Archives municipales - Patrimoine - Fontenay-sous-Bois

Correspondance d' Edmond Descarsin

Cette correspondance est constituée de 44 lettres qui couvrent la période 1910-1940. La très grande majorité concerne la période de la première Guerre mondiale.

Toutes les lettres sont sur papier libre. Il n'y a pas de cartes militaires pré-imprimées, pourtant très utlisées par les poilus. 

La première lettre date de 1910 et est écrite par Juliette Regenveter à Edmond Descarsin. Elle est alors une simple connaissance.

41 lettres sont écrites par Edmond Descarsin à "sa" Juliette" de 1917 à 1919. Une seule en 1918, année où leur relation est difficile et période pendant laquelle Edmond est présumé disparu ou prisonnier.  Edmond indique très rarement le lieu où il se trouve, la censure oblige, sauf après la victoire ! 

Une lettre est écrite à son beau-frère et à sa belle-soeur, en 1930. 

La dernière lettre est écrite par la mère d'Edmond Descarsin en 1940 et envoyée de Fontenay-sous-Bois.

Edmond a une belle écriture et manie la langue française parfaitement. Edmond est typographe dans le civil, ce qui explique peut-être cela. 

Dans cette correspondance, il est question de sentiments bien-sûr entre Edmond et Juliette et du quotidien du poilu: la boue, le front, les tranchées, les "boches", la "gueuse de guerre", "Madame censure", le cafard, la visite de Pétain ...

Lettre du 1er avril 1910 de Juliette Regenveter à Edmond descarsin, page 1
Lettre du 1er avril 1910 de Juliette Regenveter à Edmond descarsin, page 1

Vendredi, 1er avril 1910

Mon cher Edmond,

Il y a quelques semaines on vous avait monté la tête contre moi, aujourd'hui c'est une carte que l'on vous adresse à mon nom, et que vous vous croyez être certain que c'est moi qui vous l'ai envoyée, mais vous vous trompez.

Oui à quatre heures nous avons été chez Robidat cherché un timbre pour une carte que Jeanne a envoyée à une jeune fille de Paris. Si vous ne me croyez pas demandez-le à la fille Robidat. On lui a montré la carte. .../

Lettre du 1er avril 1910 de Juliette Regenveter à Edmond Descarsin, page 2
Lettre du 1er avril 1910 de Juliette Regenveter à Edmond Descarsin, page 2

/... A sept heures moins cinq Suzanne, elle m’appelle en me disant : tu es venue voir mes poissons d’avril mais tu ne m’as pas montré les tiens, Edmond vient d’en recevoir un et puis il t’a regardé et il s’est mis à rire.

Alors je me suis mise à rire aussi et je lui dis, c’est qu’il n’y a pas de signature et qu’il croit que ça vient de moi. Et je vais vous dire qui c’est qui vous l’a envoyé, c’est Hoock avec Pierrot et Tellier qui est au courant de l’affaire. C’est Julien qui me l’a dit car ils en parlaient sur la place.

Quant à moi je vous jure que ce n’est pas moi qui vous l’ai envoyé, vous pouvez me croire car je suis assez malheureuse d’apprendre sur votre carte-lettre que vous ne voulez plus me causer.../

Lettre du 1er avril 1910 de Juliette Regenveter à Edmond Descarsin, page 3
Lettre du 1er avril 1910 de Juliette Regenveter à Edmond Descarsin, page 3

/... Je voudrais être loin d’ici pour ne plus voir ni entendre ces imbéciles qui ne sont contents que quand nous sommes fâchés.

Quant à moi je vous aime toujours et je ne vous oublierais jamais.

Je vous embrasse bien sincèrement.

Juliette

Lettre du 20 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 20 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 20 juillet 1917

Mademoiselle Juliette,

Je vous dirai que je suis rentré à mon corps ce tantôt et que dès ce soir je vais retrouver mon régiment en ligne car ils sont montés dans la nuit du 13 au 14 juillet courant.

Je n’ai pas un trop gros cafard, un peu pensif, c’est tout, c’est un peu de votre faute, enfin je ne vous en fait pas reproche.

Il est bien dommage, Mademoiselle que ce soit la guerre car je dois vous avouer que si ma cousine et Madame Ruffier se rient, ce n’est pas tout à fait à tort, car vous ne m’êtes pas indifférente du tout ; hélas, pour l’instant ce sont de trop beaux projets, il faut déjà que Messieurs les boches me permettent de revenir de cette horrible boucherie pour pouvoir aviser.

Excusez-moi, Mademoiselle de n’avoir pu vous parler plus sérieusement là-bas .../

Lettre du 20 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 20 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

/... ce sont des choses à perler seul à seule et durant ma permission vous conviendrez que ça ne m’a été guère facile.

Ma cousine est pour moi en quelque sorte une seconde maman et si cela arrive c’est à elle que revient toute la faveur :

Elle vous aime beaucoup et ma foi, vous connaissant déjà pour une fille très sérieuse (je ne vante pas) elle m’a incité dans ce chemin qui je crois sera exempt de tout commentaire.

Je vous répète j’en suis content ; seule la fin de la guerre fera aboutir ces gentils projets.

Je finis, Mademoiselle en vous adressant toutes mes amitiés les plus sincères, et j’espère qu’à chaque fois que ma cousine vous embrassera, une petite parcelle vous viendra de moi.

Vous ne m’en voulez pas ? Je parle franchement, réfléchissez bien !

Allons au revoir.

Edmond

Lettre du 28 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 28 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 28 juillet 1917

Mademoiselle Juliette,

Je vous avais envoyé hier par une carte postale un gage d’amitié et ce soir je reçois avec un plaisir plutôt inespéré votre gentille lettre sur laquelle je vous assure, je ne comptais qu’à demi car j’ai eu peur à un moment de vous avoir fâché pour oser vous écrire ce qui aurait été si doux de vous dire à l’oreille, pourtant vous n’y perdez rien, le plus précieux de l’aveu sera pour un jour plus heureux, vous devinez n’est-ce pas ?

L’essentiel est fait, ce premier pas m’a coûté autant qu’à l’enfant qui commence à trotter, pourtant le cœur m’y a poussé.

Ma pauvre Juliette, je sais que vous n’avez pas été une favorisée du sort dans votre jeunesse, mais sans savoir .../

Lettre du 28 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 28 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

/... le fond de tout cela, j’ai certainement vu pire et je crois que deux âmes ayant un peu souffert par le passé, auront un jour une légitime récompense.

Si je vois dans vous une jeune fille qui doit être aimée, c’est à cause de tout cela, et ma foi, inutile de vous le cacher, une femme comme cela ne se trouve pas tous les jours, du moins c’est mon avis.

Mademoiselle Juliette, vous me rendez un peu de courage perdu depuis 3 ans que nous menons une si triste vie et je vais maintenant finir ma lettre (tant pis pour vous, c’est vous qui me donnez cette hardiesse) en vous envoyant un gros bécot.

Bien des choses à mes cousins pour moi et en particulier à cousine puisque vous les voyez tous les jours. Merci.

Nous sommes en repos pour 6 jours avant de remonter faire une seconde .../

Lettre du 28 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 28 juillet 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

/... période dans le secteur où nous sommes ; rassurez-vous, là je n’y court pas grand danger, c’est d’un calme absolu.

Allons, au revoir.

Edmond

Juliette vous n’êtes pas forcée, vous savez de mettre votre adresse en haut de votre enveloppe, j’aimerai même mieux que vos lettres ou plutôt l’enveloppe reste anonyme, vous savez au régiment …………………… ! Tous les trucs sont bons pour moquer ses camarades.

E.

Lettre du 5 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1.
Lettre du 5 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1.

Le 5 août 1917

Mademoiselle Juliette,

J’ai reçu votre gentille lettre du 1er qui m’a fait grand plaisir.

Je ne vous en mets pas long sur la lettre, mais ma petite carte vous en dira davantage.

Je vous demanderai de tirer les oreilles à cousine, figurez-vous que j’ai reçu une lettre de la petite Marthe et cousine s’est réservée une page pour me noyer d’insultes, il n’y en a pas long mais … c’est très flatteur ! Vengez-moi, je vous en pris, elle profite de ma faiblesse. Dites-lui que ce n’est qu’un acompte car lorsque j’irai en permission, je me charge du reste.

Nous sommes en tranchées pour une douzaine, c’est assez calme, c’est même trop calme pour le 20e corps, ce n’est pas que je m’en plaigne mais j’ai bien peur qu’une autre surprise plutôt désagréable nous soit réservée pour plus tard ; enfin pour l’instant aucun danger. .../

Lettre du 5 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 5 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

/... Nous travaillons quelques heures dans le jour et prenons la garde la nuit, vous voyez que ce n’est pas trop calé ; maintenant il m’arrive d’avoir le loisir de songer à ma chère Juliette, du reste, jugez-en !!!

Edmond

Il fait bien vilain temps depuis 3 jours par ici, dites-moi si à Paris c’est pareil !

Lettre du 13 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 13 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 13 août 1917

Mademoiselle Juliette

Je suis bien heureux de trouver en vous une jeune fille qui sait comprendre la portée des paroles et la justesse du cœur ; je le constate, Juliette, sur votre dernière lettre du 8.

Retenez bien que si j’ai osé vous dire tout ce que vous savez aujourd’hui, c’est qu’il ne m’était plus possible de le garder pour moi ; voilà 5 ou 6 permissions de suite que je vous voyais, que je vous causais et par le fait que j’ai eu le temps d’apprécier, c’était la fatalité qui devait arriver, surtout qu’involontairement ou non (ça, je ne sais pas) cousine me parlait de vous et je vous assure que c’était loin d’être en mal. J’ai été forcé de m’apercevoir de mon trouble devant vous et ne pouvant plus le cacher, il fallait bien l’avouer, car je reconnais moi-même que je ne peux pas me déguiser ; c’est peut-être un don pour certain, mais moi je ne le considère pas comme tel. .../

Lettre du 13 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 13 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

/... Enfin, ma petite amie, croyez-vous que je le regrette ? Oh non ! Allez. Après la guerre je vous le prouverai.

Et puis à l’heure où nous sommes Juliette, un peu d’espérance retrouvée dans le cœur d’une si adorable brunette vous rend plus fort et plus patient. J’avoue que si je n’avais pas eu de famille à défendre et maintenant une ……….gentille amie, j’aurai fait un bien médiocre combattant.

Je suis toujours en excellente santé, et suppose que ma petite lettre vous trouvera de même, nous voyons quelques jours ensoleillés en ce moment c’est toujours très calme et même incroyable comme front auprès de tout ce que nous avions vu jusqu’alors.

Je dois écrire à cousine, mais j’attends sa fête ; en attendant faites-la toujours enrager, ne vous gênez pas ! Dites-lui que je l’embrasse tout de même mais que s’il y a récidive, je ne retournerai plus en permission pour la punir. Je n’ai toujours pas de nouvelles de .../

Lettre du 13 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 13 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

/... Marcel ; pour moi, c’est une castalgie aigüe qui l’empêche d’écrire.

Pour ce que vous me disiez, donnez l’enveloppe de ma lettre à cousine, elle vous expliquera.

Je finis, chère Juliette, en vous embrassant aussi fort que ___ _____ ____.

Nous devons être relevés pour aller en demi-repos d’ici une paire de jours ou à peu près, je vous mettrai une carte en redescendant.

Edmond.

Lettre du 21 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 21 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 21 août 1917

Mademoiselle Juliette

Je reçois votre lettre aujourd’hui 20 et vous date la mienne du 21 car elle ne peut plus partir que demain, comme vous le voyez je ne vous ferai pas attendre. J’ai autant de plaisir que vous à recevoir de vos nouvelles et je sais que sauf retard de la poste, exactement 7 jours après j’ai une lettre de ma petite amie.

Alors, est-ce bien sérieux cette neurasthénie ; est-ce que je serai devenu votre Docteur ma chère Juliette ? Comment, vous vous faites des idées noires comme cela ! Je me vois dans l’obligation de vous attraper.

Vous n’avez plus le droit, maintenant de vous tourmenter, à moins que vous craigniez que les boches me fassent un mauvais sort. Non, je n’ai jamais eu cette idée-là qu’à la mobilisation, depuis, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai acquis la conviction que j’en reviendrai, ce n’est pourtant pas les milliers de camarades tombés qui me donnent cette assurance, me voyant toujours parmi les survivants ; c’est une idée que je ne .../

Lettre du 21 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 21 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

/... comprends pas, mais c’est mon idée personnelle et je l’ai bien ancrée, je la subis. Et je ne crois pas m’y tromper. De là, j’estime ma chère Juliette que vous devriez prendre exemple sur moi qui suis pourtant au danger depuis si longtemps et qui ne perds pas confiance ; Je pourrais presque m’approprier la devise de la ville de Paris « Ballotés souvent, Submergés jamais » ça peut vous faire rire mais que voulez-vous c’est mon moral tout de même.

Ah ! La gueuse de guerre qui fait aussi si peur aux demoiselles sérieuses, à celles qui restent si souvent ignorées.

Vous ma Juliette, ce n’est plus votre cas, vous comptiez certainement sans mon intervention, mais maintenant il ne vous est plus permis d’oublier que quelqu’un vous aime et pense à vous sans cesse, qu’il n’attend qu’un jour (le plus proche possible) pour avoir une vie plus douce et dotée des tendresses de sa petite amie, qu’il aura à cœur de mériter en la rendant la plus heureuse. /...

Lettre du 21 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 21 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

/... Allons, ma petite brunette, ne pensez plus à des choses si tristes, tuez ce vilain cafard et dites-vous bien que vous n’êtes plus seule non plus, et que lorsque les boches reviendront à de meilleurs sentiments votre espoir sera proche d’une réalisation.

Vous ne coifferez pas Sainte-Catherine ou bien ce sera pour très peu de temps, si la guerre voulait durer un de plus. Ma famille deviendra la vôtre et je suis là-dessus absolument certain que vous serez autant la bienvenue chez mes tantes que rue Lasson. Elles ne pourront toujours plus me faire enrager à cause que la guerre m’a fait devenir vieux garçon, j’aurai même, je puis vous l’assurer des compliments de l’heureux choix que j’aurai fait.

Nous sommes remontés en secteur toujours à peu près calme, mais un peu plus à droite que les derniers.

Je vous dirai aussi que je viens de passer encore une fois (la douzième peut-être) au vaccin anti-typhoïdique ; ça m’a secoué un peu, surtout en ce moment qu’on /...

Lettre du 21 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4
Lettre du 21 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4

/... goûte un peu de calme, la fatigue ancienne revient, mais ce ne sera rien.

Je vous joins une image qui vous fera peut-être plaisir. Je ne vous dirai pas de la montrer à cousine, elle se ferait encore un plaisir de vous chicaner ou de m’insulter.

Vous trouverez peut-être plus fort qu’au naturel tout au moins que maintenant ; songez ma chère Juliette que depuis, j’ai fait 3 ans de campagne qui m’ont bien diminués. Combien de journées et de nuits dans la boue sous les obus et pas toujours à boulotter. Enfin, allez 6 mois à Paris et je rattrape tout cela, j’ai une bonne carcasse heureusement.

Je finis en vous demandant des excuses pour mon griffonnage fait entre temps que je peux m’absenter des pièces que j’ai à surveiller jusqu’à 1 heure du matin car nous sommes deux gradés pour la nuit.

Recevez un gros bécot comme bonsoir Juliette et surtout plus de cafard !

Bien des choses aussi à cousine pour moi.

Je lui écrirai demain.

Votre Edmond

Lettre du 30 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 30 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 30 août 1917

Mademoiselle Juliette,

J’ai reçu votre lettre du 25 hier soir,

Bien entendu m’a fait grand plaisir ; il me semble si doux d’avoir de vos nouvelles, surtout lorsque je constate que votre ennui n’est plus, que ma petite leçon a porté juste, que les vilaines idées noires sont disparues.

Moi aussi, ma chère Juliette, je songe à vous, il ne me serait guère possible de vous oublier maintenant, nous n’avons pourtant aucun lien qu’une très grande amitié, mais cette amitié vu de très près devient bien voisine de l’amour, est-ce vrai ? Et dans mes longues heures de gerde, je vous entrevois, vous êtes devenue mon espérance.

