent à l’assaut. Nous sommes cachés derrière de gros arbres et les balles sifflent à notre passage. Un arbre à coté de moi assez gros est coupé en deux. Un cheval a une oreille sectionnée.

Nous nous retirons en arrière et l’attaque est repoussée pour demain.

Nous avons tiré environ 900 coups de canon, la peinture ayant fondue. Journée terrible.

Le soir, même endroit où nous couchons à la belle toile. Pas de peine pour moi. Je recois le soir un coup de pied de cheval sur la cuisse et me voilà immobilisé dans une voiture sans pouvoir bouger.

Quelle guigne. Deux chevaux morts de fatigue.

9 septembre.

4ème jour de combat.

Le combat recommence. A 3H debout et la canonnade recommence de plus belle. Nous apprenons ce matin que le 15ème corps vient à notre secours car dans ce coin là nous ne sommes vraiment pas assez forts. Les allemands sont deux corps d’armée et nous 3 divisions.

Malgré cela nous ne reculons pas mais nous n’avançons pas. A coté d’où nous sommes il y a un village qui flambe. C’est Rampon[1] et les habitants s’enfuient en débandade en nous disant que c’est terrible.

A cause de mon coup de pied de cheval je reste à l’échelon de tir. C’est vous dire que je suis tranquille et je me repose un peu. Nous couchons à la belle étoile.

10 septembre

5ème jour de combat.

 Réveil a 3h. Nuit affreuse à cause de la pluie. Couchés sur la paille trempée et nous même



[1] Trouvé sous le nom  de Rampont

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nous sommes trempés jusqu’aux os. Nos pieds sont froids et le rhume commence à se faire sentir.

Ce matin tout est calme et le canon se tient tranquille. Vers 12h le canon se remet à gronder et c’est de nouveau un duel terrible d’artillerie qui commence. Le soir nous apprenons qu’une batterie allemande est complètement détruite et qu’un caisson a sauté.

Vers 8h nous quittons la position et partons vers Nixéville.

Couchage grange foin. Quel bonheur depuis si longtemps que l’on n’en a pas vu.

11 septembre

Réveil à 7H. Quel bonheur de pouvoir dormir au chaud et de se lever si tard. La nuit j’ai été on ne peut plus malade et c’est dans une voiture que je monte pour prendre le chemin. Nous allons faire un petit tour et nous rentrons à Nixéville, cahutés dans cette voiture avec un abominable mal de tête.

Enfin ce n’est plus la caserne, c’est les champs. Nous restons tranquilles en plein milieu des champs et le soir nous nous couchons à 7H avec le ventre creux car je n’ai pas mangé.

12 septembre

Réveil à 7H. Quelle joie, le tour du cadran. Depuis longtemps semblable chose ne s’est pas vue et heureusement c’est le repos.

Je vous assure que cela ne fait pas de mal après 5 jours de combat. C’est malheureux que je sois malade et que je n’ai pu que peu dormir. Pour nous remettre un peu d’aplomb nous avons mangé un mouton et 12 poules qui se sont malheureusement trouvées sur la route.

Le canon gronde toujours et il semble entendre toujours le sifflement des obus allemands. Nous nous couchons à 7H avec un temps épouvantable.

13 septembre

A peu près même journée qu’hier. Même temps. 

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Pluie et froid. Comme nous sommes au milieu d’un champ à côté pays, inutile de vous dire dans quel état nous sommes. Et je suis toujours mal foutu. Je crois d’après les ordres qui viennent d’arriver que nous allons partir demain matin. En attendant nous allons nous coucher.

14 septembre

Réveil à 4H et départ à 4H1/2 nous passons par Moulin, brûlé, Herquerets / Merquerets la gare de Verdun où règne une animation sans pareil. Traversons la Meuse et arrivons à Bras où la pluie fait rage. Nous nous arrêtons dans un champ où la boue est immense et nous enfonçons jusqu'à la cheville. Vu le temps, nous allons de suite dans les cantonnements. Inutile de chercher à trouver quelque chose même en le payant le double, on ne trouve rien.

J’ai trouvé juste un peu de miel que j’ai trouvé excellent mais du vin et même du lait ou des oeufs, on ne trouve rien. Nous restons toute la journée au repos et allons nous coucher à 7H dans une grange avec foin.

15 septembre.

Réveil à 2h1/2. Départ de Bras à 4h et arrivons a Vacheronville. Nous mettons en batterie à 600 mètres en dessus du village. Dans toutes les maisons sont occupées par les soldats et attendons. A coté de nous il y a 3 batteries de 120 long qui sont en train de mettre en batterie. Toutes les positions allemandes sont repérées et nous attendons des ordres. Nous tirons quelques coups de canon et le 120 se mêle de la partie. Les allemands envoient une 15ème d’obus qui d’ailleurs sont sans effets. Deux prisonniers allemands blessés passent accompagnés par 2 gendarmes. Ils font une sale tête. Ici, derrière nous vient de passer 3 régiments d’infanterie frais[1] et de l’artillerie. En masse, il y a environ 3 corps d’armée[2]. C’est que nous attendons qu’ils repassent la Meuse et



[1] Frais = parce qu’ils n’ont pas encore combattu

[2] sous entendu en face (les allemands)

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ils pourraient peut être bien la passer plus vite qu’ils ne le voudraient. Le 25ème d’artillerie vient de passer avec une batterie complètement détruite car ils ne ramènent que les avant-trains. Malgré cela ils n’ont que 4 morts et 12 blessés. Vers 7H nous quittons les positions et couchons à Vacheronville. 300 dans une grange, voyez pêle-mêle.

