Archives municipales - Patrimoine - Fontenay-sous-Bois

Correspondance d'Auguste Avril à sa cousine Augustine Avril de 1915 à 1917

Fonds Paget

Lettre du 12 mai 1915
Lettre du 12 mai 1915

Albert Somme le 12.5.15

Chère cousine,

J’ai été très heureux d recevoir de vos nouvelles et de vous savoir en bonne santé comme je le suis d’ailleurs moi-même. comme vous avez été chez nous mes parents vous aurons sans doute mis au courant des nouvelles que je leur envoyait ils doivent être comme mon oncle et ma tante bien inquiets ils ont dû être contents de vous recevoir quoique nous soyons pas tant que chez vous à prendre part à cette maudite guerre il peut se faire que nous y restions tous les deux alors nos parents seraient seuls ce qui ne peut pas

Lettre du 12 mai 1915
Lettre du 12 mai 1915

arriver chez vous quoique vous ayez été déjà bien éprouvés je prends bien part à votre deuil (1) et j’espère qu’il ne viendra pas s’y en ajouter de nouveaux j’ai écrit à Louis dernièrement et j’ai été pour voir Eugène mais il était aux tranchées et comme c’était la première que je quittais la batterie depuis 9 mois je n’ai pas pu y retourner car nous sommes toujours en première ligne et de ce moment ce n’est pas prudent de s’absenter il parait que nous y faisons de bon boulot au nord d’Arras et que les boches reçoivent la grêle. Quand donc aurons-nous chassé tous ces bandits de chez nous malheureusement ça se fera pas aisément et nombreux encore sont les héros qui donneront leur vie pour

Lettre du 12 mai 1915
Lettre du 12 mai 1915

la patrie.

Chère cousine je vis cependant dans l’espoir de retourner parmi ceux qui me sont si chers je ne me fait pas de bile le moins du monde quoique je suis bien exposé des moments moi aussi j’ai confiance dans la protection de Dieu  et de la Sainte vierge qui nous donnerons la victoire bientôt je l’espère. Je ne suis pas malheureux depuis quelques mois à part mon mal de reins je n’ai jamais été malade on est bien nourris et il fait beau maintenant mais on trouve le temps long je suis sûr qu’il y en ait pas un qui en aie pas marre depuis le temps que cette vie dure encore si l’on savait quand ça finira, Dieu seul le sait et c’est ce qui augmente notre angoisse.

Lettre du 12 mai 1915
Lettre du 12 mai 1915

Chère cousine

J’ai cependant envoyé plusieurs cartes à mon oncle et tante je ne sais s’ils les ont reçus j’en doute mais j’espère que vous recevez cette lettre qui vous dira que je pense bien à vous tous, ce pauvre Célestin doit se faire des cheveux lui aussi là-bas je ne puis pas lui correspondre malheureusement

Abel a eu le plaisir de faire quelques promenades pendant votre séjour à Paris avec Marie et avec vous sans doute. J’espère qu’elle est aussi en bonne santé ainsi que toute la famille vous embrassez pour moi mon Oncle et tante ainsi que mes cousins et cousines et leur dirai un grand bonjour de ma part j’attendrai de vos nouvelles d’ici quelques jours en attendant le plaisir de vous lire je vous embrasse de tous mon  cœur et vous quitte avec l’espoir de vous revoir bientôt.

Auguste

35ème d’artillerie – 2ème batterie – secteur 83

Enveloppe datée du 13 mai 1915
Enveloppe datée du 13 mai 1915
Enveloppe datée du 13 mai 1915
Enveloppe datée du 13 mai 1915
Lettre du 1er juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)
Lettre du 1er juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)

Albert le 1er juin 1915

Ma très chère cousine Titine,

J’ai reçu votre carte et comme vous me dites je me suis mépris en vous parlant d’Eugène. J’ai tant de cousins et cousines que je ne me suis plus rappelé que c’était Henri. J’espère qu’il est toujours en bonne santé ainsi que Louis, Célestin, Eugène et vous autres tous. 