Qui aurait dit ça il y a deux ans, lorsque je vous ai vu chez cousine pour la première fois avec votre jeune sœur ; vous souvenez-vous ?

Cette rencontre n’était pourtant pas cherchée, je remercie cet heureux hasard.../

Lettre du 30 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 30 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ J’ai bien reçu la carte dont vous me parlez ; du reste je vous en ai mis une en échange, l’avez-vous reçue aussi.

Je suis bien content que vous m’avez représenté à la Sainte-Louise, j’avais bien envoyé une carte, mais vous avez complété mes vœux ; cette pauvre cousine devait être contente ! Je ne saurais vous dire combien elle a été bonne pour moi durant mon enfance ; si je ne l’avais pas eue par moments, je n’aurai pas eu la vie rose, savez-vous !

J’ai eu aussi des nouvelles de Marcel ; il me parle de sa très prochaine permission, le veinard, enfin je ne le jalouse pas, chacun son tour ce n’est pas trop.

Moi, je ne compte y retourner que pour le tour des 10 jours qui commence en octobre, alors voyez ! Avec les quelques tours que j’ai pu perdre durant ma blessure, je ne crois pas y aller avant la dernière dizaine d’octobre ; j’aime mieux vous le dire car vous croiriez que l’on m’oublie ; de là, le sacré cafard vous reviendrait encore et cette fois, vous seriez inconsolable, n’est-ce pas que c’est vrai ? /...

Lettre du 30 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 30 août 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ Allons un peu de patience : 2 petits mois, du moins je le pense, à moins de complications dans les opérations, ça on ne peut le prévoir.

Ma santé est meilleure pour l’instant, quelques soucis du métier et c’est tout.

Je vous enverrai lorsque nous descendrons des lignes une carte qui vous fera patienter ma prochaine lettre.

Je finis, ma chère Juliette, en vous envoyant de bons bécots accompagnés de mes plus douces pensées.

Embrassez bien cousine pour moi. J’écrirai du reste d’ici peu à toute la famille Legrand car il faut que j’enlève petit Jules, il doit avoir mal aux mains ou renversé son encre, c’est l’un ou l’autre.

Allons au revoir.

Lettre du 7 septembre 1917 d'Edmond descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 7 septembre 1917 d'Edmond descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 7 septembre 1917

Mademoiselle Juliette,

Vous m’avez grandement étonné au reçu de votre lettre en me disant que cousine a été vous voir à Charentonneau. Vous avez réellement de la chance car moi, autant que je me souvienne, je n’ai jamais réussi à la faire sortir de la rue Lasson, soit pour une promenade, soit pour aller au théâtre ou au concert ; il faut que vous soyez, on peut le dire : dans ses petits papiers. C’est dommage qu’ils aient trouvé visage de bois ; enfin, je suis content d’elle, il faut espérer qu’ils recommenceront leur escapade bientôt. Vous complimenterez Madame Ruffier et Jules aussi ; ils ont gagné tous des « indulgences ».

Je vous dirai, chère Juliette, que nous sommes remontés en secteur cette nuit pour douze à quinze jours, je pense ; et, ne vous tracassez pas, c’est toujours à peu près calme ; je ne cours pas grand danger, si la guerre se continuait comme cela, je serais dans le cas de rengager (le croyez-vous ?) .../

Lettre du 7 septembre 1917 d'Edmond descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 7 septembre 1917 d'Edmond descarsin à Juliette Regenveter page 2

... / Oui, mais ! ……………………………….. Juliette ne serait peut-être pas de mon avis ? Enfin, il vaut mieux dire cela que des bêtises.

Je suis à peu près bon soldat, mais je crois que je ferai un bien meilleur civil, surtout avec la présence de ma Juliette bien aimée, à qui pour le moment il me faut me contenter de songer.

Voilà qui est bien peu ; Si je pouvais me faire assez petit pour me glisser dans l’enveloppe, seulement ; mais j’ai peur que même en buvant du thé pour me faire maigrir, de n’arriver jamais à ce résultat ; je me vois obligé de me faire remplacer par une Reine-Marguerite.

Je ne vous dis pas de l’effeuiller ; si quelquefois elle vous mentait ; enfin faites comme vous voudrez ! Je vais dire comme le prestidigitateur : « Rien dans les manches, rien dans les poches, aucune préparation ». Cueillie au hasard, à 600 mètres des Boches.

Et je finis ma petite représentation en adressant à ma petite amie de nombreux bécots.

Vous en réserverez un pour cousine quoiqu’il ne soit pas de la même espèce.

Allons, au revoir.

Votre Edmond

Lettre du 14 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 14 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 14 septembre 1917

Mademoiselle Juliette,

Je reçois votre petite lettre à l’instant, et vous constatez que je ne vous fais pas attendre.

Inutile de vous dire le plaisir que chacune de vos correspondances me donne, c’est toujours la « désirée » vous pouvez me croire et si j’ai le moral si bon, c’est à vous, pour la plus grande partie, que je vous le dois.

Vous me dites que ma lettre a été ouverte par Madame Censure ; je ne lui ferai pas mes compliments, croyez-le bien, c’est une personne bien indiscrète pour mettre le nez dans les paroles plutôt intimes que nous échangeons par écrit, si elle recommence je suis décidée à rompre toutes relations. (Boum) Bien entendu pas avec vous.

Soyez sans crainte pour les intentions que je vous parlais, référez-vous en à cousine : elle vous dira qu’elle n’a pas peur de cela.

Et ce veinard de Marcel, il doit se sentir .../

Lettre du 14 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 14 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ vivre, il m’avait écrit il y a quelques jours aussi ; je me doutais bien qu’il n’allait pas être long à arriver car le tour des 7 jours finit ce mois-ci.

Vous me parlez de temps superbe à Paris : eh bien ici, ce n’est plus le cas depuis deux jours, il est plutôt brumeux et pluvieux ; si seulement ma Juliette, lorsqu’on verra revenir les beaux jours je pouvais être auprès de vous ; je n’ose pas trop l’espérer car ce serait bien sûr une déception pour tous les deux, enfin ça viendra et il me semblera bien doux comme vous dites de faire des petites promenades à vos côtés ; quelle différence, songez dont avec le front et encore je ne me plains pas en ce moment, mais il n’y a pas longtemps car depuis le début, nous avons vu bien des misères. A propos, je ne veux pas vous rendre triste, j’arrête mes détails et ne vivez qu’avec l’idée que ce bonheur se réalisera, moi j’ai confiance, il me semble parfois que c’est chose faite et dans mes longues heures de garde de nuit, ma pensée est sur vous quoique je regarde du côté du boche. .../

Lettre du 14 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 14 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ J’attends votre chère image, ma brunette, et dites au photographe qu’il ne la fasse pas en sucre car lorsque j’y porterai mes lèvres, elle pourrait se détériorer, c’est dire que ça m’arrivera souvent.

Je finis ma gentille amie en vous priant de faire mes amitiés à toute la famille Legrand et en particulier à cousine et au permissionnaire Rigadin qui aura bien, je l’espère, le courage de mettre la main à la plume pour me dire s’il a bien passé son séjour dans notre vieux Paris et j’adresse à ma chère Juliette de nombreux et bons bécots.

Votre ami Edmond

Lettre du 23 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 23 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 23 septembre 1917

Mademoiselle Juliette,

J’ai reçu votre lettre tout à l’heure et je m’empresse de vous répondre quoique je sois moi aussi dans une drôle de situation, vous en jugerez sur la fin de ma lettre.

J’ai été bien surpris en apprenant que vous aviez quitté la baleine car je vous savais pourtant une des plus anciennes ; je me rappelle fort bien vous avoir vu toute jeune en groupe photographique avec ce pauvre Maurice et peut-être bien Louis. Je sais cependant que vous étiez pour en quitter à un certain moment, ma foi ma chère Juliette vous voyez plus clair que moi dans vos petites affaires, je ne puis que dire Amen ; ça doit bien vous changer, comme vous dites.

Si seulement j’étais pour rentrer bientôt, je vous enlèverai d’un même coup tous ces soucis, mais pour le moment il vous faut l’accepter comme cela. .../

Lettre du 23 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 23 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ L’essentiel, pour l’instant, c’est de vous trouver quelque chose de pas trop fatigant, ça ne doit pas être juste le cas si vous faites des livraisons du matin au soir, pauvre mignonne.

Si vous voyez que c’est trop dur, n’insistez pas ; en temps de guerre il doit y avoir grand choix dans le travail.

Et moi, je pense ma chère amie, qu’aujourd’hui dimanche vous êtes rue Lasson dans votre future petite famille pendant que votre Edmond est en prison !

Et voilà la deuxième fois en 3 semaines, mais ça ne durera pas car je ne joue plus, c’en est trop !

L’autre fois ¼ d’heure absent : 4 jours de prison, aujourd’hui j’ai 5 ou 6 centimètres de cheveux, on trouve moyen de me les couper à ras ; à quoi sert d’avoir fait son devoir si longtemps pour accepter de pareilles punitions. J’ai demandé à parler plus haut et j’en ai récolté encore 4, vous voyez les bons officiers qu’on a en ce moment. Aussi soyez sans crainte nous allons rire un peu. J’irai jusqu’au colonel s’il le faut. .../

Lettre du 23 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 23 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ Il m’a fallu 5 ans de métier militaire pour connaître les 4 murs, je vous assure que ça m’est dur surtout que c’est tout à fait injustement, enfin, ma Juliette je vous raconte cela je ne devrais pas car vous allez vous faire plus de mauvais sang que ça ne vaut.

Ca ne vous empêche pas de vous aimer encore davantage et je prends mon parti en brave.

Je ne regrette qu’une chose c’est d’y voir à peine clair pour vous écrire et je m’exprime un peu en hâte à ma chère Juliette que j’adore.

Donnez-moi de vos meilleures nouvelles sur votre prochaine lettre et je finis en vous donnant de gros bécots.

Votre Edmond

Cousine va être bien chagrinée de ne plus vous voir si souvent, surtout ne la négligez pas trop !

Nous remontons en ligne dans quelques jours. .../

Lettre du 23 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4
Lettre du 23 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4

Allons, bon courage et surtout pas de mauvais sang.

Le moral est toujours bon.

E.

Lettre du 26 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 26 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 26 septembre 1917

Mademoiselle Juliette

Ma situation n’a pas encore changé puisque régulièrement je serai redevenu un honnête homme qu’à partir de demain.

Je profite de ma détention pour vous désennuyer un peu.

J’ai demandé déjà deux fois à parler au commandant, mais jusqu’à présent, mais jusqu’à présent je n’ai pas eu de réponse ; il faut croire que mon lieutenant ne se sent pas très à son aise, sans cela il n’y aurait pas tant d’hésitation.

Depuis le début de la campagne et même durant mes 2 ans d’active, jamais il ne m’était arrivé de pareils déboires, j’ai toujours été camarade pour ainsi dire avec mes officiers, mais depuis 3 mois .../

Lettre du 26 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 26 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ que nous avons ces deux lieutenants, c’est tout l’inverse ; du reste ils ne peuvent pas voir les anciens, c’est un parti pris. Ce sont deux officiers qui n’ont pas encore fait campagne (tout s’explique) et donc, j’ai un petit défaut qui ne leur plait pas c’est le trop de franchise. Quand on est militaire on doit se taire puisque c’est la mode.

Ma chère Juliette ne vous faites pas de mauvais sang, je suis certain d’avoir le dessus, il faudra bien qu’ils se rendent devant l’évidence puisque j’ai tous les atouts dans mon jeu.

Je n’ai pas grand-chose à vous dire personnellement puisque je vous ai déjà écrit il y a 3 jours ; simplement vous demander si vous vous apprivoisez un peu dans votre nouvelle maison, c’est toujours ennuyeux quand il faut en arriver là, on arrive, on ne connait personne, surtout aussi le changement de travail et les fatigues causées. .../

Lettre du 26 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 26 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ Excusez-moi aussi mon écriture saccadée, je suis assis sur une poutre et vous écris sur mon genou, vous voyez le tableau, avec bien juste le jour nécessaire mais je ne m’en fais pas.

On va faire la pelotte matin et soir matin et soir 13 kilomètres deux fois par jour, il faut vous dire que nous sommes 14 criminels ensembles, je suis cependant le seul gradé.

Enfin, comme à l’église je me frappe la poitrine en répétant c’est ma faute !

Surtout n’en riez pas, je vous le défends !

Je finis ma brunette aimée en vous embrassant de tout cœur.

Bien des choses à la maison Legrand lorsque vous aurez le plaisir de les voir ; quant à moi ils ne m’écrivent pas, c’est qu’ils m’en veulent, je leur rends la pareille (Boum). Ai-je raison ?

Allons, au revoir, je deviens bavard.

Votre Edmond

Lettre du 29 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 29 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 29 septembre 1917

Mademoiselle Juliette,

J’ai reçu votre lettre et son charmant contenu, je vous en remercie beaucoup, vous ne sauriez croire le plaisir que vous me faites et quoique vous vous trouviez mal à votre goût, je ne partage pas cette opinion ; vous êtes toute naturelle, telle que je vous connais et le naturel ne doit pas se contrefaire. Et puis sous cette moue que vous avez-vous-même avouée, je connais un bon petit cœur, ça me suffit Juliette, pour moi du moins.

Je vous dirai que nous sommes montés en ligne cette nuit toujours à peu près dans les mêmes coins et toujours tranquille comme secteur, je ne sais pas au juste pour combien de temps enfin, moi ça me repose car le dernier repos, je ne l’ai pas savouré beaucoup, la sacrée pelote m’a fait attraper chaud.

Vous me direz si vous avez reçu les deux lettres que je vous ai adressées dans l’intervalle car peut-être ont-elles été décachetées, on a toujours tort de dire vrai. .../

Lettre du 29 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 29 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ Je fais marcher cette petite affaire en sous main, j’ai un officier assez haut placé qui me connait à fond puis que j’ai été très longtemps sous ses ordres, il ne reste que lui enfin heureusement ; les autres ont été prisonniers, mais les notes du livret matricule sont toujours là pour prouver. Tous mes camarades sont unanimes à protester sur la façon dont j’ai écopé aussi ; je vous en reparlerai en permission, je suis obligé d’arrêter les détails, enfin ça avait doublé : 8 dont 4 de cellule sans explication aucune.

Vous dites avoir été dimanche rue Lasson, sans succès, décidément la chance ne vous favorise pas, pourquoi n’envoyez-vous pas un petit mot avant, ou bien vous êtes arrivées plus tard que vous aviez promis, je ne comprends rien à cela ; mais je suis étonnée tout à fait de voir cousine sortir, pour moi elle rajeunit cette pauvre fille ; attendez ! Plus tard s’il lui arrive de m’envoyer bouler, je saurai bien lui envoyer dans les jambes : pendant la guerre tu n’étais pas si fière.

Marcel est reparti, vous m’avez dit sur votre dernière lettre, avec le cafard, pauvre vieux, c’est un peu général chez le troufion lorsqu’il faut quitter ceux qui vous font oublier cette horreur de guerre; je lui avais écris pour qu’il me lise en rentrant, sa mère surtout doit y songer. L’arrivée est jolie, mais le départ .../

Lettre du 29 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 29 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ est toujours triste, et, c’est pourtant ce qui va arriver à Juliette et à Edmond bientôt ; si je savais je la refuserai cette permission pour vous éviter ce petit chagrin.

Dites-moi, petite amie, ce que vous en pensez ! Je ne sais pas si je suis bien inspiré, j’attends votre décision. Pourtant de croyez pas que ce soit avant un mois car il y en a encore 5 ou 6 à partir pour 7 jours et mois je suis le trentième environ du tour des 10 jours, enfin un mois pas moins, mais guère plus.

J’aurai été enchanté de connaitre votre frère, mais l’impossible nous oblige à attendre des jours plus chanceux, il est dans l’artillerie, je crois me rappeler, mais je ne sais plus quel régiment sans cela dans un déplacement plus ou moins éloigné en se cherchant un peu on pourra se trouver. Vous me préciserez lorsque je serai en permission ; pour l’instant je lui donne le bonjour et lui souhaite de s’amuser durant sa permission.

Je finis ma Juliette en vous donnant mille bons bécots ; vous n’êtes pas obligée de répondre à toutes mes dernières lettres car je vous causerai un réel travail en sus de votre journée, si je le fais c’est que le temps me le permet et puis ça me désennuie ; lorsque /...