16 septembre

Réveil à 3H ½. Départ à 4H ½.

Nous allons mettre en batterie à la même place qu’hier et nous attendons. Le canon allemand gronde au loin mais ce n’est rien. Vu le temps, les aéros allemands ne sont plus si hardis et nous laissent tranquilles pour le moment.

Vers 2H de l’après midi, le canon gronde des 2 côtés et c’est l’attaque française qui commence. Les canons de 120 et de 95 font rage et c’est un vacarme épouvantable.

Les fantassins arrivent de tous les côtés.

Deux blessés allemands passent dans une voiture conduite par des pioupious[1]. Immédiatement, c’est une ruée vers la voiture, pour les voir. Temps épouvantable et vers 7H nous faisons la même chose qu’hier.

17 septembre

Réveil à 3h1/2. Départ à 4H. Même position qu’hier.

Il fait un  temps épouvantable. Les chevaux en tremblent sous nos jambes. Aussitôt en batterie nous canonnons épouvantablement car toutes les positions allemandes ont toutes été photographiées en aéroplane.

Nous arrêtons le tir vers 8h1/2 et nos fantassins avancent vers 2h 2h1/2. C’est terrible le général donne ordre d’attaquer. C’est alors quelque chose de foudroyant, Nous tirons plus de 800 dans la journée et nous nous arrêtons vers 4H.

L’artillerie allemande s’est tue et nos fantassins progressent en avant. A 5h brabaut / brabant et haumont sont occupées par nous. Donc nous avons avancé d’environ 6 kms.



[1] soldats qui viennent d’arriver = las fantassins

Carnets de guerre d'André Grosbois
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Le bois de Couseuvoye qui était rempli de fantassins allemands est maintenant à peu près libre, ce qu’il y a de plus effrayant c’est le ravage de nos obus car les pioupious sont rentrés dans le bois à la baïonnette et ont délogé les restants des allemands qui étaient dans le bois.

Ils nous disent que les tranchées où étaient les allemands sont jonchées de morts entassés les uns sur les autres.

Ceux qui ont essayé de se sauver par le bois sont hachés littéralement par paquets de 15 ou 20.

Le résultat est donc merveilleux. Vers 6h1/2 le vent s’élève et peu après c’est une pluie épouvantable et avec le vent c’est effrayant. Les arbres en crient, les routes sont changées en rivières et nos pauvres chevaux ont de la peine à marcher tellement il tremblent.

Il fait une nuit horriblement noire et c’est trempés jusqu’aux os que nous allons former notre parc journalier au milieu d’un champ ou nous enfonçons jusque par-dessus la cheville.

Je suis gelé et trempé.

Je frissonne et je sens le rhume qui vient. Et si on veut manger, nous sommes encore obligés de faire la cuisine qui ne veut gère cuire vu le grand vent qu’il fait. Enfin, on se couche vers 11h, tout trempés dans le foin. J’étais tellement gelé que je rentre machinalement dans une maison où j’avais vu un bon feu.

J’y trouve un commandant major et plusieurs médecins. Je vais me retirer mais ils m’appellent et me dit « vous avez froid » je suis trempé et gelé lui répondis-je « chauffez-vous au coin de ce feu et buvez moi de cela », et il me donna un grand verre de Cognac et m’offre une cigarette de tabac bleu.

Quelle veine depuis plus d’un mois que je fume du gros. Je le trouve bon et là-dessus je vais me coucher un peu réchauffé. 

18 septembre

Réveil à 3h ½. Départ 4h. Très peu dormi en raison

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que nous étions trempés et nous repartons au même endroit sous une pluie battante. C’est bien pour nous remettre, nous n’avons pas un seul coup de canon le matin, mais vers le soir, à 3h ½, les fantassins allemands ont étés aperçus.

Nous leurs envoyons de petits pruneaux[1] pour qu’il puissent les faire cuire… l’artillerie allemande nous cherche bien de tous les cotés en nous envoyant quelques obus mais nous sommes tranquilles et nous rentrons au parc vers 6h ½.

Le restant de la journée s’est passé sans pluie, C’est un miracle.

19 septembre

Réveil à 9h ½ pour moi car aujourd’hui nous restons à Vacheronville et comme ayant l’habitude, je me lève à 3h mais voyant que tout le monde était encore couché, je me recouche.