Lettre du 1er juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)
Lettre du 1er juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)

Moi je me porte bien comme jusqu’à présent d’ailleurs et depuis quelques semaines nous sommes tout à fait tranquilles dans le secteur ou je suis ça ne durera peut-être pas longtemps car chaque jour on s’attend à avoir du nouveau mais malheureusement je crois que nous n’avancerons pas si vite comme nous avons reculer car il ne faut plus compter maintenant faire la guerre en rase campagne comme au début et nos ennemis se sont formidablement retranchés et nous chasserons pas ces sales boches de chez nous sans qu’il nous en coute très chers.

Combien de malheureux vont encore payer de leur vie cette victoire qui fera l’honneur de l’armée française mais qui hélas aura fait tant de deuils. J’espère chère cousine que vous ne serez pas éprouvés de nouveau vous l’avez bien été déjà 

Lettre du 1er juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)
Lettre du 1er juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)

malheureusement mon oncle et ma tante comme vous tous devez être bien inquiets mais prenez courage et ayez confiance dans celui qui est notre maître et sûrement mes cousins vous reviendrons et mon frère et moi aussi peut être blessé mais une blessure guérie et le principal c’est qu’on retourne.

J’ai toujours espoir d’en revenir plus que jamais je me trompe peut être en tous les cas je prends le temps comme il vient. On se ferait de la bile ce serait pareil pourtant on s’ennuie et c’est dur chère Titine de passer les plus belles années de sa jeunesse dans des trous sous la terre et constamment dans l’inquiétude et jamais sûr de sa vie.

Abel lui aussi l’a échappé belle sur sept qu’ils étaient dans sa tranchée cinq ont été blessés et son sergent tué par une bombe lui seul n’a rien eu.

C’est de la veine mais seras ce toujours de même se serait à souhaiter et j’ai bien plus peur pour lui que pour moi car dans ces segments quand il faut faire une attaque ils sont presque toujours en avant, ce pauvre Célestin n’a pas

Lettre du 1er juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)
Lettre du 1er juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)

connu toutes les horreurs de cette guerre mais par contre comment sont-ils menés là-bas on ne le sais pas, la nourriture leur fait sûrement défaut puisqu’il vous demande du pain encore lui s’en tirera il se débrouillera ou d’autres ne le pourrait pas je ne peux pas lui écrire malheureusement ça nous est interdits peut-être le pourrais-je mais on peut se faire pincer et ça coûte cher quelques fois n’oublies pas de lui dire bonjour de ma part dans vos lettres ainsi qu’à Marie et à Louise.

Je vous remercie de m’avoir envoyé une de ces cartes ça m’a fait plaisir c’est étonnant qu’Abel n’est pas écrit à Marie depuis qu’il a quitté Paris lui qui était si content cependant de se promener ave elle j’ai envié son sort bien des fois combien j’aurais été heureux d’avoir fait mon service à Paris et de me promener avec mes chères cousines que j’aime tant.

Embrassez bien chère cousine mon oncle et ma tante pour moi ainsi que Maurice et dites un bonjour de ma part à ceux de la famille que vous pourriez rencontrer.

Je termine en vous disant au revoir et en vous embrassant de tout mon cœur.

Votre cousin qui vous aime.

Auguste.

Lettre du 25 juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)
Lettre du 25 juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)

Le 25 juin 15

Chère cousine,

Je ne voudrais pas vous laisser longtemps sans vous donner de mes nouvelles aussi puisque j’ai bien le temps aujourd’hui je vais vous en donner quelques une qui sont d’ailleurs pas bonnes comme elles ont été jusqu’ici. Je suis en très bonne

Lettre du 25 juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)
Lettre du 25 juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)

santé et je souhaite de grand cœur que vous soyez de même ainsi que mon oncle et tante, cousins, et cousines j’espère que mes cousins qui sont sur le front soient bien portant ainsi que ce pauvre Célestin.