Lettre du 29 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4
Lettre du 29 septembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4

.../ je bavarde avec vous, le temps passé en prison se coule plus vite, quoique maintenant je n’y sois plus. Alors au revoir.

Votre ami.

Edmond

PS – Pour un petit cochon, c’est pas trop mal écrit, hein?…………Ce n’est  pas ma faute le soleil me gêne et les copains blaguent ; soyez indulgente.

ED

Lettre du 7 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 7 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 7 octobre 1917

Mademoiselle Juliette,

Je vous dirai que j’ai reçu votre dernière lettre du 1er octobre avec plaisir, comme toujours, du reste.

Je suis content que vous ayez tout de même pu trouver les cousins, pour une fois, dimanche passé. Ca vous a fait passer une bonne soirée et comme vous dites mes oreilles ont tinté car j’y ai songé assez souvent cette journée-là.

Je vous fais cette lettre un peu vivement car j’ai de l’occupation, enfin rien de grave qui puisse vous préoccuper, quelques zinzins simplement (les boches se réveillent). Il pourrait se faire se faire que j’aille en permission plus tôt que je ne pense, je vous ferai savoir mon arrivée par un pneu à moins que j’ai encore le temps d’avoir de vos nouvelles : où je saurais aller vous faire la surprise, enfin tout ce que je puis vous dire, c’est que tôt ou .../

Lettre du 7 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 7 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ tard, j’arriverai dans l’après-midi, vers 2 heures, 2 heures ½ donc je puis aller vous chercher le même soir à la sortie de votre maison il ne s’agirait que je connaisse l’heure simplement, à moins que ça ne tombe un dimanche.

Pour l’instant rien de certain ; ce que je vous dis vient que le tour de permission dernier n’est plus valable pour les départs cette fois-ci et je crois que je me trouve ré-avancé un peu. Maintenant je ne peux rien vous fixer. Il n’y a aucune certitude.

Je ne vous dis pas grand-chose de plus attendre que mes lettres se succèdent assez vivement.

Avez-vous reçu ma dernière carte.

Je finis en vous embrassant, ma chère Juliette comme je vous aime.

(Il fait vilain temps et plutôt froid)

Votre Edmond

Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 10 octobre 1917

Mademoiselle Juliette,

Je vais vous écrire un peu plus longtemps aujourd’hui, le secteur est redevenu un peu plus calme et nous avons un peu de loisir.

Figurez-vous que nous avions à passer des nuits complètes sous la pluie sans aucun abri à tirer de toutes les mitraillettes du secteur, je ne puis vous dire la raison car ce serai censuré, ma lettre irai voir le panier. Et ma foi, de jour, nettoyage de tout : matériel et effets car je vous assure qu’on se faisait beaux garçons.

Il fait, du reste encore vilain temps mais nous sommes abrités le coup de .../

Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ Jarnac est passé.

Nous attendons maintenant que les derniers jours se tirent pour être relevés ou pour moi peut-être, partir en perme car comme je vous l’ai dit vivement sur ma dernière lettre, mon tour est plus proche que je le pensais ; l’ancien tour n’existe plus qu’en principe et je suis un bénéficiaire du nouveau mode de départ.

Pourtant ne vous inquiétez pas si je me faisais attendre, je vous parle sans certitude.

J’ai reçu une lettre de Marcel hier soir, il dit aller mieux, il va bientôt être sortant de l’hôpital. Il ne se plaint pas trop du cafard.

Et vous ma Juliette, ça marche toujours rue de Rivoli, vous vous habit .../

Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ uez un peu ? Si vous faites des livraisons par ce temps-là vous devez souvent ouvrir le parapluie. Si vous voulez je vous porterai celui d’escouade, il est plus grand, seulement il devient vieux car il n’abrite plus du tout (Une petite réparation serait nécessaire).

J’attends de vos bonnes nouvelles et en même temps comme je vous le demandais à quelle heure sortez-vous le soir ? J’irai vous embrasser à mon arrivée, surtout n’attendez pas, c’est moi qui tâcherai d’arriver un peu plus tôt. Si c’était un dimanche ce serait plus embarrassant car je descendrai directement chez les cousins et je ne vous verrai forcément que le lendemain, je vous mettrai un pneu tout bonnement.

Je vous dirai que je n’ai pas de chance, mon frère est en permission en .../

Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

.../ (je suis plus bavard que je croyais) ce moment chez mes tantes et je vais arriver juste quand il sera reparti. Et le vôtre, est-il arrivé ? Si non, j’aurai peut-être la chance de le voir.

J’ai reçu votre jolie carte, j’allais oublier ; le même soir il y avait fête au secteur, ça m’a donné un peu de courage. Merci, vous voilà devenue aussi le médecin de mon moral. Mes camarades ont des marraines et moi qui n’avait pas encore gouté à cette douceur, je vois que je n’ai pas perdu pour attendre, je ne voudrais même pas en faire l’échange.

Vous m’avez bien fait rire à propos du médaillon, ma Juliette, mais j’ai du mal à croire que Jules ignorait ; je le connais roublard le petit singe et ce que ses yeux ont vu ou ses oreilles, entendu, c’est grave ; pour moi il a .../

Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 5
Lettre du 10 octobre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 5

.../ feint ignorer, mais ça ne prends pas c’était peut-être parce qu’il craignait vous froisser. Le père Legrand, lui c’est différent, il est plus souvent chez Fiche ou chez Jean que chez lui, ça a pu lui passer inaperçu. Celle à qui ça n’a pas passé inaperçu c’est Madame Ruffier, je vous assure que je ne m’attendais pas du tout à la petite réplique qu’elle nous a fait ; j’étais bien gêné pour vous attendu que c’était aller un peu prendre de votre liberté, enfin je me suis aperçu avec plaisir et bonheur qu’il n’en était rien.

Je finis, ma chère Juliette, car 6 pages, je deviendrai orateur (ou rasoir) en vous embrassant bien fort. A bientôt, prenez patience.

Edmond

Lettre du 1er novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 1er novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 1er novembre 1917

Chère petite Juliette,

Je vous dirai que je suis rentré dans d’assez bonnes conditions, à part un gros cafard ; un fusil ne suffirait pas pour le tuer, il faudrait au moins du 75, vous voyez que c’est grave. Je finirai par ne plus vouloir y retourner en perme, plus ça va pire ça est, et dire que c’est beaucoup de votre faute ma mignonne, avant j’étais plus insouciant que cela, je vous assure.

Il y a beaucoup de boue où nous sommes quoique nous ne soyons plus en ligne.

Et votre frère, il doit être reparti ce matin aussi ?

J’ai demandé ma remise de galons comme je vous avais parlé pour changer de compagnie ; .../

Lettre du 1er novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 1er novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ c’est en route, je ne sais pas ce que ça va faire, mais ça n’a pas l’air de leur sourire beaucoup.

Pour l’instant je ne vois pas grand chose à vous dire que vous embrasser aussi fort que je vous aime.

Votre Edmond

Vous devez avoir reçu une carte que j’ai mise avant de partir, j’avais oublié de vous dire quelque chose.

Lettre du 5 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 5 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 5 novembre 1917

Chère petite Juliette,

Je vous dirai que je suis en excellente santé et que le cafard a à peu près disparu.

Nous sommes au repos, mais très probablement pas pour longtemps, enfin je ne m’en fais pas.

Je me dépêche de vous envoyer ce petit mot car, nous avons une manœuvre pour tantôt et le temps presse.

Rien de nouveau concernant ma remise de galons et pourtant, je n’en veux plus ; je vais encore être obligé de me fâcher pour y arriver, on me dit que c’est en route mais si c’était vrai ce serait déjà fait. .../

Lettre du 5 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 5 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ Il ne pleut pas par ici mais il fait bien gras, il y a pas mal de boue.

J’ai passé ma journée d’hier en bonne compagnie de camarades, mais ça ne m’a pas empêché de songer à ma petite brunette avec qui j’étais dimanche dernier, j’en ai éprouvé du reste une forte différence, c’est compréhensible. Enfin nous avons fini notre soirée en soupant en ville, le cafard n’existe presque plus.

Et vous ma mignonne que devenez-vous, avez-vous réussi à dissiper ces petites idées noires, c’est ce que votre prochaine lettre m’apprendra très probablement et cette lettre je l’attends avec impatience.

Je finis en vous envoyant mille bécots si vous avez des nouvelles de cousine, je compte sur vous pour m’en donner car elle n’était pas bien du tout à mon départ. .../

Lettre du 5 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 5 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ Votre ami qui pense à vous sans cesse.

Edmond

Bonjour à votre sœur.

Lettre du 10 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 10 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 10 novembre 1917

Chère petite Juliette,

J’ai reçu votre lettre du 6 hier, merci car je commençais à m’ennuyer après vous. Comme vous dites : la mienne a dû s’amuser en route car je vous avais écrit le lendemain de mon retour. Il est probable que maintenant ça arrivera souvent que vous serez un bout de temps sans lettres car les opérations présentes et à venir ne faciliteront pas le courrier. Pour le peu que la censure se mette de la fête, voyez. Soyez toujours assurée que ça ne viendra pas de moi car je suis le premier à déplorer le manque de nouvelles surtout de ma petite Juliette. .../

Lettre du 10 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 10 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ Il fait bien vilain temps par ici et pour comble de bonheur, nous avons de fortes odeurs de macaroni, peut-être que le ciel de par là sera plus clément. Dans tous les cas il n’y a pas encore de bobo, car nous sommes encore à l’instruction pour l’instant.

Le général Pétain est venu nous visiter, ce n’est pas pour rien que ce brave homme se dérange.

Enfin, on ne s’en fait pas, ce serait le même prix tout autrement.

Avez-vous des nouvelles de la famille Legrand ?

Je finis, chère mignonne en vous embrassant bien fort et aussi souvent que je vous lirai, autant de plaisir et de courage que je trouverai.

Votre Edmond. .../

Lettre du 10 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 10 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ Excusez mon écriture il ne fait pas très clair dans la grange où je suis, il y pleut même.

Lettre du 14 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 14 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 14 novembre 1917

Ma petite Juliette,

J’ai reçu votre lettre du 12 cet après-midi, inutile de vous dépeindre le plaisir que j’ai à revevoir de vos nouvelles, surtout que je m’ennuyais quelque peu, le vis du métier devient en hiver un peu triste, vu les mauvais temps et le froid car il commence à ne plus faire chaud surtout la nuit, quoique nous soyons pas encore trop à plaindre puisque nous ne sommes pas encore en tranchées.

Je suis content de savoir que cousine va mieux et je vous félicite d’avoir été les voir dimanche dernier : elle devait être contente. J’ai justement reçu une carte de Marcel hier qui me demande si mon cafard est passé, il faut .../

Lettre du 14 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 14 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ croire qu’il a déjà eu cette maladie-là aussi, ce pauvre vieux.

Je suis par contre bien ennuyé de voir que vous ne vous accoutumez pas à votre nouvelle maison ; le plus terrible c’est que je ne puisse pas vous donner la main pour sortir de ce petit ennui, à moins que vous fassiez comme je vous ai parlé si c’est question pécuniaire. Forcément vous n’auriez pas les mêmes frais en restant à Paris et vous auriez le loisir de vous lever moins de bonne heure le matin. D’un autre côté, ma chère Juliette, je vous offre cela en toute franchise, vous ne me connaissez peut-être pas à fond, mais c’est bien uniquement pour vous que je vois cette solution car lorsque je viendrais en perme, j’ai 2 endroits pour un à descendre, du reste je vous l’ai dit.

Ma foi si cette une autre raison qui vous .../

Lettre du 14 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 14 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ force à quitter, c’est différent ; là je constate simplement que vous êtes une petite cachotière puisque vous ne le dites pas.

De mon côté ça va un peu mieux depuis mon retour à la compagnie, l’antipathie de mes officiers à l’air d’avoir un peu disparu vis-à-vis de moi, quoique je me méfie car c’est plus ou moins franc.

J’avais comme je vous avais dit donné par écrit une remise de galons mais quelques uns de mes camarades qui sont devenus sous-officiers ont arrangé cela de façon à ce que ça n’aille pas plus loin : vous dire que j’en suis flatté, non car le métier de cabot ne va guère à mon tempérament, seulement j’ai fondé quelques espoirs qui se réaliseront peut-être par la suite ……………….Je ne peux vous en dire davantage maintenant car je craindrai de me tromper, on me .../

Lettre du 14 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 14 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

.../ l’a tant simplement laissé entendre.

Je ne vois plus grand-chose ma mignonne à vous dire et je compte que sur votre prochaine lettre vous me donnerez plus de détails sur vos petits ennuis.

Si seulement cette guerre pouvait finir vite nous goûterions certainement tous deux à une vie plus douce, c’est même impossible d’en douter.

Je finis car j’ai les doigts gourds, je suis dans une grange où on sent l’air comme dehors, pourtant ce qui me réchauffe le cœur c’est d’envoyer de bons bécots à ma petite Juliette.

Votre ami Edmond

Bonjour à votre sœur

Excusez mon griffonnage

Lettre du 19 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 19 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 19 novembre 1917

Ma chère Juliette,

Un camarade partant en permission pour Paris, j’en ai profité pour lui donner ce petit recommandé, de façon qu’il vous arrivera plus certainement ; j’espère que le contenu vous fera plaisir.

Je vous dirai par la même occasion qu’on a été au tir des mitrailleuses de Division ces jours-ci (tir d’honneur) et ma pièce avec l’aide de deux autres représentant le régiment ont sorti le 1er prix. Vous dire ce que mes officiers sont devenus bienveillants à mon égard ; j’en suis comme deux sous de frites, c’est à ne .../

Lettre du 19 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 19 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ pas y croire.

Je n’ai pas plus de temps à vous dépenser, pourtant il m’est encore possible de vous envoyer avec ce petit présent un gros bécot.

Votre Edmond

Nous avons gagné entre nos 3 pièces 40 francs de prime qui nous ont servis à faire un petit gueuleton hier et chaque gradé un prix en espèce ; moi j’ai 3 couverts de voyage dans un écrin.

Rien de nouveau concernant notre déplacement.

Au revoir ma mignonne.

Lettre du 22 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 22 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 22 novembre 1917

Chère petite Juliette

J’ai reçu votre jolie carte et si ce n’eut été que pour vous je ne me serai pas aperçu que c’était ma fête ; je vous remercie ma mignonne.

La santé, de mon côté va toujours à merveille, j’espère que du vôtre ça ne laisse pas à désirer non plus.

Nous voyons toujours du vilain temps, nous sommes toujours à l’instruction ; par conséquent pas en tranchées.

J’ai écrit dernièrement chez mes cousins mais comme toujours sans réponse, ça va de soi et après ils trouvent drôle que je les laisse sans nouvelles ; ah ! Les flémards. .../

Lettre du 22 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 22 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ Vous me demandiez sur votre dernière lettre des nouvelles de mon frère ; il va très bien à part un éternel cafard car il est comme moi pas beaucoup porté pour passer sa vie dans les armes ; c’est compréhensible à l’heure actuelle.

Il voit qu’il a commencé ses 3 ans au début de la guerre et qu’il est encore là qu’elle n’est pas finie, quoiqu’il soit maintenant réserviste.

Chaque permission qu’il passe chez nos tantes lui donne davantage de mal à s’en retourner et d’après ses lettres je vois qu’il est las ; peut-être plus que moi, c’est peu dire.

Que voulez-vous c’est terrible, mais quel remède y apporter ? Aucun ………..

Il n’y a qu’à prendre son mal en patience. .../

Lettre du 22 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 22 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ Je ne vois pas grand-chose à vous dire aujourd’hui puisque je vous avais écrit il y a 3 jours.

Cependant je finis en vous embrassant bien fort, aussi fort que je vous aime, et croyez bien qu’il n’est pas de jour que je ne pense à vous ; plutôt 10 fois qu’une.

Encore une fois merci.

Votre Edmond

Lettre du 25 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette regenveter, page 1
Lettre du 25 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette regenveter, page 1

Le 25 novembre 1917

Ma chère petite Juliette,

J’ai reçu votre lettre du 20 hier ; je vous dirai que nous nous sommes légèrement déplacés hier ; notre bataillon seul dans le but de travailler dans les bois, comme de juste ça compte sur le repos, enfin ce n’est toujours pas au danger mais c’est sous la tempête car il fait un temps pitoyable.