La fatigue m’a emporté et je me réveille à 9h ½. Quelle veine, un peu de repos. Bien dormi avec les pieds gelés, enfin, cela ne fait rien. Toujours est-il que nous avons bien mangé car il y avait du lait dans la soupe et dans la purée de pommes de terre, non pas que nous ayons pu en avoir dans le pays mais les soldats de notre régiment ont été traire les vaches dans les pâturages ce qui fait que nous en avons eu.

Devant le village les canons de 120 et 95 grondent toujours et les carreaux en tremblent. La pluie est toujours à la fête et aujourd’hui je suis un peu enrhumé. Le contraire m’aurait étonné. Nous allons nous coucher à 6h½.

20 septembre

Réveil à 7h car aujourd’hui c’est encore une journée de repos. En passant, cela ne fait pas de mal. Temps épouvantable, la pluie et la grêle font rage et il ne fait pas chaud. Nous avons touché du vin, du Cognac et des confitures. C’est vrai que c’est aujourd’hui Dimanche. Quelle fête,



[1] pruneaux = obus

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, il n’y en avait pas beaucoup mais en ce temps-ci on se contente de peu. Cette nuit vers 1h du matin les fantassins allemands ont essayé de prendre une batterie française mais ils ont plutôt été mal reçus car ils n’ont d’abord pas eu la batterie mais il en est resté pas mal sur le carreau, plutôt dans la boue car le carreau est sale.

Aujourd’hui 48 jours que je ne me suis pas déshabillé. Nous allons nous coucher à grange foin.

Plutôt remplie de boue par ce temps là où tout le monde marche dessus. 

21 Septembre

Réveil à 3h ½. Départ à 4h pour direction inconnue. Nous passons à Bras, Verdun Sur Meuse et Abancourt / Aboncourt pour arriver à Dieppe où nous formons le parc dans un enclos. Dans le village la plupart des habitants sont partis en laissant leur maison dans un état épouvantable. Vers 1h, alerte. Nous attelons et nous partons. J’ai oublié de dire que tout le long de la route c’est un défilé ininterrompu de troupes d’infanterie et artillerie (tout le long de la route, c’est un spectacle bizarre que de voir touts ces chevaux morts. J’en compte 22, voyez d’ici). Nous avons vu passer le fameux régiment d’artillerie à midi, le 23ème qui au combat d’Etain voyant les obus arriver de toutes parts ont coupé les traits[1] et laissant les pièces là. 5 officiers et 62 soldats ont été fusillés sur place. Nous allons donc mettre en batterie à 800 mètres à droite de Dieppe.

Les obus allemands pleuvent à 200 mètres devant nous. Vers 4h ils allongent leur tir et ça tombe sur la batterie. La moitié de leurs obus n’éclate pas et voilà au moins 50 obus qui tombent sur la batterie. 2 sous-officiers sont blessés, pas gravement heureusement.

Enfin ils s’arrêtent de tirer et nous quittons la position vers 6h et allons nous coucher vers 9h ½ car il faut faire la cuisine. La pluie a encore agrémenté la journée.

22 septembre

Réveil à 3h1/2. Départ 4H. Nous allons mettre en batterie à 500 m derrière la position d’hier. A 5h, nos fantassins attaquent et pour les soutenir nous tirons immédiatement. Le canon fait rage et seulement vers 8h



[1] peut être les attelages des chevaux qui tiraient les canons. Ils se sont donc enfuis en laissant le matériel.

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les artilleurs allemands répondent sur le même point qu’hier soir.

Heureusement que nous n’y sommes plus car je vois déjà d’ici ce que l’on aurait pris car pendant une heure ils ont au moins tiré 300 coups de canon. De la poudre envoyée pour rien car sur cette crête il n’y avait absolument rien. Moi, je suis derrière un tas de gerbe d‘avoine et je regarde sans  m’émouvoir car je commence à y être habitué. Je suis même en train de déguster tranquillement un morceau de pain et un bout de viande et de fumer une délicieuse cigarette de tabac pur (mon cheval n’a pas plus peur que moi et est en train de manger aussi) nos fantassins en avant sont toujours en train de tirer.

J’ai oublié de dire que nous sommes derrière Morgemoulin. Vers 2h nouvelle canonnade. Les obus tombent juste 25 m derrière nous. Après une demi-heure de tirs, ils s’arrêtent.

Je vais voir les trous. Ils sont fameux, mais c’est tout. C’est bien la camelotte en grand qui se propage jusque dans les obus. Vers 6h à la tombée de la nuit, nous quittons la position et allons former le parc au même endroit qu’hier. Deux fantassins allemands, 1 saxon et 1 lorrain se sont rendus. Au Lorrain je lui ai donné du feu pour allumer sa cigarette.

A 10h ½, nous nous couchons. Journée superbe, soleil chaud.

23 septembre

Réveil à 4h Départ à 4h1/2. Même position qu’hier.

La 27ème batterie part de l’autre côté et pousse en avant jusqu'à Mogeville, en batterie à 200m à gauche, rien de sensationnel pendant cette journée si ce n’est que nous avons tiré avec le concours des canons de 90 et 120 arrivés pendant la nuit.