Chère cousine quoique la victoire semble tourner de notre côté ce dont je doute pas maintenant cette terrible guerre menace encore d’être longue et malheureusement peut être nous faudra-t-il faire une autre campagne d’hiver elle serait sûrement moins terrible que l’autre au point de vue du froid, de l’eau et de toutes les intempéries de la saison car beaucoup de progrès se sont réalisés depuis l’hiver dernier, les vivres nous manquerons pas non plus, la tranchée car je la connais un peu moi aussi je vais à l’observation presque tous les jours à tous les aménagements possible, rien n’y manque maintenant. Ce qui manque à nos chers soldats c’est ce qui vous manque à vous c’est la

Lettre du 25 juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)
Lettre du 25 juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)

famille on a beau dire le régiment est une grande famille ce sont de belles paroles que tout cela mais qui n’ont pas de sens, on y reste parce que l’on y est forcés et rien n’est plus charmant rien n’est plus gai rien ne peut vous être si doux au cœur que de vivre parmi ceux que vous aimez et qui vous aime et quand vous en êtes séparés surtout dans les circonstances qui en sont la cause maintenant et qui vous rapproche encore davantage parce que chaque instant de la journée ou de la nuit la mort peut venir brutale nous séparer pour toujours sans même les revoir les êtres qui nous sont si chers ce qui nous rends un peu la vie moins triste c’est que nous y pensons pas à moins que le dangers soit inévitable nous y sommes un peu habitué à ce genre de vie mais ce qui nous pèse le plus c’est ce manque de parents cette soif pour ainsi dire de pouvoir ce confier à quelqu’un qui vous aime moi je n’ai rien chère cousine autre que mes parents qui me ferrer regretter la vie s’il me faut en passer par là mais combien d’autre ne sont pas dans le même cas et puis

Lettre du 25 juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)
Lettre du 25 juin 1915 envoyée d'Albert (Somme)

ce n’est pas l’affaire de gens civilisés que de se tuer les uns les autres on est plus humain que cela mais après les atrocités commises chez nous sur notre terre de France par ces brutes que sont les Allemands on a à cœur de se venger de semblables fait mais pour cela il faudrait pas avoir le temps de réfléchir que l’on se batte que le sang coule mais que ça soit fini mais ça ne finira pourtant pas avant d’avoir vaincus ces monstres de la kul; et j’espère qu’après la France connaîtra encore de beaux jours.

Je souhaite qu’avec l’aide de Dieu la victoire soit proche et que nous retournerons dans nos foyers si tristes depuis que nous les avons quittés.

Chère cousine j’ai reçu hier des mains du Colonel la Croix de guerre en récompense de ma citation. Je ne m’y attendais pas de sitôt aussi ça m’a fait une agéable surprise je suis heureux de porter cette croix sur ma poitrine et mes parents doivent aussi être content de moi je les soutiens et les rassures le plus que je peux, ils ont été si bons pour moi, je ne perds pas l’espoir de nous revoir.

Embrassez pour moi chère cousine mon oncle et tante vos frères et sœurs qui sont avec vous et toujours de ma part aux autres.

Croyez en mon amitié je vous embrasse bien fort en vous disant au revoir.

Auguste.

35ème d’artillerie/2ème batterie/secteur 8. 

Mon frangin est aussi en très bonne santé.

Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Lettre du 9 août 1915
Lettre du 9 août 1915

Le 9 août 1915 

Chère petite cousine,

Je t’ai envoyé une bague dans une lettre il y a huit jours, ne recevant pas de réponse de toi cela me ferait croire que tu ne l’aurais pas reçu il y en à guère qui parviennent à destination. Quand tu auras reçu ma lettre, donne-moi la réponse, je serais si content que tu ais un souvenir de moi chère petite cousine. Je suis en très bonne santé pour le moment et je souhaite que tu sois de même ainsi que toute la famille. Je ne pourrais pas te dire beaucoup de choses aujourd’hui nous sommes tenu au plus grand secret de ce qui se passe et nous devons rien dire sous peine de punitions sévères. Je peux te dire que je ne suis pas malheureux tu sais que je ne suis 

Lettre du 31 décembre 1915
Lettre du 31 décembre 1915

Chère petite cousine,

J’ai reçu ta longue lettre hier qui m’a fait beaucoup plaisir.