A l’heure où je vous écris je suis trempé et j’ai les doigts gourds, seuls le courage et votre pensée me commandent de dire deux mots à ma petite brunette.

Dites-moi si vous avez reçu la lettre recommandée que je vous ai adressée. .../

Lettre du 25 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette regenveter, page 2
Lettre du 25 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette regenveter, page 2

.../ Ce maudit cafard vous avait encore travaillé d’après ce que vous me racontez ; ah ! La sale bête, si la guerre voulait finir comme je me ferai un plaisir de le tuer ! Si fort qu’il soit, je suis certain qu’il ne me résistera pas.

Je comprends fort bien le raisonnement que vous avez au sujet de l’offre que je vous ai fait, ça c’est délicat, vous savez mieux que moi ce que vous devez faire vis-à-vis des vôtres, enfin je n’y reviendrai pas, vous savez fort bien que c’est tout ce qu’il m’est possible tant que la guerre ne sera pas finie, car nous unir avant serait pure folie ; s’il m’arrivait quelque chose, je vous laisserai dans l’ennui, c’est ce qu’il me faut avant tout éviter et qui sait on se marie, il faut tout prévoir, il arrive souvent .../

Lettre du 25 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette regenveter, page 3
Lettre du 25 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette regenveter, page 3

.../ que quelques temps après la famille a augmenté ; vous voyez-vous dans cette situation ; moi je vous aime trop pour vous y laisser ; je ne sais pas si nous sommes du même avis, mais là-dessus j’espère que vous serez aussi franche que moi, je n’ose en dire davantage puis que la censure est à même d’ouvrir ma lettre, la votre n’aura pas ces risques.

Oh ! Si j’étais quelques temps à cœur libre avec vous il faudrait bien que je sache, une belle grande fille de votre âge, avoir le cafard, ce n’est pas permis ? A ce point de vue, cousine est un peu confuse, je l’ai remarqué à chaque fois que j’en parlais avec elle, moi je vous dis plus haut ce que j’en pense, à vous d’approuver ou de modifier ; ma Juliette tout ce qui puisse vous faire plaisir .../

Lettre du 25 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette regenveter, page 4
Lettre du 25 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette regenveter, page 4

.../ je ne vous le contesterai pas ; rappelez-vous que tout ce qui est pour votre bien et en mon pouvoir, vous n’aurez jamais mon refus. Mais dites-moi, je ne sais pas ! Oh ! Comme c’est dur de connaître la pensée d’une femme.

Allons, à bientôt de vous lire ; je n’en saurai peut-être pas davantage, vous connaitrez toujours mes idées. Je finis en vous envoyant mille bécots.

Votre Edmond

Bonjour à votre soeur

Lettre du 29 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 29 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 29 novembre 1917

Ma chère petite Juliette,

J’ai reçu votre lettre ce soir où vous m’accusez réception des mouchoirs, c’était la meilleure façon qu’ils vous arrivent mais j’oubliais totalement que c’était vous qui deviez signer, c’est bête tout de même qu’une sœur ou parente ne puisse suppléer dans ces cas-là par votre ordre écrit ; enfin vous ne m’en voudrez pas de ce fâcheux contretemps.

Nous sommes toujours bûcherons, l’ennuyeux c’est que ça ne dure pas assez longtemps ; il fait un peu meilleur, à part la boue le temps est plus doux depuis 3 jours. Il y a 4 jours on a vu de la neige en se levant mais rien puisque le soir elle était fondue.

Je suis étonné que Marcel parle déjà de perme, enfin tant mieux ; moi ça fera 1 mois le 31 que je suis rentré et par conséquent à raison d’une tous les 4 mois, je n’ose même pas compter, je suis comme le bleu qui arrive, il y en a trop à faire pour oser se croire de la classe. .../

Lettre du 29 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 29 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ Pauvre mignonne, je suis certain que cette dernière phrase ne vous fera pas plaisir, mais il vaut mieux vous avertir comme cela pas de déception ! Ça ne fait rien pourvu que j’aie souvent de vos nouvelles j’ai davantage de courage ; pour vous ce doit bien être la même chose.

Toujours pas de nouvelles de la famille Legrand, seul Marcel m’a envoyé une carte. Lorsque vous les verrez n’oubliez pas de les houspiller un peu pour moi et en particulier Jules, mais je ne m’en frappe plus, je les connais.

Et vous, vous me dites que votre situation n’a pas changé, vous me paraissez pourtant moins soucieuse cette fois, je m’en réjouis un peu.

Allons patience, c’est la guerre pour vous aussi et comme après la pluie il viendra du beau temps, nous en jouirons en cœur. Est-ce vrai ?

D’autre part si le civil ne tient plus, moi je lâche tout aussi car je suis à beaucoup près plus à la mistoufle et ……………………….

J’arrête car Madame Censure ne serait pas contente.

Je finis, ma chère Juliette en soulignant ma lettre de bons bécots à votre adresse.

Votre Edmond .../

Lettre du 29 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 29 novembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ Pas de chance j’ai marché sur mon porte-plume réservoir, et …… il n’a pas plié. Je me vois donc forcé de mettre la main …… au crayon.

Bonjour à votre sœur

Caporal Descarsin

156e d’infanterie C M 1

Secteur postal 211 (nouvel ordre)

Lettre du 8 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 8 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 8 décembre 1917

Ma chère Juliette,

J’ai reçu votre lettre ce soir, je veux vous parler de celle du 30 novembre, vous voyez si elles mettent du temps en ce moment, cela vient que notre bataillon est tout à fait séparé du reste du régiment, mais ça ne durera pas, tranquillisez-vous ; notre métier de bûcheron tire à sa fin. Ça ne veut peut-être pas dire que l’on retourne au danger car comme toujours on ne sait rien.

Ma chère petite je vous dirai que je n’ai aucune arrière pensée comme vous le croyez ; c’est tout justement votre ennui qui me tracasse, je vous saurai heureuse, riante, je ne vous dirai pas tout cela, comme vous dites je parle plus ouvertement que vous ; ma mignonne c’est pour que de mon côté vous n’éprouviez aucune contrariété sur quelques divergences de vues.

Comme cela, vous savez tout de suite à quoi vous en tenir et puis, lorsqu’on ne connaît pas .../

Lettre du 8 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 8 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ une personne à fond, il y a toujours beaucoup plus d’hésitation, de méfiance même, qui est je l’avoue bien naturelle chez une jeune fille. Eh bien ! Ma Juliette c’est cette demi méfiance que je m’ingénue à faire tomber de vous ; je veux vous connaître plus confidente et si peu de consolation que je pourrais vous apporter dans vos petites misères je serai heureux de le faire, vous auriez en moi le véritable ami ; vous voyez donc que tout cela ne représente pas d’arrière-pensée ; ce ne serait d’abord pas franc de ma part et puis je vous aime non pas aveuglément mais comme je vous ai connue jadis, ça renferme tout.

Je vous quitte pour ce soir ma Juliette car les camarades bavardent à côté de moi depuis un instant et je ne suis plus à la page, je finis en vous embrassant bien tendrement.

Votre Edmond

Avez-vous des nouvelles des cousines ?

Bonjour à votre soeur

Lettre du 17 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 17 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 17 décembre 1917

Ma chère amie,

Je crois bien que vous m’oubliez, je n’ai pas reçu de vos nouvelles depuis le 30 novembre et je m’ennuie atrocement. Voilà que vous vous êtes forgé l’idée que j’avais une arrière-pensée contre vous ? Vilaine !

Maintenant c’est moi qui vais pouvoir vous inculper de cela, car moi je n’ai aucune raison pour diminuer votre valeur à mes yeux. Bien loin de là, moi qui ne vois qu’une chose c’est que la guerre finisse au plus vite pour que vous soyez ma petite femme et cela je vous en ai dit les raisons : vous n’ignorez pas que j’ai déjà connu de grands dangers et que ce n’est pas fini. Ce n’est pas la peine de faire une veuve de plus (si le malheur voulait que ça arrive).

Maintenant, si votre pensée était contraire à la mienne, Juliette, je n’insisterais pas, je sais parfaitement que vous n’êtes pas très heureuse et si c’était une planche de salut .../

Lettre du 17 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 17 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ pour vous je me rallierai à votre idée volontiers ; est-ce là vos soucis, est-ce ailleurs je n’en sais rien puisque vous ne dites rien, mais ce n’est toujours pas gentil de bouder comme cela, à moins que vous soyez malade, mais je en le crois pas ; mon petit doigt me l’a dit.

Allons ma brunette, dites-moi ce que vous souffrez et qu’on en parle plus, mais je m’ennuie pour l’instant énormément, dans l’inquiétude où vous me laissez.

Avez-vous des nouvelles des cousins ?

Mes amitiés lorsque vous les verrez.

Nous sommes près du front, mais pas en ligne, nous faisons de l’exercice et même des travaux. Il a neigé ce matin.

A part cela je suis toujours en bonne santé, seul le moral souffre par votre faute, petite gredine.

Je finis, sans pourtant vous en vouloir et en vous embrassant bien fort.

Votre Edmond

Lettre du 19 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter
Lettre du 19 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter

Cal Descarsin

156e d’infanterie

CM 1

Secteur 211

Le 19 décembre 1917

Ma Juliette aimée,

Encore deux jours de passés et toujours pas de vos nouvelles. Vous êtes sans pitié donc ; vous ignorez peut-être que vous me saignez totalement.

Je vous en prie dites-moi qu’est ce qui vous fait prendre une pareille résolution ; pas une lettre de vous ce mois-ci, je suis pétrifié, croyez-bien.

Etes-vous malade, faite moi envoyer un mot.

L’inquiétude dans laquelle vous me laissez est une souffrance de plus pour moi à ajouter aux nombreuses du métier.

Je ne puis vous en mettre davantage je ne vous en veux pourtant pas et finis en vous embrassant aussi fort que je vous aime.

Votre ami bien peiné.

Edmond

Lettre du 23 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 23 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Cal Descarsin

156e d’infanterie

CM 1

Secteur 211

Excusez-moi mon écriture

Le 23 décembre 1917

Ma chère Juliette,

Je profite qu’un camarade part en permission pour Paris pour lui donner cette lettre à partir par poste civile car je trouve assez drôle de ne plus avoir de vos nouvelles ; est-ce que mes lettres ne vous arrivent pas ? C’est chose qui peut fort bien arriver ou bien est-ce les vôtres qui s’égarent en route, c’est encore possible, je trouve toutes les hypothèses possibles ; ce qui me semble impossible c’est que vous soyez fâchée après moi.

Dans tous les cas je puis toujours vous dire que je n’ai rien négligé pour savoir la clef de ce silence car voilà au moins 5 ou 6 lettres que je vous adresse par poste militaire ; si par hasard vous receviez les miennes et que je n’ai pas les vôtres, vous seriez assez gentille de m’en mettre une en recommandé ne serait-ce que pour me rassurer sur votre sort (forcément en recommandé, elle arrivera).

Ce que je peux vous dire c’est que je me fais .../

Lettre du 23 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 23 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ des cheveux (comme on dit vulgairement). Pensez donc voilà 23 jours aujourd’hui que je n’ai pas reçu un mot de celle que j’aime tant. Et quand même seriez-vous fâchée, Juliette je veux savoir, voyez dans quelle inquiétude vous me mettez, comment vous dépeindre la situation du poilu du front, vous en rendez-vous bien compte ? On n’est déjà pas trop heureux, s’il faut être à la fois au danger et ne pas recevoir de nouvelles de ceux qui vous sont chers, il n’y a plus de vie possible.

Ma Juliette chérie ce n’est point que je veuille vous faire pitié, non ! Car je ne reconnais votre amour que tant qu’il ne viendra que de votre cœur et je ne forcerai à aucun prix vos sentiments.

Il serait du reste absurde d’insister (de ma part) si vous avez d’autres idées en tête ; d’autre part lorsqu’on s’unit on a le droit de réfléchir avant à ce que l’on fait car c’est pour longtemps ; mais au moins si ce silence vient bien de vous, je vous en supplie, dites-moi le au plus vite.

Remarquez que j’aurai du mal à en faire mon deuil car je crois qu’il est à peu près impossible de s’attacher plus à une jeune fille comme je le suis à .../

Lettre du 23 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 23 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ vous et il me faudrait déployer une volonté surnaturelle pour paraître au moins vous oublier.

Je vous ai toujours parlé le plus ouvertement que j’ai pu ; vous connaissez mes idées beaucoup mieux que je ne connais les vôtres, ce n’est pas un reproche que je vous fais, loin de là, car justement ce qui m’a charmé en vous au début de nos petits amours c’est votre peu de hardiesse et ce petit mutisme qui en arrive aujourd’hui à me gêner puisque vous persistez à le garder alors que vous me connaissez mieux.

Je vous sais sérieuse, courageuse, pas heureuse c’est encore des choses qui m’ont attirées à vous  plus que je ne l’aurai été pour d’autres femmes et même à l’heure qu’il est mes idées n’ont pas changé quoique vous ayez l’intuition que j’ai une arrière-pensée.

Voyez ma Juliette à quel point vous avez fait erreur ; rassurez-vous pourtant car je en vous en veux pas le moins du monde et une simple lettre de votre main suffira pour me consoler ; mais je vous répète que je ne vous force pas la main plus que le cœur. Réfléchissez ! Ce n’est pas un ultimatum que je vous lance.

D’autre part je vous ai franchement fait comprendre sur une de mes dernières lettres que je ne tenais pas à me marier durant la guerre puisque je suis à la veille .../

Lettre du 23 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 23 décembre 1917 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

.../ d’être comme tant de mes camarades déjà tombés près de moi, la proie d’une balle, d’un obus ou autre truc à abattre les humains, puisque c’est devenu la mode ; de là à dire que si c’était votre volonté ; pour votre bien futur je refuserai, non ; j’ai tenu tout juste à vous mettre en garde contre ce qu’il pourrait arriver afin de ne pas faire une pauvre veuve de plus, il y en a malheureusement déjà trop.

Vous constatez, ma Juliette que je suis loin d’agir malhonnêtement avec vous, il me semble qu’avec un petit programme comme cela vous savez clairement ce qu’il vous reste à faire.

Maintenant il peut se faire que raillant un peu sur une de mes lettres, vous m’ayez trouvé bizarre ; de là, vous auriez tort car si railleur que je sois j’ai toujours du respect pour celle que j’aime ; dans le fond je n’en pense parfois pas un mot des choses sur quoi je ris ou je devise. Voyez à quel point votre silence m’a laissé pensif, tout me passe dans la tête.

Juliette, j’espère que vous ne prolongerez pas ce supplice plus longtemps, que vous me direz franchement ce que vous pensez, que vous m’enverrez mon verdict quel qu’il soit et que ce soit fini.

Au revoir, chère amie et permettez-moi un baiser pour finir.

Edmond

Lettre du 29 janvier 1918 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 29 janvier 1918 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 29 janvier 1918,

Mademoiselle Juliette,

J’ai enfin reçu la lettre que j’attendais tant, quoique je souffre bien cruellement de toute cette petite histoire, je me sens un peu soulagé puisque vous paraissez vouloir me rendre mon cœur, je préfère cela à votre silence.

Je dois tout d’abord vous rappeler que je vous adorais, Juliette, et que encore actuellement, je vous pardonnerais cette escapade, mais en y réfléchissant bien : non ; ce n’est pas ce que je ferai, puisque vous m’avouez qu’au prime abord, votre cœur était bien à moi et que depuis, une tierce personne me l’a ravi. C’est de deux choses l’une : ou que cette personne a une position plus brillante que la mienne et par conséquent plus à même de vous rendre heureuse .../

Lettre du 29 janvier 1918 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 29 janvier 1918 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ ou bien que je n’ai pas su mériter votre amour ?

J’en conclus donc que malgré l’amour que j’ai pour vous, mon devoir est de me retirer.