Ils doivent avoir reçu des pruneaux car de toute la journée ils n’ont presque pas tiré. Vers 6h nous quittons la position et rentrons au même endroit qu’hier.

A 9h ½ nous allons nous coucher après avoir mangé un cochon que nous avons tué car il se baladait

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dans les champs. A 10h nous recevons l’ordre de nous porter immédiatement derrière Haudiomont vers le fort du Roselier. Nous partons de suite et arrivons à Roseliers à 11h ½. Le temps de faire les distributions et nous couchons dans un bois avec un froid de chien car la nuit il gèle blanc. Couchage vers 2h ½.

 24 septembre

Réveil à 4h. Avec le froid et sur la dure nous avons dormis très peu. Nous quittons la Roselier et arrivons à droite d’Haudiomont derrière Manheul et Fresnes.

Les allemands sont sur les hauteurs de Eparges.

Canonnade effrayante des le matin et nous reprenons Tréhuzeaux/ tréhizeu

Hier une batterie du groupe a souffert terriblement du feu des ennemis, il y a eu 4 tués 12 blessés et 19 chevaux hors d’état. Le matériel a été abîmé également.

Tout cela est arrivé par un espion qui se trouvait à Manheul et qui correspondait avec les allemands du clocher. Il a été trouvé et immédiatement fusillé.

Son lieutenant allemand que nous avons trouvé blessé à mort sur notre route a répondu aux questions que lui posait le colonel.

Je suis perdu et mon pays aussi. Du fort du Roselier jusqu'à notre position en batterie, le génie est en train de poser des rails dans le bois sur un parcours de 12km pour pouvoir amener sur les hauteurs des affûts sur truc[1], canon qui est merveilleux pouvant se déplacer de suite par le tracteur. Vers 12h la canonnade cesse un peu.

Aujourd’hui belle journée mais le vent est froid. Le soir, la journée reste calme et nous couchons encore dans le bois par un froid terrible. On souffre terriblement la nuit car vu le froid, on dort très peu.

25 septembre

Réveil à 4h. Départ à 4h ½. Même position qu’hier. Matinée calme. Vers 12h un aéroplane en vue, un allemand bien entendu. 2 batteries de 46ème



[1] Surement de trés gros canons…

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46ème sont en position à côté de nous, exprès pour les aéros. Ils le laissent un peu approcher puis ouvrent le feu dessus. Il est encadré par les projectiles et immédiatement il tourne bride pendant que la canonnade continue, un éclat d’obus touche l’aéroplane et aussitôt une gerbe de fumée sort de l’aéro ennemi et le voilà qui descend à une vive allure.

Nous avons appris le soir par les avants postes fantassins qu’il était tombé dans les lignes françaises. A pris feu en atterrissant et le pilote et l’observateur étaient tués.

Un mouvement de recul a été constaté chez l’ennemi. Rien de nouveau pendant cette journée, si ce n’est que l’ennemi a bombardé Mesnil.

Le beau temps continue et nous couchons encore dans les bois par un froid violent.

26 septembre

Réveil à 3h ½. Départ à 4h. Même position qu’hier. La journée pour nous reste calme mais les 120 qui sont derrière nous travaillent et n’arrêtent pas de tirer car ils avaient eu connaissance des positions ennemies, vers les Eparges.

Leur tir a très bien marché car le soir 24 obusiers étaient entre nos mains, et félicitations à la 72ème division. Comme nous n’avons pas tiré, nous avons fait une manille comme nous commencions un obus du 15ème arrive sur la crête à 30 mètres devant nous.

On m’appelle. Je descend la crête, les deux mains dans mes poches et j’arrive en bas juste a temps pour recevoir à 6m50 de moi un obus. Je suis renversé et me relève avec de la terre plus que je n’en voulais et rien de cassé. Le lieutenant me dit « je vous croyais tué » « pas encore pour ce coup ci » lui répondis-je.

Et me voilà reparti, mais ça ne fait rien. J’ai tout de même eu peur. Un blessé de la batterie qui avait été éprouvé est mort hier 

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ce qui porte le nombre à 5. Ils ont été enterrés dans un bois avec une cérémonie imposante. Vers 6h, nous quittons la position et allons nous coucher dans notre bois.

Le froid étant moins vif, on a un peu mieux dormi. Les ennemis ont mis le feu à Ville en Woëvre et au château de Haudois / Handois car ça flambe bien.

Couchage bois.

27 septembre

Réveil à 4h. Départ 4h1/2  même position qu’hier. Rien à signaler que quelques coups de canon sans importance. Je couche à Mont-sous-les-Cotes situé à 4km de la position comme agent de liaison du colonel d’infanterie.

Couchage grange foin. Quel bonheur depuis 15 jours que je couche dans le bois.

28 septembre

Réveil à 4h1/2. Départ à 5h. Même position que les jours précédents. Vers 10h un obus arrive à 1mètre dessous la bouche de la première pièce. Nous sommes tous à coté.