Je suis heureux d’avoir une gentille cousine comme toi aussi c’est en t’embrassant bien fort que je viens te souhaiter aujourd’hui une bonne et heureuse année une bonne santé et le plus de bonheur possible.

Je souhaite que le bon Dieu préserve notre famille de tout autre deuil afin qu’après cette maudite guerre finie nous puissions avoir droit encore au plaisir de notre jeunesse réclame sans qu’aucune larmes ne viennent assombrir le peu de jours que nous avons à passer sur cette terre.

J’espère que tu es en bonne santé ainsi que tes sœurs en un mot toute la famille moi je suis en ce moment dans un groupe d’instruction optique dans un petit patelin un peu à l’arrière de la ligne de feu je suis par conséquent à l’abri des marmites ce qui est déjà quelque chose j’y suis depuis 8 jours et je dois y rester un mois pour y apprendre la télégraphie optique je te met mon adresse sur un côté de l’enveloppe ça me fatigue un peu le ciboulot on est comme dans une école à longueur de jours à étudier je suis un peu pale mais je me porte assez bien.

Oui mon frangin a été en perm et il était heureux je t’assure car autre que mes parents il a une petite connaissance qu’il aime beaucoup c’est son premier amour et à elle aussi et ils s’aiment bien tous les deux c’est sérieux et depuis qu’il est au régiment il est devenu un homme. Je compte y retourner dans le courant de l’hiver mais cette fois je ne te verrais sans doute pas et moi je n’ai personne auquel je suis attaché autre que mes parents mais rien que pour eux ça me ferai plaisir d’y aller.

Merci donc petite cousine de m’avoir écrit les impressions j’aime bien t’entendre ou plutôt les lire. Une autre fois je t’écrirai plus longuement.

Je te quitte pour cette fois en te souhaitant encore une fois une bonne année et en t’embrassant de tout mon cœur.

Auguste Avril.

Lettre du 9 août 1915
Lettre du 9 août 1915

tu sais que je ne suis plus ou j’étais nous ne cachetons pas nos lettres si tu reçois celle-ci cachetée tu sauras l’autorité militaire qui l’aura fait.

Chère petite cousine on est assez fière mais l’on s’ennuie il nous faudrait quelques gentilles petites femmes pour nous distraire heureusement que l’on y est fait à ce genre de vie et nous le trouvons pas trop dur tu dois t’embêter toi aussi il n’y a plus d’amusements dans les patelins beaucoup de familles sont en deuil si ça dure encore un an la vie ne sera plus tenable. J’espère que ça sera terminé avant et qu’après une victoire bien gagnée et l’écrasement de cette sale boucherie nous retournerons dans nos chers foyers retrouver un peu ce qui nous manque depuis si longtemps.

En attendant cet heureux jour je t’embrasse bien fort ainsi que mon oncle et tante cousin et cousine.

Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Lettre du 9 août 1915
Lettre du 9 août 1915

Ton cousin qui t’aime.

Auguste.

Lettre du 20 août 1915
Lettre du 20 août 1915

Le 20 août 15

Chère petite cousine

j’ai reçu ton aimable lettre, je suis non moins navré que toi que tu n’es pas reçu la bague qui était bien jolie cependant enfin il me reste encore un morceau d’aluminium et je ferais tout mon possible pour réparer ce fâcheux incident du reste elle est déjà commencée mais je ne suis plus fixe comme depuis de long mois je suis toujours téléphoniste tu me dis que tu ne saisissais pas bien ce que je voulais te dire c’est que nous sommes tenu au plus grand secret dans notre correspondance et je ne puis te dire ni ou je suis ni ce que nous faisons car nos lettres sont lues avant d’être remises au destinataire.