D’autre part, il est dit d’après des statistiques qu’après la guerre on verra 1 homme pour 5, 6 ou 7 femmes, peut-être est-ce cela qui vous a fait faire la sottise que vous m’avez faite, c’est très compréhensible, comme on dit souvent : « Mieux vaut tenir que courir » si c’est cela qui vous a vraiment fait agir, je n’ai pas à vous en blâmer ; je ne suis qu’une victime de plus de cette vie de malheurs. Pour vous prouver que je veux encore votre bonheur malgré tout, je renonce à vous et souhaite que celui qui vous aura sache la portée de son acte si un jour il vous délaissait ou vous rendait malheureuse. .../

Lettre du 29 janvier 1918 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 29 janvier 1918 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ De votre lettre, Juliette, je vous remercie sincèrement, vous avez eu le courage de m’avouer votre faute avant que je ne l’apprenne en permission ; là, je me serais certainement fâché, mettez-vous à ma place ! Comme cela, soyez donc assurée que je ne vous en veux pas, mais pas du tout ; seulement autant que possible, par la suite, évitez de me rencontrer, ça me ferait plus de mal que de bien quoique j’emploierai toute mon énergie à vous oublier (chose déjà peu facile) croyez-moi !

C’est dommage Juliette que je ne vous ai pas connu plus avant la guerre ; ce qui arrive aujourd’hui n’arriverait pas, nous serions déjà mariés et je vous connais assez sérieuse, vous auriez tenu peut-être mieux la place d’épouse fidèle que celle de fiancée actuellement, sachant tout ce que la guerre vous a appris surtout.

Enfin, que cette petite leçon vous serve à l’avenir et ne faites pas pleurer mon heureux .../

Lettre du 29 janvier 1918 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 29 janvier 1918 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

.../ vainqueur comme vous m’avez fait souffrir depuis deux mois.

De mes cousins, je ne sais rien, toujours la même chose : petit Jules a la flemme d’écrire, j’ai de bonnes nouvelles par Marcel de temps à autres. Il est venu en perme il y a quelques temps et me dit ne pas vous avoir vu et d’espérer alors que je lui demandais de vos nouvelles.

J’ai dernièrement aussi écrit à Madame Ruffier à votre sujet, vilaine, dans l’espoir qu’elle me répondrait plutôt que Jules ? Et j’attends ! Mais à quoi bon maintenant ?

Pour finir, je vous rends l’image qui m’était si chère, accompagnée d’un baiser que j’y ai déposé en signe d’adieu. Je vous prierai de ma faire parvenir la mienne ainsi que cette lettre d’une de mes tantes qui vous prouvera que je ne me moquais pas de vous.

Je vous plains, Juliette ; tâchez d’avoir plus de chance et que mon « rival » vous empêche de faire me métier de bonne plus longtemps.

Ed. Descarsin

Lettre du 3 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 3 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 3 juin / 19

Juliette,

J’avais espéré qu’à la suite de notre rupture je n’aurai plus à vous revoir ; qu’à la longue, la blessure que vous m’aviez faite se cicatriserait et que chacun de son côté oublierait ce malentendu dans une autre union.

Hélas ! Au bout d’un an ½ je m’aperçois qu’il n’en est rien et que sans l’avoir voulu je vous aurai encore et toujours sous les yeux ; cependant Paris était grand, pourquoi sachant qu’en revenant rue Lasson, vous me rencontriez, vous y êtes venue chercher du travail. C’est de deux choses l’une, Juliette, ou vous l’avez fait avec intention, ou bien c’est pour me torturer .../

Lettre du 3 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 3 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ car je dois avouer que c’est à chaque fois une vraie torture pour moi de vous rencontrer et si j’ose vous écrire c’est que je voudrais le savoir.

Rappelez-vous ma dernière lettre où je vous le demandais de m’éviter votre rencontre !

Si vous saviez le mal que vous m’aviez fait, vous auriez certainement évité de revenir rue Lasson ; aujourd’hui j’aurai tout oublié, tandis que ………………………………………………………………………. C’est comme au premier jour, l’oubli n’a été que superficiel et votre vue remet tout à vif.

Juliette, par pitié, dites-moi ce que vous pensez en agissant ainsi, dites-moi que vous me rencontrez avec indifférence, que vous en aimez un autre, je n’aurai au moins plus l’idée que .../

Lettre du 3 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 3 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ j’ai mal agi envers vous car je ne suis pas certain de moi. J’ai rompu alors que vous me demandiez pardon et ne suis pas bien sûr de ne pas vous faire souffrir encore.

D’un autre côté, vous aviez adressé une lettre à ma cousine que je lui ai demandée de rechercher. Je l’ai lue aujourd’hui, elle me donne encore une preuve à ma charge. Vous avez envoyé une de vos camarades, parait-il, demander à ce qu’on ne vous ferme pas la porte chez mes cousins, pourquoi encore ?

Vous savez bien que là vous me trouveriez encore ! Malheureusement ma cousine se montre inflexible quoique je ne lui aie pas commandé ………

Enfin je veux aujourd’hui savoir ce que le doute me fait croire et quoique vous .../

Lettre du 3 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 3 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

.../ ayez commis une faute impardonnable, vous sachiez que c’est à une personne de cœur, l’idée de jalousie est peu chez moi et c’est du reste pourquoi je n’ai jamais pu vous haïr.

Je vous demande pour finir de brûler ma lettre et je m’engage à en faire autant de la vôtre, mais il me faut savoir pourquoi vous vous trouvez tout le temps sur mon chemin, est-ce tout bonnement (alors que je vous en donnerai plein tort) ou est-ce avec intention de renouer d’anciennes relations.

Voici mon adresse : Ed. Descarsin 89, Bould de Charonne Paris XI

Lettre du 5 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 5 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 5 juin / 19

Juliette,

J’ai reçu votre lettre en réponse de ma précédente et suis à la fois content et mécontent de vous savoir dans cet état d’esprit, cela dépendra uniquement de vous. Le tout est de savoir maintenant si vous serez sincère car vous avez dû remarquer que sur ma lettre je n’ai plus grand grief après vous et qu’en plus de cela, sans le savoir je vous aimais toujours, puisqu’il ne me suffisait que de vous rencontrer pour en avoir la conviction. Je pensais cependant bien vous avoir oublié, c’est à ne rien y comprendre, je suis bien gêné croyez-moi de vous le confesser, je dois pourtant y arriver ; et c’est encore moi qui va être obligé de me faire pardonner car si vous aviez fauté .../

Lettre du 5 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 5 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ rien ne vous forçait à me le dire, donc c’est votre franchise qui m’a fait agir et qui aurait dû au contraire me retenir. Vous avez agi comme une enfant et moi comme un étourneau.

A l’avenir, retenez-bien le fameux proverbe : si votre futur mari vous en faisait autant, seriez-vous contente ?

Eh bien, pourquoi me l’aviez-vous fait ?

Et je préfèrerai de beaucoup vous pardonner une autre faute que celle-là car en principe on ne doit pas, mais puisque j’étais condamné à vous revoir 20 fois depuis et à souffrir il me fallait savoir pourquoi et y remédier.

Tranquillisez-vous maintenant, si vos souffrances sont sincères, votre faute je l’oublierai. Vous en aurez probablement tiré une leçon pour l’avenir, le pardon vous est tout accordé puisque .../

Lettre du 5 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 5 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ je vous aime toujours. J’attends le vôtre.

Le pire là-dedans, c’est la cousine ; car vous savez qu’elle ne peut pas digérer ça de vous, elle qui vous aurait donné son Maurice, comme elle dit !

Je ne sais pas comment on va s’y prendre ? Enfon on avisera !

J’ai vu cela l’autre jour que votre maison était en grève et ça me peinait davantage car je vous sentais malheureuse.

Comme vous le voyez je suis arrivé juste à point pour vous aider à passer ce mauvais pas moralement. Espérez, ne vous désolez pas pour cela, un jour viendra où vous serez peut-être à l’abri de tous ces tracas.

Si vous quittez définitivement cette maison samedi, je choisirai samedi soir, 7 heures ¼ pour vous revoir .../

Lettre du 5 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 5 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

.../ au lieu de passer honteusement l’un près de l’autre comme nous l’avons fait depuis si longtemps. Je vous attendrais ou vous m’attendrez à la porte de St Mandé, voulez-vous ?

Mais maintenant je vous préfèrerai de beaucoup rue Lasson ; en place vous savez ce n’est pas gai et il faut un caractère bien spécial pour s’y faire.

Enfin à samedi et je finis en voyant une petite Juliette repentante à qui j’adresserai une tendresse bien mérités, est-ce vrai ?

Edmond Descarsin

Lettre du 15 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 15 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 15 juin / 19

Ma Juliette adorée

J’ai été assez peiné de ne pas vous voir dimanche soir comme c’était convenu. Il est fort probable que ça n’a pas été de votre faute, mais songez qu’à deux jours de mon départ ça ne me rend pas fort gai.

J’avais songé à vous présenter aux miens, sans le leur dire ouvertement je leur avais laissé comprendre par sous-entendu et j’ai été bien froissé de ne pas vous voir quoique je ne vous en veuille pas puisque j’ai l’espoir que vous avez eu un empêchement sérieux chez vous, sans arrière-pensée.

Ma Juliette, vous êtes la seule que je puisse désormais aimer et comme je .../

Lettre du 15 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 15 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ vous l’ai dit, si le malheur veut que vous ne soyez pas ma petite femme, j’opterai carrément pour le célibat.

Et puisque je dois rejoindre le 18 je veux emporter avec moi non pas une demie-assurance, mais la conviction complète que votre cœur est à moi, le doute me ferai trop souffrir là-bas, comprenez-vous bien ?

En conséquence si à votre idée vous n’avez pas entière confiance en moi, si vous jugez ma Juliette que je ne suis pas l’ami, le compagnon, le mari qu’il vous faut, il me faut le savoir à tous prix, je vous laisse totalement libre d’en juger et ce soir si vous êtes à mon rendez-vous comme à l’habitude à 8 heures en face les .../

Lettre du 15 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 15 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ (Magasins) Réunis, c’est que votre petit cœur ne me trompe pas, c’est que vous voulez sincèrement être ce que je souhaite si ardemment depuis que je vous ai connue et aimée, ma petite femme chérie, la compagne de ma vie, l’épouse que j’aurai tant de plaisir à rendre heureuse.

Réfléchissez et si vous avez le moindre soupçon contraire gardez-vous bien d’être à ce rendez-vous, je ne vous en garderai pas rancune, nous ne nous verrons plus et voilà tout car cette fois, c’est moi qui prendrai les dispositions pour ne jamais vous rencontrer à mon proche retour.

Je crois ma chérie que notre ligne de conduite est claire désormais et qu’il n’existera plus de malentendus entre nous lorsque vous .../

Lettre du 15 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 15 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

.../ aurez vu cette lettre car si je veux faire de vous ma petite femme, c’est sans retenue et de mon côté pareillement.

Vous jugerez peut-être cette lettre comme superflue, c’est seulement pour me mettre à l’abri du cafard que je sens déjà venir ce soir et qui serait terriblement plus dur lorsque je serai parti bien loin de vous sans ce petit serment en quelque sorte que je veux emporter ou bien une rupture amicale et définitive qui vous libèrera de tout engagement envers moi.

Je crois avoir bien agi avec vous de cette façon et je finis en vous bécotant bien bien fort.

Votre Edmond

Lettre du 19 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 19 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 19 juin / 19

Ma petite Juliette chérie,

Comme je vous l’avais promis, je profite que mon frère est parti à l’exercice pour vous dire que j’ai fait bon voyage sans être trop fatigué ni cafardeur, il est vrai que je n’ai pas rejoins encore mon régiment, ça peut venir par la suite ; je rejoindrai demain matin, nous sommes revenus, paraît-il à Nancy en attendant un proche déplacement. Comme vous le voyez, je suis arrivé juste pour m’envoyer cela.

Et vous, mon départ ne vous a pas laissé trop rêveuse ? Inutile de vous répéter que je pense sans cesse à ma petite brunette quoique bien éloigné, que mon absence ne se prolongera pas trop et que bientôt nous serons l’un pour l’autre et l’un à l’autre.

Vous avez dû aller hier soir à Maisons, /...

Lettre du 19 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 19 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ j’y ai songé et devez y être aujourd’hui dimanche forcément puisque vous m’y lisez, ça c’est du Lapalisse tout pur. Enfin, j’espère qu’il sera plus gai que le dernier, que nous avons passé à jouer à cache-cache sans pouvoir se retrouver, tout au moins pour vous ?

Je vous mettrai probablement une carte dans le courant de la semaine, mais je ne vois pas grand-chose de neuf à vous dire aujourd’hui, mon départ est si frais que je finis en vous adressant un millier de bécots, il reste à savoir si vous aurez assez de place pour les recevoir tous sans entamer la place.

Votre Edmond

146e Rt d’infanterie

11e compagnie

Secteur 211

Lettre du 24 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 24 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 24 juin / 19

Petite Juliette Chérie,

Je viens de recevoir votre gentille petite lettre qui m’a fait énormément plaisir et qui était attendue avec un peu d’impatience car si les deux premiers jours de mon retour le cafard ne m’avait pas trop taquiné, il n’en était pas de même avant-hier, hier et aujourd’hui, enfin une lettre de ma petite chérie remet tout en place et c’est avec joie que je vois les préliminaires de paix sur le point de se signer ; ce n’est plus maintenant qu’une question d’une quinzaine de jours, vingt au plus pour que nous ayons le bonheur de nous revoir ; ne plus jamais nous quitter et nous aimer comme nous n’avions guère cessé depuis que nous nous connaissons.

Comme nous allons être heureux tous les deux et moi, rien qu’à la pensée de vous serrer sur mon cœur, ça beau être proche, je trouve tout de même le temps long. Il est vrai que ma Juliette doit le trouver au moins aussi long dans son Palace Hôtel, .../

Lettre du 24 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 24 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ où elle a tant de mal sans être plainte ni aidée de personne. Enfin, bientôt, sous très peu de semaines, vous allez devenir la petite femme la plus aimée de la terre et bien dorlotée, ce sera la meilleure des récompenses que vous méritiez.

Ce sera double joie pour moi, car à la fois je vais réaliser deux beaux rêves ; celui que vous connaissez déjà, puis quitter un métier où les journées semblent des semaines et les mois des années. Un métier où à la longueur du temps, le caractère et le moral s’étiolent de plus en plus.

Oui, cette démobilisation, pour moi, arrive à grand pas et le collier du travail semblera bien doux auprès des pires souffrances endurées depuis le début de ce carnage ; cette douceur en sera triplée lorsque tous les soirs je retrouverai ma chère Juliette qui ne pourra faire autrement que d’aimer et chérir son petit homme qui l’adore.

Enfin, pour l’instant, il nous faut à tous deux encore quelques jours de patience qui doivent trouver une si belle compensation.

Nous voyons toujours du beau temps à Nancy et depuis hier soir de la gaîté dans la ville car la .../

Lettre du 24 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 24 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ nouvelle de l’acceptation boche a mis tout le monde sur pied ; qu’est ce que ça dû être à Paris ?

D’un autre côté les forces et la santé me reviennent tous les jours un peu. Du fait de l’acceptation, nous ne bougerons plus de Nancy, à moins d’ordres postérieurs ; je n’en suis pas fâché.

Tantôt, à l’occasion de la paix, nous avons quartier libre et comme dimanche j’ai remplacé un camarade pour servir au mess des sous-off. Du régiment, je vais profiter de cela pour aller voir Lulu qui n’est qu’à une dizaine de kilomètres, surtout que j’en fais 7 en tramway ;

Je finis donc en espérant que ma lettre vous trouvera gaie et ravissante que vous passerez un bon dimanche chez vous et j’y joins un million de bons bécots. (un rien)

Votre Edmond

146e d’infanterie

11e compagnie

Secteur 211

Lettre du 27 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 27 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 27 juin / 19

Ma Juliette Chérie,

Vous avez dû recevoir ma dernière lettre jeudi soir comme vous le souhaitiez en allant chez vous et si vous ne l’avez pas eue, ça été un retard de la poste car en effet je suis tout à fait content et la première pensée lorsqu’on a su l’heureuse nouvelle a été droite à vous, c’est pourquoi je vous avais écrit le soir même du 24.

De votre côté je vois qu’il en a été de même, du reste je m’en doutais et je m’attendais bien à vous lire ce matin, ma mignonne.