Je suis littéralement renversé par terre et je reçois une détonation terrible dans les oreilles. Je suis tout abruti. Le moment de stupeur passé, nous constatons qu’il y a un servant qui a le bras déchiqueté. Il ne tient plus que par la peau et la manche. Un autre a reçu un éclat sur le coté et crache le sang. Heureusement, c’est tout. Moi, je n’ai rien.

Mes camarades non plus donc deux blessés très sérieusement. La canonnade se tait et nous sommes de nouveau tranquilles. Deux civils arrivent vers 1h ½. On les arrête, ils ont des papiers en règle. Ils vont nous disent-ils à Bonzé.

Exactement une heure après le passage de ces deux hommes, une grêle de projectiles arrive sur nos avant trains et sur ceux du 46ème qui sont sur la route. La canonnade passée car nos 120 les ont fait faire, nous remontons sur la route.

Un spectacle effroyable, horrible, s’offre à nos yeux. Les avants trains du 46ème, les premiers, ont plus souffert que les nôtres.

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Les chevaux gisent au milieu de la route, les uns éventrés, les autres les pattes coupées,la tête arrachée. C’est horrible.

8 conducteurs sont morts à côté de leurs chevaux, les avants trains ont les roues cassées. Les obus sont sortis des coffres, c’est un spectacle effrayant.

Nous arrivons au 59ème, 4 chevaux sont éventrés. 2 avant trains ont les roues cassées et 3 conducteurs sont morts, 8 sont blessés. Vision terrifiante à voir. Nous nous occupons de faire les tombes et oh ! spectacle on les met dans les trous en plein bois loin de leur parents.

Un a tout le haut de la tête enlevé. L’autre a les deux jambes déchiquetées. Le troisième a le ventre ouvert.

Sur un arbre à côté de leur tombe nous inscrivons les noms, la date et le régiment. Nous récitons une prière avec le capitaine. Puis il prononce un simple discours mais beau.

Nous pleurons tous et c’est fini.

Enfin le bilan de la journée donne donc 46 chevaux tués, 11 morts et 19 blessés. Voila le résultat des deux civils passés.

Journée terrible, nous couchons à 9h, toujours dans le bois.

30 septembre

Réveil à 5h. Départ à 5h ½. Nous restons au parc dans le bois et arrangeons un peu la batterie.

Un des blessés d’hier va avoir la jambe coupée. Quand on y pense, un frisson vous secoue le corps et on ne peut rien y faire, c’est la guerre.

C’est la vague de sang qui court sur la terre. Rien de nouveau si ce n’est que les boches canonnent Haudiomont.

Couchage 7h dans le bois.

1er octobre

Réveil à 6 h. Nous restons à la même place dans le bois. Les hommes et les chevaux se reposent un peu.

Couchage 7h dans le bois.

On a touché un quart de vin et un huitième de quart de rhum, quelle veine depuis si longtemps que l’on en a vu. Enfin, c’est la guerre.

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2 octobre

Réveil 6h1/2. Nous restons encore au repos. Nous apprenons qu’un blessé de la batterie est mort hier à Verdun et un autre va avoir les deux jambes coupées.

Au 46ème, 2 blessés sont morts également. Le capitaine de la batterie du 46ème, depuis le début de la guerre enterre 32 de ses hommes. Quelle peine.

Et je vous assure qu’il est vieilli de 10 ans.

Couchage un peu plus tard car nous avons fait une partie de Manille.

 3 octobre

Réveil à 6h. Rien de nouveau à signaler. Même journée que le précédent.

Couchage à 8h1/2 après la Manille.

4 octobre

Aujourd’hui Dimanche. Réveil 6h. Nous changeons de place et allons 600 mètres plus loin et nous commençons à nous installer chez nous en construisant avec des feuilles et de la terre une cabane spacieuse, avec porte s’il vous plait.

La journée se passe en travaux de ce genre et nous nous couchons vers 7h toujours dans le bois sur la terre.

Heureusement que nous avons touché des couvertures. On s’entortille dedans et on dort tout de même.

5 octobre

Nous avons eu alerte à 10h du soir. On atèle et on se tient prêts à partir. Mais ce n’est rien. Une attaque de nuit d’infanterie allemande qui a d’ailleurs été repoussée, et nous nous rendormons à 12h.

Nous passons encore cette journée dans le bois. Couchage à 8h.

6 octobre

Réveil à 3h ½. Départ à 4h1/2. Nous passons à Haudiomont et mettons en batterie derrière Manheulles, environ 1km ½ à gauche, nous tirons sur Pintheville et Riaville qui sont occupées par les allemands. L’infanterie attaque et nous appuyons cette attaque qui a très bien réussi car à 8h du matin ces deux pays sont à nous. 

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Nous n’avons même pas reçu un seul coup de canon. Le soir, nous allons former le parc à 300 m à gauche de Manheulles, en plein champ, et nous couchons également là.