Vous avez dû voir aussi sur les journaux les projets de démobilisation concernant les classes 07 – 08 et 09. Eh bien, je suis de la dernière de ces trois classes à libérer tout de suite ; je compte donc maintenant du 20 au 25 juillet au plus tard pour revoir et pour toujours celle qui est la moitié de ma vie et qui deviendra bientôt ma femme adorée.

Alors vous vous amusez à être malade ? Où avez .../

Lettre du 27 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 27 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ vous attrapé cet enrouement ; vous avez eu chaud et vous êtes mise dans les courants d’air ? Hein que c’est cela ? Surtout ne laissez pas aggraver car vous auriez ensuite un mal impossible à vous défaire ; j’ai eu ce tour-là à 19 ans et ça m’a duré plus d’un mois. Si ce n’est pas complètement fini, faites-vous un grand bol de vin très chaud et buvez-le après être couchée et bien couverte ; moi, c’est la seule chose qui m’a réussie au bout de deux fois ; c’est épatant.

Et puis vous devez vous donner trop de mal dans votre place, je devine bien ça, allez ; faites-vous l’idée que vous n’êtes pas pour y rester, épargnez vous un peu ; d’abord à mon retour je presserai le mouvement pour vous voir sortie de là, c’est trop dur, attendu que vous n’avez jamais de repos ; la semaine, là ; le dimanche, chez vous et puis qu’en avez-vous de reste ? Vous en voyez le résultat, grande gosse ! Surtout ne vous négligez pas, c’est assez dangereux.

Je ne veux pas davantage vous faire peur et je finis dans l’espoir d’avoir une prochaine lettre m’annonçant que c’est complètement guéri. Passez un bon dimanche à Maisons et soyez certaine que mon cœur est resté avec vous à mon départ dans les derniers /...

Lettre du 27 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 27 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ bécots que nous avons échangés.

Votre Edmond

Qui ne vous quitte pas d’une minute et qui vous embrasse bien bien fort.

146e d’inf. 11e compie Secteur 211

Lettre du 29 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 29 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 29 juin / 19

Dites-voir que je suis flémard pour vous écrire. Vous demanderez à mes tantes combien elles en ont eu des lettres de 4 pages !

146e d’infanterie

11e compagnie

Secteur 211

Ma Yette chérie,

J’ai reçu à midi votre adorable lettre du 26 juin qui  comme toutes celles écrites de votre main, m’a fait grand plaisir, attendu qu’aujourd’hui je ne m’y attendais pas : nous avions convenu que nous nous enverrions une lettre par semaine et voilà déjà qu’une ne suffit plus, on a tant de choses à se dire quand on s’aime ! Remarquez que ce n’est pas un reproche, car j’en suis réellement content lorsque je reconnais l’enveloppe, l’écriture et le cachet ; si nous avions convenu comme cela, c’était par peur de ne pouvoir faire mieux car je m’attendais bien à déménager de Nancy et en route quand on « roule-sa-bosse » sur les grandes routes, qu’on est fatigué, on songe bien à sa petite chérie mais on a ni la facilité, ni le courage pour écrire, donc tant mieux si ça ne mange pas sur votre sommeil, moi, ça me donne davantage de courage pour finir la vingtaine de jours qu’il peut rester dans le métier à tirer.

Aujourd’hui, je remplace encore au Mess des sous-officiers /...

Lettre du 29 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 29 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ un camarade qui est parti en 24 heures comme tous les dimanches, du reste, voir son amie ; eh oui, voyez entre camarades, on s’entraide surtout lorsque c’est pour un motif aussi sérieux ; le pire, c’est que moi je ne peux aller la voir la mienne, elle est si loin, si loin que ma pensée seule peut la toucher sans permission de 24 heures. Heureusement que la classe arrive car c’est une petite gredine qui finirait par me rendre marteau totalement, la connaissez-vous ? Lorsque j’ai été en permission, elle m’a volé mon cœur, croyez-vous, et je n’ose plus lui en vouloir elle paraît si gentille. Ah ! On a bien raison de dire qu’il ne faut pas se fier à l’eau qui dort.

Et pendant ce temps-là, ma compagnie est de garde depuis hier soir en gare de Nancy, comme vous le voyez je suis un embusqué pour une fois, aussi j’ai profité de la signature de la paix pour aller voir la ville illuminée dans certains quartiers et suis rentré à dix heures ½ du soir plus cafardeur que jamais ! Quand je vous dis que tant que j’aurai cet habit sur le dos et que je ne serai pas avec ma petite femme, ce sera toujours pareil ; plus rien n’est fichu de m’égayer sans vous. /...

Lettre du 29 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 29 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ Le pire, c’est qu’au 14 juillet, je vais encore passer deux jours dans le même goût car malheureusement je ne crois rentrer qu’après ; quelle catastrophe : j’aurai été si heureux de faire danser ma Juliette et vous qu’en pensez-vous ? Vous savez, si vous trouvez à vous distraire ne manquez pas l’occasion, c’est assez que je ne le peux pas ; nous nous rattraperons bientôt heureusement, c’est une demie consolation.

Votre amie dit qu’elle profite de votre société avant notre mariage ; oui elle a raison et vous aussi c’est toujours plus gai à deux que dans votre chambre au 6e au dessus de l’entresol comme une vieille fille ; mais dites-lui bien que même mariés, je ne vous séquestrerai pas, il n’y a qu’une chose où je ne pourrai guère la satisfaire c’est de m’endormir le soir sans ma petite femme à mes côtés. Je suis un peu comme les enfants, il me semblerait meilleur d’être bercé entre des bras câlins que de nager tout seul au milieu d’un grand lit de célibataire. Après cinq ans d’une pareille vie on osera s’offrir ce petit luxe et je crois que j’aurai fait bon choix de ce côté, j’aurai tombé sur une maman qui dorlotera /...

Lettre du 29 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 29 juin 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

 .../ son petit enfant à merveille, n’est-ce pas ? De votre côté, vous ne penserez peut-être plus à vous endormir sur la table !

Allons, je ne vais pas plus loin car il serait très possible que vous me rappeliez à l’ordre et je ne veux pas me mettre dans ce cas ; vous vous fâcheriez et il me faudrait peut-être aller chanter sous votre balcon pour me faire pardonner ?

Je suis en excellente santé et tous les jours je constate de l’amélioration dans mon état général à part l’estomac qui est encore capricieux, il faudrait pour le refaire ce pauvre vieux, pas mal de fraises à la crème et de chatteries du même genre ; comme ce n’est pas le riz au gras et les patates du régiment qui peuvent les remplacer, n’en parlons plus.

D’après votre lettre, il n’est plus question de votre enrouement, j’en suis bien content, car sans que cela paraisse ce sont des bobos qui s’aggravent assez facilement, j’en sais quelque chose.

Je finis, avec le bas de la page, mon petit journal en vous embrassant aussi fort que je vous aime, ma mignonne chérie.

Votre Edmond

Lettre du 3 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 3 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 3 juillet / 19

Ma petite Juliette aimée,

Je viens de recevoir à l’instant même votre lettre du 1er et je suis content de vous savoir en meilleur santé, quand au moral que je trouve un peu abaissé de par la fatigue, je serai bientôt le meilleur des docteurs qui puissent vous soigner ; en effet ce n’est pas une vie que vous puissiez mener longtemps, c’est à la fois dur et trop monotone tout de même, mais vous savez bien déjà que les dimanches, vous pouvez commencer à les compter, ils ne seront plus bien nombreux : ceux que vous passez dans une telle tristesse et bientôt je vous reviendrai pour toujours ; ainsi, ce n’est plus des paroles en l’air : je vous joins deux coupures de journaux parlant de ma démobilisation ; comme vous le verrez, c’est reculé de quelques jours sur ce que j’avais prévu, mais maintenant c’est une certitude, vous pouvez tout comme moi compter les jours puisque ce sont des dates et mesures officielles, allons, petite chérie, encore un peu de patience et notre bonheur futur deviendra réalité. Je crois fermement être à Paris pour le 6 août au plus /...

Lettre du 3 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 3 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ tard, étant natif du milieu de l’année et comptant à Nancy, tout de même comme troupe du front.

Si seulement, pour le 14 juillet, le régiment envoyait une délégation pour le représenter au défilé de la Victoire, je m’arrangerai bien, vu mes notes et protections à être du nombre : ce n’est pas que je veuille des honneurs, vous me connaissez assez pour savoir que je ne les cherche pas beaucoup, mais si ça me permettait une journée avec ma chère petite Juliette, ce serait une bonne affaire et ça nous ferait patienter tous les deux en attendant le grand jour : celui de la liberté tant désirée.

N’allez cependant pas prendre cela pour une certitude, car vous auriez peut-être une déception, je me base simplement sur l’année dernière où nous avions fourni quelques hommes par compagnie pour passer la revue et ça m’étonnerait fort que cette année il n’y eût pas quelque chose dans le même goût.

Je reviens à votre lettre me disant que vous n’avez pas reçu la mienne dimanche, vous deviez vous demander ce que cela voulait dire, c’est peut-être un peu de ma faute car je l’ai mise vendredi soir au lieu du jeudi ; je n’ai pensé à ce qui allait arriver que trop tard ; enfin une autre fois, je me méfierai. Moi aussi j’en attendais une de /...

Lettre du 3 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 3 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ vous pour mardi matin et je me suis trouvé blousé ; aussi ce matin j’étais bien heureux de reconnaître l’enveloppe de ma mignonne car je commençais à songer fortement. Vous n’aurez certainement pas cette déception ce soir car je vous en ai écrit une dimanche passé. Et puis vous savez bien que malgré tout ma pensée ne vous quitte pas, que je ne vous faillirait pas, puisque vous êtes pour devenir une petite Madame Descarsin, chassez vite ce cafard, prenez patience et ne vous tuez pas sur ce travail que j’ai hâte de vous voir quitter bientôt.

Là-dessus plus grand chose à vous dire, ma mignonne, que de vous annoncer que je me porte à merveille maintenant et je finis en vous souhaitant un meilleur dimanche que le dernier et en vous embrassant bien fort, aussi fort que je vous aime.

Votre Edmond

C’est du 32 après le jus !

Lettre du 6 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 6 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 6 juillet / 19

Ma Yette adorée,

Je vous vois encore dans de drôles de draps suivant la lecture de votre lettre que j’ai reçue ce matin et qui m’a fait plus peine que plaisir, je suis tout à fait navré de vous savoir dans un petit bagne pareil.

Comment allez vous sortir de ce pétrin encore, accepter la place de cuisinière, travailler jusqu’à neuf heures du soir c’est joliment dur ; vous n’en avez certes pas pour longtemps, soit, mais la cuisine en été c’est une souffrance, enfermée toute la journée à la chaleur au mois de juillet, je n’envie guère ce truc là pour vous.

Vous savez, ma petite femme, si vous pouviez trouver autre chose en attendant, il vaudrait beaucoup mieux ; il y aurait avantage à ce que vous perdiez quelques journées à trouver autre chose de moins pénible et si vous pouvez le faire n’hésitez pas.

D’un autre côté, peu m’importe si je vous prends /...

Lettre du 6 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 6 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ sans pécule, je préfère cela que de vous voir gâcher votre santé inutilement, ma gosse chérie.

Je préfèrerais de beaucoup que vous alliez (d’ici notre mariage qui ne dépassera pas deux mois d’ici) dans quelques ateliers ou usines, gagnant juste pour vous défrayer de vos besoins urgents et que vous restiez chez votre amie du boulevard Picpus au lieu de vous retourner tous les soirs à Maisons. Voyons, un petit travail de 2 mois, vous ne pouvez pas trouver cela ?

Vous pouvez avoir pleine confiance en moi ce qui est dit entre nous est de mon côté un serment : faites un petit effort et soyez tranquille sur la suite ; l’essentiel c’est d’arriver à passer ces 2 mois-ci et au pire-aller 1 seul, celui qui me reste à faire dans le métier militaire, je ne peux pas mieux vous dire.

Oui, vous avez fait une grosse boulette en quittant la rue Lasson où vous n’aviez aucune peine ; du reste je vous l’ai déjà dit, je m’en doutais que lorsque votre amie rentrerait il vous arriverait cette histoire. Il n’y a, certainement, rien de sa faute mais c’était l’inévitable, vous avez cru à des promesses /...

Lettre du 6 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 6 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ aujourd’hui on les tient mais à quel prix ? Y êtes-vous, maintenant, attrapée ? Moi, je vous l’avais fort bien pressenti.

Ce n’est pas que je trouve à dire contre votre amie, il n’y a rien de sa faute ; avant de quitter définitivement la rue Lasson où votre place était certaine vous deviez peser tout cela, voilà tout et n’agir qu’avec la certitude que lorsque votre amie rentrerait il n’y aurait rien à perdre, surtout sur une place où dès les premiers jours vous avez trouvé que c’était un peu trop ardu.

Allons, je ne vous attrape pas, vous êtes une grande gamine, que je voudrais bientôt rendre heureuse et ça m’ennuie rudement de vous savoir aussi guignarde surtout pour si peu de temps qu’il vous restera à patienter. Voyez maintenant ce que vous devez faire, avec ces conseils et cette certitude, vous devez le savoir mieux que moi ?

Pauvre mignonne, comme vous devez trouver le temps long et vous ennuyer maintenant ! Je le trouve bien long aussi moi, mais j’ai le cœur tout de même content à l’idée qu’il n’y a plus que 28 jours demain à tirer et qu’après, avec un peu de courage, je retrouverai /...

Lettre du 6 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 6 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

.../ en compagnie d’une charmante petite femme, une bonne place et une grande partie de mon bonheur d’avant-guerre que je n’aurai jamais osé espérer voilà un an.

Prenez courage, oui je suis là pour vous consoler, et ça me tracasse de ne rien pouvoir pour abréger votre petite détresse, mais ……. Plus pour longtemps mon amour, ma petite femme que j’adore. Je préfère encore que vous me mettiez au courant de tout cela malgré tout et j’attends une lettre de vous, sur votre décision et surtout quoique vous fassiez ne vous tuez pas sur le boulot. Je veux vous revoir telle que je vous ai quitté voilà déjà trois semaines bientôt. Comme je vous l’ai dit plus haut, faites simplement pour vos besoins les plus urgents en m’attendant et je me charge du reste ensuite.

Merci de votre photographie, je n’avais justement pas emporté l’autre par peur de l’abimer dans mes poches, je m’arrangerai bien à trouver un lieu plus sûr pour celle-ci puisqu’on reste à Nancy.

Je finis avec le bas de la page et vous quitte car il est 10 heures du soir et je suis fatigué aussi, mon frère a passé la journée avec moi quoique je travaille au mess durant les heures des repas et nous avons été passer deux heures à baigner cette après-midi. Je suis donc vanné et ne m’endormirai qu’en vous adressant mes plus ardents baisers. Des nouvelles, vite ! Surtout, soyez encore courageuse quelques jours, ne vous laissez pas abattre par tous ces petits ennuis. Votre petit chéri pour la vie.

Edmond

Lettre du 9 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1
Lettre du 9 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 1

Le 9 juillet / 19

Ma petite Juliette adorée,

Pour ne pas prendre de retard, je réponds à votre gentille lettre que j’ai reçue hier, encore beaucoup cafardeuse malheureusement. Enfin en prenant sa patience à deux mains, nous y arriverons tous deux à ce beau jour que nous souhaitons vivement arrivé et qui est très proche maintenant.

Hélas, ma gosse chérie, je ne vous verrai point pour le 14 juillet : une délégation de mon régiment va bien à Paris, mais cette année, ils n’ont pris pour cette revue que deux officiers et deux sous-off. décorés, le drapeau du régiment et quatre ou cinq médaillés militaires comme gardes-drapeaux ; je passe donc à côté puisque je n’ai que la croix de guerre avec 2 citations. J’ai bien fait, voyez-vous de ne pas vous certifier, on aurait dit que j’en sentais le goût ; heureusement que 3 semaines après, ça ne loupera pas.

Comme je vous l’ai dit sur une précédente lettre, si vous trouvez à vous amuser, ne manquez pas /...

Lettre du 9 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2
Lettre du 9 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 2

.../ l’occasion, il y a déjà bien assez de moi qui a un fil à la patte, allez passer un peu votre cafard, je sais bien vous retrouver après, allez ! Et puis, je n’y vois aucun mal !