Il fait un beau clair de lune mais il fait horriblement froid.

7 octobre

Nous sommes réveillés à 3h ½, avec la couverture et le manteau tout blanc car la gelée blanche s’est faite sentir. Il fait un froid terrible.

Nous sommes tous gelés et l’un derrière l’autre nous faisons au pas gymnastique pour nous réchauffer. Départ à 4h1/2.

Nous nous portons toujours à gauche de Manheulles mais 1 heure en avant. Dès le matin les obus pleuvent en avant de nous. En passant on voit un trou d’obus allemand qui mesure bien 5 à 6 m de diamètre. C’est du 150.

J’ai tellement froid aux pieds que je ne peux plus tenir à cheval. Et je suis obligé de descendre, de tenir mes pieds dans mes mains, ayant quitté mes souliers. Je pars à Ville En Woëvre comme agent de liaison avec l’infanterie.

Le village est épouvantable à voir car les obus allemands ont passé par là.

L’église est toute trouée de toutes parts. L’autel est par terre. Les maisons, il n’y a plus que les murs encore noirs de fumée. Le chemin est troué de toutes parts.

Dans une grange il y a des chevaux, des vaches tuées. Et l’odeur qui s’en dégage est infecte. C’est horrible à voir.

Il reste dans le pays une dizaine d’habitants dont le maire qui me paie un verre d’eau de vie que j’accepte avec joie. Je rentre le soir vers 5h ½ car la nuit vient vite. Nous couchons à coté des pièces avec encore un froid terrible.

8 octobre

Réveil à 4h, tous transits de froid. La canonnade gronde de tous les cotés. Je pars comme éclaireur à Hennemont. Avant mon départ, les batteries changent de place et se portent en avant.

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Une batterie à gauche du château d’Hannoncelle et les deux autres derrière ce même château. J’arrive à Hennemont. Le pays est encore intact, malgré que les allemands y soient restés 3 semaines. Je me mets en rapport avec le commandant d’infanterie. Il me prête sa jumelle et sa carte et je monte dans le clocher pour mieux observer. J’aperçois Wared Braquis, Parfondrupt, Villers sous Pareid et Pareid.

Entre Braquis et Parfondrupt les bois de la dame à gauche d’Hennemont sont occupés par l’infanterie allemande, il est 11 heures.

Je descends du clocher sans avoir rien vu d’anormal.

Je mange et je remonte. Je me remets en position avec ma lunette mais vers 12h je dois avoir été vu car une grêle d’obus tombe sur le clocher et aux alentours sur les maisons. Je descend et traverse la rue précipitamment pour rentrer dans une maison à l’abri.

C’est épouvantable. 

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Les obus tombent sur le village. Avec un fracas épouvantable. Les tuiles volent, les murs s’écroulent et la route est toute défoncée. Enfin, la canonnade s’arrête un peu vers 5h et j’en profite pour retourner à ma batterie.

Couchage vers 7h, en plein champ, à côté des pièces.

9 octobre

Réveil à 3h1/2. Je repars à Hennemont mais la canonnade est tellement terrible que je ne peux passer et j’attends que cela soit passé en m’arrêtant à Ville en Woëvre. Vers 9h je pars de ce pays et arrive à Hennemont sous une avalanche d’obus formidable.

J’ai juste le temps de rentrer dans une grange déjà trouée pour me mettre à l’abri. Quoi qu’il en soit, je remonte dans le clocher déjà bien endommagé et je me remets à observer. Rien de nouveau que j’aperçoive, si ce n’est quelques uhlans 

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qui se baladent dans les champs du côté de Pareid, Pinthiville brûle encore du feu des allemands car on l’a repris.

Vers 1h au clocher, alors que je regardais vaguement dans la plaine, j’entends 3 coups de canon partir. Je regarde vers quel côté et j’observe. Un autre coup de canon pars et j’aperçois la flamme et la fumée et deux hommes se tenant devant un petit ruisseau.

Je découvre une batterie allemande en position derrière un petit ruisseau. Je descends du clocher et alors que je descendais la dernière échelle, deux obus arrivent dans le clocher et les pierres dégringolent dans le clocher, je cours, envoie une trompette avec le renseignement sur cette batterie et 5 minutes après nous tirons dessus. Je n’ai pas pu voir le résultat car depuis que les deux coups étaient tombés sur le clocher, les toits et les murs volaient en éclat. Je rentre vers 6h à la nuit et couchage à la belle étoile.

Les allemands avaient essayé cette nuit d’attaquer le pays, ils ont été bien accueillis car ils ont laissé 45 morts dont 1 lieutenant. J’en ai vu 8 et j’ai même trouvé une lance de uhlan.

Il fait toujours un froid épouvantable et c’est tout transits que l’on se réveille le matin.

10 octobre

Réveil à 4h. Il fait un brouillard épouvantable et vers 9h il pleut. La journée se passe sans que nous tirions un seul coup de canon. Et eux ils en ont envoyé 5 ou 6.