C’est épatant qu’il soit drôle comme cela votre frère ; lui auriez-vous vendu des petits pois qui n’ont pas voulu cuire. Laissez-le bouder, que voulez-vous, ne vous en faites pas, on verra bien plus tard si avec moi il aura la même bobine, ce qui ne me gênerait d’ailleurs nullement car il ne la ferait pas deux fois.

Je serais curieux de savoir ce que vous avez décidé vis-à-vis de la place de cuistote en légumes qu’on vous proposait, auriez-vous en fin de compte accepté ? Moi je parie bien que oui, je vous connais maintenant comme s’il y avait dix ans que je vous fréquentais. Ce n’est pas souhaitable car vraiment c’est trop dur pour une femme surtout ; maintenant je sais que vous êtes incorrigible ; lorsqu’il s’agit de travail, vous ne reculez pas devant la peine, c’est un peu un tort car forcément on abuse de vos forces ma mignonne, ce n’est pas le travail d’une jeune fille mais celui d’un homme. Enfin, comme je n’y peux rien, je vous laisse faire à votre gré.

Je viens de terminer mon travail au mess des sous-off., /...

Lettre du 9 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3
Lettre du 9 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 3

.../ excusez-moi si je suis obligé de m’y prendre à deux fois pour vous écrire, je suis encore assez vanné ce soir. Je travaille non par besoin, mais uniquement pour faire passer le temps car sitôt que je réfléchis, je m’ennuis, je trouve le temps interminable et votre présence encore lointaine (chose qui au fond n’est pas réelle).

Le temps que j’y pense, ma chérie : auriez-vous des intentions sur un quartier de Paris pour rester lorsque nous allons être unis car si vous n’en avez pas, je prendrais mes dispositions tout de suite. J’étais très bien dans la maison où je restais, je demanderais dès maintenant pour ne pas perdre de temps si elle a quelque chose dans mes goûts de libre et si oui, je lui répondrai qu’elle s’abstienne de louer à d’autres, qu’elle me le réserve. J’attends pour prendre une décision votre réponse. Si je vous en cause c’est parce qu’on est arrivé au terme et c’est le moment de retenir. Donnez-moi sans hésitation votre idée. Au cas où vous penseriez autrement il n’y aurait pas d’inconvénient, on attendrait mon retour.

Nous devons, paraît-il, quitter tout de même Nancy entre le 17 et le 20 du mois, il sera dit que je roulerai ma bosse jusqu’au bout et on parle d’aller /...

Lettre du 9 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4
Lettre du 9 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 4

 .../ en pays annexé : Forbach, Ste-Arold, je ne sais ! Pour le peu qu’on s’envoie encore cela à pieds, j’en suis tout à fait charmé.

Ah ! Quel métier ma petite brunette chérie, car il se fait bientôt dix heures du soir, en vous embrassant bien bien bien fort, encore plus que ça, aussi fort que je vous aime et j’attends de vos bonnes nouvelles, avec autant que possible un peu moins de cafard (sale bête, si je le tenais je lui casserais les pattes à votre cafard).

Votre Edmond

Qui est, par la pensée, tout le temps avec vous.

C’est du 26 après le jus

Encore une fois, passez un bon 14 juillet, je le veux, vous me ferez plaisir.

Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 13 juillet / 19

Ma chère petite Juliette aimée,

J’ai reçu votre gentille et longue lettre hier matin, je l’attendais presque car comme toujours depuis mon retour, si je suis au régiment, ma pensée est ailleurs et cet ailleurs vous le connaissez ? Je n’en doute pas.

Tout ce que vous me racontez, au sujet de votre travail est bien ennuyeux et encore fait pour vous coller le cafard, je vous connais, allez ! Il sera dit que jusqu’au bout, vous aurez la guigne, il faudra pourtant que cette malchance disparaisse bientôt : oui j’en réponds.

C’est égal, ça me chiffonne tout de même de ne pas être avec ma fiancée chérie pour les deux ou trois jours que vont durer les fêtes de Paris. C’est bien cela, c’est le poilu, celui qui a le plus souffert qui reste à l’attache au lieu de retrouver après cette guerre un foyer en fête et partager la joie et la gaîté générale. Il y a bien eu 3 permissions de 24 heures par compagnie, mais jugez-en : partir de Nancy, la veille au soir et rentrer le lendemain avant minuit, j’ai préféré de beaucoup y renoncer. Ca n’aurait eu qu’un résultat : nous fiche un joli cafard à tous les deux puisqu’on n’aurait même pas pu s’amuser /...

Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ du tout et pour moi, de plus, passer deux nuits dans le train, voyez aubaine. Ma pauvre gosse, nous patienterons 22 jours de plus et tout sera dit.

Nous ne sommes pas encore partis de Nancy, mais c’est proche et certain. Nous allons en Lorraine reconquise : à Ste Avold et Forbach, enfin pour vous, rien d’alarmant : mon retour n’en sera pas différé d’un jour ; il n’y a que pour moi que c’est plus ennuyeux, je me passerai bien d’user la route pendant quelques jours avant d’en être quitte.

Je vous dirai qu’il pleut assez souvent par ici depuis une quinzaine, c’est à se demander si on est réellement à la veille du 14 juillet ou bien de la Toussaint.

Votre petit beau-frère a eu assez de chance s’il peut fêter le 14 avec vous, votre sœur doit être bien contente. Il est vrai que nous n’avons pas à les envier car nous aurons notre tour et ce sera pour toujours et dans d’autres conditions, croyez-le.

Aujourd’hui dimanche et veille de fête nationale je songe encore bien davantage à vous, ma chérie ; si vous saviez comme le temps que je passe loin de mon aimée me semble long. J’ai pourtant beaucoup de travail,/...

Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ j’en prends même par instant plus que je ne devrais en faire car si je voulais, je n’en aurais que pendant 2 ou 3 heures par jour, pas davantage. Eh bien, non !  Ma Juliette reste ma seule pensée, sitôt que je me prends à réfléchir, c’est vous, toujours vous ! Quel effet m’avez-vous donc produit pour que je vous aime pareillement, je suis à me demander si vous ne seriez pas aimantée et me le cacheriez ? Toujours est-il que mon amour pour vous est sans limites et que les 22 jours qui me restent encore à tirer me semblent une éternité. S’il en est de votre côté pareillement, je vous plains bien sincèrement.

Faut-il en avoir de la misère avant de pouvoir être l’un à l’autre ; se dire gentiment « Je t’aime » étroitement enlacés, sans avoir d’yeux à même de gêner aux alentours ; il est vrai que lorsqu’on sera unis, ce sera pour la vie, mais il faut pour y arriver une jolie dose de misères et de patience.

Vous pouvez dire que vous l’êtes et resterez la petite femme adorée, il aurait été fort malheureux que deux être s’aimant si tendrement ne se rencontrent pas et il aurait été plus triste de ne pas se retrouver ! S’il en est un qui regrette, ma gosse /...

Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4
Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4

.../ chérie, ce n’est pas moi ; non, bien loin de là, car vous êtes devenue un organe essentiel dans ma vie, c’est vous qui dirigez les battements de mon cœur et lorsque je dis que je serai incapable d’en aimer une autre, je suis encore au-dessous de la vérité : il me faudrait vous perdre, je crois que cette fois, je serai bon à interner ; voyez quelle place vous tenez en mon cœur et quelle responsabilité vous vous êtes crée en acceptant de devenir ma petite femme, enfant gâtée !

Heureusement et comme vous me le dites encore sur votre lettre, je sais en être largement récompensé ; je sais que sous votre sein bat un bon petit cœur que j’aurai à la fois un plaisir et le devoir de garder intact et qu’il serait bien lâche de faire pleurer des yeux qui ont si bien su m’attirer pour aimer.

A ce propos, une idée ou plutôt un souvenir m’est revenu dans la semaine en songeant à vous : vous rappelez-vous, ma petite brunette aujourd’hui 13 et voilà deux ans : j’étais en permission, vous rentriez dire bonsoir en passant à ma cousine Louise, et, je ne sais pas quel hasard, pour la première fois, j’ai eu l’occasion ou le besoin (je ne sais plus) de vous embrasser ? Vous me direz sur votre prochaine lettre /...

Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 5
Lettre du 13 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 5

.../ si c’était bien cela ou plutôt si vous vous en souvenez ?

Qui aurait dit depuis ce temps que je serais encore sous les effets bleu horizon aujourd’hui ? Qui aurait dit aussi que nos cœurs ne mentaient pas, que c’était sérieux et réalisable ce petit projet né par la suite et qui à l’époque était un peu un croquis de guerre, alors que je n’étais pas très assuré d’en rentrer sain et sauf. Puis tout a failli passer bêtement dans les nuages et voilà maintenant que nous nous aimons mieux et plus fort que jamais. Voyez notre malentendu a été presque un bien pour un mal quoique nous en ayons souffert terriblement chacun de notre côté ; mais malgré tout, je préfère que nous ne recommencions pas l’expérience ; si vous le voulez tenons-nous en là. Je trouve que ça été assez concluant comme cela !

Ca doit vous faire rire, cette petite anecdote-là, hein, enfant terrible ?

Je vais tout de même finir ma lettre car je n’aurai plus rien à vous dire sur la prochaine et le temps que vous la lisez, les pommes de terre attacheraient au fond de la casserole, mais je puis toujours vous envoyer un millier de bécots de la meilleure qualité. Allons, ma mignonne pour aujourd’/...

Lettre du 13 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 6
Lettre du 13 août 1917 d' Edmond Descarsin à Juliette Regenveter, page 6

.../ hui, bonsoir et surtout débarrassez-vous bien vite de tous ces petits tracas crées par le travail.

J’attends de vos bonnes nouvelles.

Votre Edmond

lettre du 14 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter
lettre du 14 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter

14 / 7-19

9 heures du soir

Ma mignonne

Aujourd’hui 14, ma compagnie est de piquet d’incendie et sort d’une garde de 24 h., voyez si nous sommes veinards, il nous est donc interdit de sortir. Aussi je me couche de bonne heure pour oublier mon cafard. Je garde mes jambes pour l’année prochaine, ne vous en faites pas ; nous n’y perdrons rien pour attendre !

Voyez que j’ai songé à vous par la présente et je dirai même sans cesse depuis 2 jours, ça me taquine de me voir séparé en ces jours de fête de ma gosse chérie.

Enfin quand on en mouillerait douze mouchoirs et 36 serviettes, ça n’avancerait à rien.

Je vous embrasse pour finir aussi fort que je vous aime et j’ai l’espoir que vous ne faites pas comme moi.

Votre Edmond

Lettre du 17 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 17 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 17 juillet / 19

Ma chère petite Juliette adorée,

J’ai bien reçu hier matin votre gentille lettre où il ressort bien que vous n’êtes pas heureuse, vous vous faites du mauvais sang après moi, après votre travail ma pauvre gosse. En ce qui me concerne prenez-en votre parti ma mignonne, ce ne sera plus bien long, pensez : 18 jours ce n’est plus rien ! C’est l’affaire de 3 dimanches encore sans avoir votre Edmond qui va vous revenir pour toujours, vous pouvez encore faire ce petit sacrifice là ma petite femme chérie. Quant au travail, ça c’est une autre affaire, mais ne désespérez pas d’avance, je sais que ce n’est pas gai, on a un peu l’air de demander l’aumône oui, allez ça m’était arrivé ; mais avec un peu de persévérance, on arrive toujours ; d’autant plus que ce n’est pas pour longtemps, vous le savez bien ! Si ce n’est pas fort avantageux, pourvu que ça ne soit pas pénible, faites-vous une raison que c’est pour un mois ½ ou 2 tout petits mois au plus. Oh ! Que ça m’ennuie de vous savoir tracassée comme cela. Moi, qui veux vous supprimer une bonne partie de ce souci et vous dorlotez comme vous le méritez ma chérie. /...

Lettre du 17 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 17 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ Voyez, plus tard, nous pourrons vivre sans trop de gêne sur ma journée. Le peu que vous ferez sera de votre bon vouloir et du surplus de bien-être, peut-être même d’économie puisqu’il est toujours bon de ne pas aller au jour le jour quand on le peut. Du travail, chez vous, même si vous le préférez, rien ne vous forcera à aller en atelier ; enfin tout cela c’est causer pour peu dire, mais voyez que si vous êtes ennuyée à ce sujet, je veux que ce soit la dernière fois. Allons, prenez courage, ne vous désolez pas ; si vous êtes ennuyée, reprenez un peu de force dans moi qui vous aime de tout mon cœur et pensez que vous allez bientôt ne plus être seule à affronter la vie, ma gosse chérie. Et puis, du travail après cette guerre, mais il va y en avoir à pleins bras bientôt ; chômera celui qui le voudra bien. L’essentiel c’est de garder sa santé, s’offrir du plaisir quand on le peut et être sérieux quand il le faut. Je reviens, ma mignonne avec beaucoup plus d’espoir que lorsque je suis parti quoique je n’avais pas beaucoup à me plaindre personnellement. Je ne connaissais que très peu les mortes-saisons et maintenant lorsqu’il y en aura nous ferons de sorte à les mettre à profit, vous verrez ça ; le tout c’est de les prévoir et si le « bonheur » veut que j’en ai quinze jours par an en juillet, eh bien les bords de la mer ne seront pas fatigués pour nous recevoir, voyez par-là qu’il y a toujours moyen de se rendre heureux ! /...

Lettre du 17 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 17 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ A propos, j’ai écrit hier soir à mes concierges au sujet de notre futur petit nid ; je leur demande tout en blaguant s’ils possèdent à la suite du terme de juillet quelque logement de libre : 2 pièces ou 2 pièces et 1 cuisine et qu’au cas où ils auraient ça qu’ils me le fassent savoir que je leur retiendrais pour le ½ terme entre juillet et octobre, c’est à peu près ce qui deviendra la date de notre union ma petite femme adorée. Alors, dès que j’arriverai, je vous le ferai visiter et le ferai mettre en état s’il y a besoin. Quant à ma chambre seule, ma mignonne, n’y comptez  pas, non c’est par trop petit, nous aurions l’air de deux pauvres misérables là-dedans. Je ne peux pas vous donner un appartement maintenant, mais je ne veux pas non plus nous restreindre sur le nécessaire. Enfin, pour l’instant laissez-moi la direction puisque vous y consentez déjà, vous ne vous en plaindrez pas trop. Par la suite, je vous donnerai une jambe de la culotte et nous la porterons tous les deux, c’est entendu ? Ça doit vous faire rire !

Au cas où ils n’auraient rien de libre en ce moment, le programme ne serait pas changé pour cela, il n’y aurait qu’à envisager en plus un petit déménagement ; pas plus difficile que ça. Hein, voyez si j’en ai des bonnes « combines ». /...

Lettre du 17 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4
Lettre du 17 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4

.../ Ah ! Oui, je m’en doutais que vous alliez passer un 14 juillet à vous morfondre, enfin c’est presqu’un bien pour un mal que vous ayez travaillé, vous avez moins songé à mon absence, pauvre gosse. Je ne me suis guère amusé non plus, à dix heures j’étais couché en songeant à ma chérie je me suis endormi et n’ai pas eu trop le cafard par la suite, mais la journée du 13 et celle du 14 je me suis passablement ennuyé. J’en ai été à m’en vouloir de n’avoir pas pris la permission de 24 heures qui n’aurait à vrai dire servi à rien puisque vous avez travaillé et que le soir même je vous aurais quittée sans seulement avoir pu vous faire danser. Et puis rien ne dit que je l’aurai eue, sur dix demandes, il y en a 2 d’acceptées par le commandant.

Nous sommes encore à Nancy, cependant mon ancien régiment est déjà parti (le 156) du côté de Metz et nous c’est pour dans très peu de jours maintenant.

Enfin, je finis mon petit journal, en vous espérant en aussi bonne santé que moi à part mon rhume que je ne vous donnerai pas pour 13 sous. Je vous embrasse aussi fort que je vous aime et si je voulais vous serrer aussi fort sur mon cœur, je serai dans le cas de vous étouffer. Au revoir ma Juliette, mon amour.