Couchage vers 8h à Manheulles dans les granges. Ca semble bon depuis assez longtemps que l’on couche dans la pleine.

On touche aujourd’hui 1/16 de litre de rhum. Quel bonheur. 

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Les phares allemands allument l’horizon vers 7h et tournent dans tous les sens.

11 octobre

Aujourd’hui Dimanche. Réveil à 3h1/2 pour changer et alors nous attaquons vers 4h. Il y a le 11ème, le 25ème, le 61ème et le 59ème.

En tout 15 batteries et 3 batteries de 120 derrière Manheulles. Nous tirons sur Pinthiville, Maizeray dont les tranchées allemandes sont à 800 m. Les boches répondent terriblement. C’est un bruit épouvantable de tous les cotés on entend le canon et on aperçoit dans toutes les directions la fumée des éclatements.

Aujourd’hui il fait un soleil épatant et vers 6h un aéro boche fait son apparition. Il faut s’arrêter de tirer et se coucher. Heureusement que toutes les pièces sont recouvertes de bottes d’avoine et il s’en retourne en ayant vu certainement que des bottes car les obus ennemis n’arrivent pas jusqu'à nous. Vers 11h un aéro boche revient et passe au dessus des avants trains et immédiatement c’est l’avalanche qui arrive. 3 hommes sont blessés, 1 avant train retourné et un autre tombe dans un petit ruisseau et un cheval se noie. Nous avons un moment de répit et nous allons manger le singe[1].

C’est alors que nous constatons qu’il est dans l’avant train tombé dans le ruisseau et comme il est à environ 2 bons kilomètres et que les obus tombent, nous sommes obligés de manger un bout de carotte crue et une échalote avec un peu de sel. Voyez repas princier.

Un aéro Boche repasse mais le canon le fait éloigner car il a chaud au derrière. Depuis 2h c’est une série d’aéros français et allemands qui volent dans tous les sens. Le plus drôle est un aéro boche venant vers nous et ayant vu



[1] =viande en boite

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un aéro français qui allait à sa rencontre. Si vous aviez vu le demi-tour qu’il a fait, et il faisait vite.

Le canon ennemi depuis 2h se tait et nous n’arrêtons pas de tirer et ça barde. Préparons nos matricules[1], le 75, le 120, le 140, tout cela crache tant et plus.

C’est vrai que par le froid qu’il fait un rhume est bien vite attrapé. La journée se termine sans grand avantage si ce n’est que nous avons avancé un peu.

Couchage 8h toujours dans la pleine. Il fait un froid terrible.

 12 octobre

Réveil à 4h, couverts de givre et tout blancs. Le froid est épouvantable et j’ai les pieds tellement froids que je ne peux pas marcher.

La canonnade dès 5h commence à se faire entendre des deux côtés. Aujourd’hui les boches ont l’air de moins tirer. Nous attaquons les Eparges qui sont très fortifiées et Champlon. La fusillade crépite et le canon fait rage. Les obus allemands arrivent des deux côtés de la batterie car ils ne tirent plus qu’avec une batterie et deux canons sur tracteur.

Le soir nous apprenons que Champlon est à nous et les Eparges également, mais cela a été dur pour nous car il y a pas mal de fantassins tués ou blessés, enfin la victoire est à nous. Pour cette journée, seuls les aéros français ont volé. Les boches ont sans doute eu la frousse.

Il n’y a plus qu’une batterie qui tire. Elle est située à Saulx. Elle est dans le cimetière et a des remparts en ciment armé. Une batterie de chez nous est partie à coté de Fresnes, attention aux gnons.

Le canon lourd se fait gentiment entendre. Couchage vers 8h toujours dans les champs et il fait joliment froid.

13 octobre

Réveil à 4h. Nous tirons à 4h1/2. Pendant la nuit est arrivé derrière Fresnes une batterie de 155 court[2]



[1] Peut etre que ca vient de l’expression « tu vas en avoir pour ton matricule » c'est-à-dire qu’ils vont déguster.

[2] 155 = 15 coms, 5 mm de diamètre et court

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et des pièces de 105, pièces qui étaient destinées à la Norvège.

Nous arrêtons vers 6h et toute l’artillerie lourde entonne la chanson. Quel boucan. C’est terrible.

On n’entend pas les boches ce matin. Ils ont du prendre quelque chose ces deux jours cis car nous leur avons envoyé des petits poids.

A 3h nous attaquons Marcheville bien fortifiée par les allemands et c’est de nouveau la canonnade épouvantable. 75 lourds et mitrailleurs sont à la fête des deux cotés. C’est terrible.

Un lieutenant de chez nous est à 1km des batteries allemandes avec le poste téléphonique entre l’infanterie et l’artillerie. L’attaque est merveilleuse. Le 75 tire, règle son tir et une fois le tir réglé, nous tirons à obus explosifs sur les tranchées allemandes.

C’est à ce qui parait épouvantable. Nos obus frappent juste et malgré que leur tranchées soient bétonnées, ils se sauvent en hurlant et en criant pendant que pas mal sont tués. L’artillerie s’arrête et nos fantassins bondissent prendre position dans les tranchées ennemies.

La nuit arrive et le canon s’arrête de tonner de toutes parts. Vers 7h, alors que nous allons nous coucher dans notre lit des champs, des fusées éclairantes apparaissent. D’abord des blanches signal de faire attention et peu de temps après des rouges, signal que nous sommes en danger. Immédiatement notre petit 75 entonne la chanson et tout danger est conjuré.

Nous nous couchons à 8h. Aujourd’hui temps pluvieux.

14 octobre.

Réveil à 3h. Départ à 3h1/2. Pendant la nuit l’infanterie a avancé de 2 kms. Nous changeons

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de position et allons mettre en batterie 300 mètres devant le château d’Hannoncelles/ Hammoncelles / Haumoncelles. Le lieutenant observe dans un arbre et à 3 kms nous attaquons Marcheville.

Le canon gronde et à un moment nous tirons 96 coups en moins de 5 minutes. Des mitrailleuses françaises et allemandes font rage. Et à 4 kms de nous il doit y avoir des hommes qui tombent des deux cotés vers 5 h il y a un ralentissement mais vers 6h1/2, alors qu’il fait nuit noire, la chanson recommence et le soir nous apprenons avec joie que Marcheville est à nous. Nous couchons aujourd’hui dans une grange. Quelle joie de pouvoir s’étendre sur le foin et à l’abri du vent. Nous apprenons qu’un lieutenant de chez nous est parti vêtu d’une blouse et d’un vieux pantalon dans les lignes ennemies. Les phares éclairent la pleine des deux cotés. Pluie toute la journée.

15 octobre

Réveil à 4h. Départ à 4h1/2. Même position qu’hier.

Il pleut encore ce matin et on a de la boue jusqu’au dessus de la cheville. Quelle bouillabaisse. Ce matin le canon ne gronde presque pas et il n’y a guère que les 120 et 155 qui canonnent de temps en temps. Rien de nouveau pendant l’après midi si ce n’est qu’une attaque des boches vers 5h1/2 qui a d’ailleurs été repoussés

Couchage vers 7h1/2.

16 octobre.

Réveil à 3h1/2. Départ à 4h pour la ferme des Muranvaux pour nous reposer un peu. Journée silencieuse à cause du brouillard qui règne dans la pleine.

Couchage à la ferme vers 8h.

17 octobre.

Réveil à 2h. Départ à 2h1/2 pour prendre

Carnets de guerre d'André Grosbois
Carnets de guerre d'André Grosbois

position à droite et en avant du château d’Hannoncelles. La journée se passe sans que nous tirions sauf un cochon qui est tombé entre nos mains et dont un bon rôti le soir nous a remis d’aplomb.

Je vais coucher à Manheulles, étant un peu fatigué.

18 octobre.

Réveil pour moi à 7h. Départ vers 10h. Je ne suis pas sitôt arrivé à la position de batterie que le lieutenant me charge d’un service de liaison avec l’infanterie à Manheulles. Je repars après avoir mangé et je suis pris en … au 166ème d’infanterie à l’Etat Major.

Me voilà tranquille et je couche dans une maison abandonnée avec tout l’Etat Major. Les Sous Officiers mangent à part et dans des assiettes et sur une table dans une maison.

Quelle veine depuis bientôt 3 mois qu’il en était autrement.

Enfin, pourvu que cela dure. Couchage vers 8h.

19 octobre

Réveil à 6h1/2. Chocolat avec pain grillé et je reste toute la journée à Manheulles. Je porte quelques notes pendant le jour et c’est tout.

Couchage vers 10h après la manille.

 20 octobre

Réveil à 6h1/2. Café au lait avec pain grillé et même journée que la précédente.

Couchés vers 12h après une partie de cartes terrible.

 21 octobre

Réveil à 2h pour porter un ordre. Je pars à la recherche d’une batterie par une nuit noire. Je suis la ligne de chemin de fer jusque derrière Fresnes et enfin je la trouve et leur remet l’ordre. 

Carnets de guerre d'André Grosbois
Carnets de guerre d'André Grosbois

Le temps de revenir et il est 5h1/2. Je ne me recouche pas.

Cette nuit, la fusillade se faisait entendre vers Champlon et Saulx. Rien d’anormal à signaler.

Lecture de livres trouvés dans une bibliothèque, assis dans un fauteuil en velours, s’il vous plait.

Ce matin inutile de vous dire café au lait avec pain grillé. Couchage vers …

 

 

Le carnet s’arrête là. Nous n’en saurons pas plus.

Carte reconstituée d'après le carnet de guerre d'André Grosbois
Carte reconstituée d'après le carnet de guerre d'André Grosbois

Cet itinéraire retrace le parcours d'André Grosbois sur le front du 7 août au 21 octobre 1914, date à laquelle ont été prises ses dernières notes.

Seules les villes et lieux dits mentionnés dans ces carnets sont reportéssur la carte suivante.