Votre Edmond

Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 20 juillet / 19

J’ai reçu votre lettre hier matin, et suis ravi de vous savoir enfin à l’abri du cafard à cause de votre travail, l’autre va bientôt se passer aussi, car je compte maintenant encore quinze jours demain à faire, qu’est ce que 15 jours ? Plus que deux dimanches ma gosse et si vous ne changez pas d’avis, si vous êtes dégoutée de la vie, eh bien ! Nous nous pendrons tous les deux, voulez-vous ? Moi, au cou de ma petite femme et vous, où bon vous semblera, c’est entendu !

Vous voilà grande dame, vous fréquentez les quartiers aristos, avenue de l’Opéra, ma chère, je ne crains plus qu’une chose, c’est qu’un petit vieux vous enlève en automobile, c’est ça qui serait un sale coup. Et si dans votre hôtel on trouve les deux mondes, autant que possible pour aller dans l’autre et comme je vous disais tout à l’heure, attendez-moi, nous ferons route ensemble.

Comme vous devez être fatiguée, ma chérie, /...

Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ je remarque qu’à chaque fois que vous m’écrivez, c’est à l’approche de onze heures ou minuit, il ne serait que grand temps que cette vie-là finisse pour vous ; vous vous surmenez ! Si votre petit homme plus tard vous laissait faire des journées pareilles, mais vous diriez : « il n’a pas de cœur, il veut me tuer à la peine ». Oh ! Vous savez, vous allez y trouver un rude changement ! Vous êtes forte, je n’en disconviens pas, mais vous abusez tout de même de vous ! Tenez, il n’y a pas exemple plus grand que moi : avant la guerre, sans être un hercule, j’étais assez fort et bien portant, voyez maintenant comme le surmenage à longue durée m’a affaibli, c’est une affaire entendue que c’est fini et que petit à petit je reprendrais le dessus, mais n’empêche que si ç’avait duré 1 an de plus je serais tombé malade fatalement pour de bon.

Vous ne m’étonnez pas en me disant que la poste prend par instant du retard dans mes lettres ; nous autres, certains jours, nous n’avons pas de courrier du tout et c’est arrivé au 14 que nous avons été deux jours sans lettres.

Croyez-vous que l’espoir de vous formez en moi, ma Juliette ne devienne pas réalité à bref délai, croyez /...

Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ vous que la guigne qui nous a poursuivi à peu près tous les deux ne va pas nous quitter ? Je ne vois pas du tout maintenant comment elle s’y prendrait cette sale guigne pour nous embêter encore ? Dans notre amour, non ; de mon côté j’en réponds. Dans le travail, non ; je ne crains pas cela non plus. Il n’y a que dans la maladie qu’on ne peut en répondre, c’est si vite venu ! Mais de mon côté je crois que c’est encore midi, car lorsque le cœur est content, tout va bien chez moi. C’est pourquoi ma petite chérie je vous dis de ne pas être cafardeuse comme cela et de ne pas vous tuer au travail. La vie n’est qu’un passage dans le monde et il faut savoir le passer agréablement, ce moment. Le surmenage vous mènera tout droit à la maladie et vous n’en aurez gardé aucune ressource, au bout on s’aperçoit qu’on en est pas plus riche.

Il faudra que je vous donne des leçons de pratique sur toutes ces petites choses-là, vous ne vous en porterez pas plus mal, au contraire, vous verrez.

Mais en ce qui concerne notre bonheur conjugal, ma mignonne, moi je le crois certain et le veux même très grand. Vous ne devez plus en douter !

Je ne suis ni débauché, ni ivrogne et encore moins joueur /...

Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4
Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4

.../ ou coureur de femmes ; alors où voulez-vous que la guigne trouve un faible pour vous atteindre encore ma chérie ? Je ne vois plus de guigne possible lorsque mariés nous serons comme un couple de pigeons amoureux ; à moins qu’il nous tombe 14 pigeonneaux ! Alors non, là ça ne va plus ; 1 seul au bout de 12 ou 15 ans j’accepte, mais c’est tout.

Du bonheur, ma petite Juliette, c’est facile de s’en procurer dans un ménage, comme je vous l’ai dit sur ma précédente lettre : être sérieux quand il faut, s’offrir du plaisir quand on le peut et surtout vivre l’un pour l’autre, ne pas être égoïste. C’est ainsi que vous en voyez qui laissent le dimanche la femme travailler, raccommoder, laver pendant qu’eux courent les bistros et les poupoules ou les camarades ; dans ces ménages forcément en fait de bonheur c’est de la dispute continuelle quand ça ne mène pas plus loin.

Ou bien, si Madame est par trop coquette, elle arrive à mettre la gêne non seulement par ça mais encore parce que c’est toujours doublé de flemme, là encore le bonheur n’y est pas.

Moi, je en conçois pas un ménage comme cela : il me semble que j’aimerai ma Juliette du fond du cœur /...

Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 5
Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 5

.../ et pour le moins autant qu’à l’heure actuelle ; tout ce qui pourra lui faire plaisir, j’irai au devant à condition de ne pas aller décrocher la lune. Je lui épargnerai le plus de travail possible et ma foi je crois qu’il y aura déjà un bon petit commencement de bonheur ; l’indulgence de chacun fera le reste.

Eh bien, ma gosse, croyez-vous que votre espoir d’aujourd’hui avec cette petite description ne deviendra pas une réalité ? Vous seriez difficile !

Mais, je sais bien, moi, que vous n’espériez pas tant, vous avez été comme moi, élevée un peu à la dure et que l’amour que nous gagnerons l’un pour l’autre nous fera vivre heureux lorsque nous nous apercevrons  que vraiment nous n’étions pas tout à fait comme les autres, et si le hasard nous a mis en présence ça été une vraie chance.

Contrairement à ce que vous pensiez, ma mignonne nous ne sommes pas encore partis de Nancy, mais je crois savoir que le dernier délai est pour le 24 : nous aurions donc à partir de cette date, 6 jours seulement de marche ; il reste maintenant à savoir aussi si l’échelon libérable c'est-à-dire 08 qui commence demain et pour 10 jours et 09, ma classe /...

Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 6
Lettre du 20 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 6

.../ prendront le départ ; je vous assure que je ne serais pas fâché de rester à Nancy pour finir tranquille et en repos mes quinze derniers jours. Ça me permettrait de me remettre au travail presqu’en arrivant.

Je vous demanderai que dans la lettre que vous m’écrirez en réponse à la mienne, vous ne parliez que de choses banales car si le régiment part et nous laissait-là, il pourrait bien se faire que votre lettre oublie de m’arriver, c’est une précaution peut-être exagérée car elle peut arriver aussi, mais avec un retard de 10 jours, c'est-à-dire qu’elle me reviendrait quand ils seront à destination, et moi à ce moment je serais sur le point d’être libéré.

D’une façon comme de l’autre, vous saurez si je suis le régiment ou si je reste et par conséquent à quoi vous en tenir pour écrire les suivantes.

Je finis, ma petite femme adorée en vous envoyant une multitude de baisers, vous me direz si vous avez reçu ma carte représentant une pensée et en celluloïd. (J’avais peur que la température la fasse gondoler dans l’enveloppe). Au revoir ma chérie

Votre Edmond pour la vie.

15 après le jus !

Plus que 2 dimanches !

A propos, j’espère que votre sœur va mieux ? Je n’ai pas l’honneur de la connaître, cependant la maladie n’est souhaitable à personne

Lettre du 23 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 23 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 23 juillet / 19

Petite gosse aimée,

J’ai reçu votre gentille babillarde (terme poilu) du 20 et suis heureux de vous savoir en aussi bonne santé, moi qui me tracassais ces temps derniers ; allons, je vois que votre moral est meilleur et d’après votre lettre, les joues bien remplies puisque vous savez vous soigner à la nourriture de l’hôtel.

Vous devez savoir tout comme moi que c’est du 12 après le jus, mais ce que vous ne savez peut-être pas ma chérie, c’est qu’on m’a déséquipé et désarmé hier, car j’ai la chance de rester à Nancy jusqu’à ma libération très prochaine. La classe 08 est à moitié libérée aujourd’hui et tout le reste demain quant à ma classe, la 09, je ne sais rien de nouveau, mais c’est proche aussi et j’aurai je crois plutôt à diminuer des jours qu’à en augmenter sur les 12. Enfin je n’ai plus rien en guise de paquetage et de fusil et je n’attends plus que la feuille de route. Y a bon !

Si vous saviez comme je suis heureux à la pensée de /...

Lettre du 23 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 23 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ revoir ma chérie et pour toujours cette fois ; vous ne pouvez pas vous le figurer. Il est vrai que si le petit vieux en question prenait ma place, il serait encore temps de rengager. J’en prendrais pour une première fois 20 ans mais en changeant de régiment : je demanderai pour le 11e civil à pied, il paraît qu’on y est bien.

Je n’aurai jamais cru si bien dire en vous parlant de petit vieux sur ma dernière lettre ; heureusement que je ne suis pas jaloux, j’aurai eu à l’être, je crois que je m’y serai pris plus tôt pour vous le montrer. Et puis quoi ? Ça prouve que j’ai une gentille petite femme, jusqu’à un caissier de grand hôtel, a-t-on idée de ça ? Seulement si le petit vieux à mon idée est un pauvre bonhomme qui essaie de se raccrocher aux branches parce qu’il n’a plus de bonnes espérances et pour cause ……., le caissier lui, ça doit être différent ; vous auriez dû lui parler de mariage et lui refuser tout ce qu’il pouvait espérer avant, pour voir s’il vous aimait du même amour que moi ; vous n’ignorez pas que dans les hommes la grosse majorité se lamente lorsque les jeunes filles ont fine taille, on dirait que ça les ennuie ; puis quand ils ont ce qu’ils désirent ils les plaquent et s’en vont à la recherche d’autres aubaines. Ils recherchent leur plaisir et rarement remplissent leur devoir quand ils ont fait une boulette ; quelques-uns sur le nombre si, mais bien peu. /...

Lettre du 23 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3
Lettre du 23 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 3

.../ Ah ! Ma mignonne chérie, je ne suis pas venu au monde hier, je connais la race, allez ! Je l’ai appréciée et je crois que si j’étais femme avec tout mon savoir je me plairais à les faire marcher pour venger les victimes beaucoup trop nombreuses qu’ils font. Vous allez croire que je suis curé en vous parlant comme cela, non détrompez-vous, mais ces façons d’agir me dégoûtent et si je vous ai pardonné à vous ma gosse, c’est parce que vous avez failli être du nombre par votre faiblesse. Je plains surtout la femme qui s’y laisse prendre, c’est presque toujours de la même façon que ça arrive.

Pour vous causer d’autre chose, je vous dirai que je n’ai pas de nouvelles à propos du logement. A mon idée c’est bon signe, c’est parce qu’ils auraient à consulter le propriétaire avant de me faire réponse. Enfin d’une façon comme de l’autre, il n’y a pas à s’en faire, attendu que nous avons le temps. Quand je serai rentré je m’y emploierai avec plus d’insistance.

J’oubliais aussi de vous dire : au moment où je vais rentrer mon frère va venir en permission, ça va vous faire une occasion pour le connaître car j’espère bien que nous ferons une partie à deux ensembles. Comme je vous l’ai déjà dit, il fréquente /...

Lettre du 23 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4
Lettre du 23 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 4

.../ une femme veuve qui a un petit garçon de 7 ans, elle est très gentille, je peux vous en parler savamment car je la connais d’assez longue date. Vous allez donc avoir une bonne petite belle-sœur, à venir, mon frère ne peut guère rentrer avant deux mois, nous serons donc unis avant eux. Lui ce pauvre vieux se l’appuie le déplacement, son régiment va du côté de Sarrelouis, je crois.

Puisque mon régiment va me quitter, forcément mon adresse va se trouver changée, puis vu le peu de temps qu’il me reste à faire, ne m’écrivez plus, vos lettres ne me parviendraient que trop tard. De mon côté ne vous en faites pas je ne vous laisserais pas sans nouvelles.

Je vous demanderai seulement que d’ici trois ou quatre jours vous m’envoyiez un mot à mon adresse 89, Bd Charonne pour me dire où vous trouver le jour que je rentrerai, ce sera entre le 3 et le 6 août au plus tard et peut-être bien plus tôt, car les corps doivent avoir des ordres pour faire plus vite à démobiliser je crois. Mettez-moi l’heure pour qu’il n’y ait pas de malentendu et tant que vous ne m’y verrez pas à l’heure choisie par vous, n’attendez pas, c’est que le jour ne sera pas arrivé. Sur l’enveloppe affranchie, forcément, mettez en petit dans un coin « Ne pas envoyer au corps » au cas qu’ils auraient idée de me l’envoyer au 146 ; elle ne m’arriverait pas, comprenez-vous ? Je termine, car il se fait tard et le marchand de sable va passer. Avant de tourner ma tête pour la dernière fois sur le /polochon, j’adresserai à ma petite femme que j’adore, à mon amour, mes plus doux baisers et mes plus chères pensées.

Votre Edmond

Lettre du 24 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1
Lettre du 24 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 1

Le 24 juillet / 19

Ma chère petite Juliette,

Une bonne nouvelle à vous annoncer.

Mon régiment est parti de matin comme je vous le disais sur ma lettre d’hier et nous, les démobilisables de la classe 09, nous sommes parqués en trois chambrées en attendant la date de notre départ. Au lieu de rentrer du 3 au 6 comme je le croyais, je suis encore avancé. Je pars avec les premiers de ma classe, c'est-à-dire le 30 juillet au soir : par conséquent vous pouvez me voir le 31 mais je ne vous garantis rien, ça dépendra de la vitesse des trains, mais sûrement le 1er août. Ce qui fait que je n’ai plus que 6 jours à tirer, ma chérie. J’irai me faire démobiliser ensuite au Fort de Rosny-sous-Bois, au 4e Zouaves ; j’ai tous mes papiers, je n’attends plus que la permission libérable pour partir. C’est fou ! D’ici là, je vais certainement me faire vieux car nous ne faisons rien du matin au soir ; si seulement on nous laisse sortir en ville ça ira. Le 69e d’infanterie qui est de notre corps a déjà pris notre place et fait son entrée officielle et triomphale s.v.p., dimanche /...

Lettre du 24 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2
Lettre du 24 juillet 1919 d'Edmond Descarsin à Juliette Regenveter page 2

.../ il faut vous dire qu’il était à Nancy en temps de paix ainsi que le 26e qui rentre aussi.

Lorsque vous recevrez ma lettre, dimanche, vous ne serez plus qu’à 4 jours de votre petit poilu ; vous voyez que je n’étais pas si loin que ça de vous ; mais de cœur je suis encore et beaucoup plus près, ma gosse !

Je n’ai pas grand-chose à vous dire, puisque je vous avais écrit hier, que de vous rappeler de me faire un mot que je trouverai en arrivant de façon à savoir où vous trouver et à quelle heure pour ne pas faire de planton inutilement l’un ou l’autre.

Au revoir ma petite chérie, soyez heureuse et je vous embrasse aussi fort que je vous aime.

Votre Edmond

P.S. – J’écris chez les tantes, elles vont être rudement contentes aussi, vous pensez !

J’ai tout de même bon espoir d’être arrivé le 31 car de Nancy, c’est direct ; il n’y a pas à flanocher en route, je pense.

Ed 

Lettre du 25 décembre 1930 d'Edmond Descarsin à son beau-frère et sa belle-soeur page 1
Lettre du 25 décembre 1930 d'Edmond Descarsin à son beau-frère et sa belle-soeur page 1

Sucy, le 25 décembre 1930

Chers beau-frère et belle-sœur

Ne comptez pas sur nous pour le 1er de l’an : ce matin, à la réception de votre lettre nous avions décidé de faire exception à la règle et d’aller vous rendre visite pour la nouvelle année ; j’avais dit à Juliette fais ton possible pour te débarrasser d’une partie de ton linge sale aujourd’hui et le reste dimanche, comme ça nous aurons une journée de bon jeudi prochain. Mais comme par hasard, j’ai encore eu à faire aux mauvaises conceptions de Juliette et comme elle veut me tenir tête à propos de sonneries comme à son habitude eh bien, moi maintenant je refuse toute sortie.

Si elle y tient vraiment elle ira seule, mais moi je me mets en devoir de me débrouiller autrement.

C’est bien regrettable mais maintenant ce sera œil pour œil, dent pour dent, vous ne connaissez pas notre vie mais de la façon que cela va, je songe fortement à d’autres choses qui ne peuvent /...