Nous voyageons en ce moment nous ne sommes pas malheureux mais nous ne dormons guère la nuit, le jour on prend un peu de repos je n’ai guère le temps de travailler je n’ai pas d’outil et plus le gout que j’avais comme quand nous étions tranquille mais ne craint rien 

Lettre du 20 août 1915
Lettre du 20 août 1915

je pense bien à toi et dans une huitaine j’espère que celle qui est perdue sera remplacée elle ne se perdra pas toutes que diable c’est la première d’ailleurs que cela m’arrive

Chère cousine                                                                                                                                                                            

Je suis en très bonne santé, un peu lassé mais pas malade j’espère que tu te portes bien toi aussi ainsi que toute la famille ce pauvre Célestin doit bien le trouver dur de travailler comme un pauvre esclave quand donc pourrons nous délivrer tous ces enfants de la France.

Le temps doit bien leur durer plus qu’à nous encore sans doute et cependant qui est ce qui en a pas marre de nous autre aussi enfin si nous y resterons pas tous moi je ne crois pas y laisser ma peau je ne me fais pas de bile le moins du monde pour le moment mais malgré tout ce n’est pas une existence que l’on mène.

Ah les sales boches si nous sommes victorieux j’espère qu’ils nous le paierons cher mais jamais malheureusement ceux qui sont tombés aux champs d’honneur ne reviendrons notre beau pays sera bien triste d’ici longtemps enfin j’espère qu’il y aura tout de même des

Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Lettre du 20 août 1915
Lettre du 20 août 1915

jours meilleurs que ceux-ci et si le bon Dieu me fait la grâce de me préserver de la mort ainsi que mes chers cousins et mon grand frangin je tacherais d’oublier les durs moments passés à la guerre dans les bras d’une petite femme chérie qui seule avec mes bons Parents est capable de me rendre heureux.

Chère cousine tu dois trouver que je suis un peu égoïste que je pense qu’à moi non je souhaite du bonheur à toute ma famille il te faudra un bon petit mari pour que tu sois vraiment heureuse car surtout quand on aime bien c’est la une des grandes joies de la vie, j’espère qu’après cette longue et triste guerre nous serons tous heureux ne manque pas de dire bien le bonjour de ma part à mon oncle et tante à Marie ainsi qu’à tes frangins et frangines je te dis au revoir.

ton cousin qui t’aime et qui t’embrasse bien fort.

Auguste

Lettre du 20 septembre 1915
Lettre du 20 septembre 1915

Le 20 septembre 15

Chère cousine

Tu vas trouver sans doute que je rends réponse un peu tard à ta lettre mais je viens de la recevoir il y a dix minutes et je vais t’expliquer à quoi est du ce retard.

Il y a exactement 13 jours je quittais ma batterie pour aller dans une ville que je ne peux pas te nommer une assez grande ville non loin du front pour apprendre la télégraphie sans fil je pense et j’étais heureux de pouvoir m’éloigner des marmites boches je croyais au moins en avoir pour un mois 

Lettre du 20 septembre 1915
Lettre du 20 septembre 1915

et même plus me disait-on mais il va sans doute se passer quelque chose et quand il y a eu huit jours que nous y étions huit jours de bon temps par conséquent car là-bas on était pas malheureux et on pouvait sortir en ville tous les soirs et acheter tous ce que l’on voulait on nous à renvoyé dans nos corps, tu penses que ce n’est plus là même vie là-bas on a même pas d’eau pour se laver on en a tout juste pour faire la cuisine nous sommes dans un vrai désert on ne trouve rien enfin nous sommes habitués à ce genre de vie et on le trouve tout naturel pendant ce temps-là

Lettre du 20 septembre 1915
Lettre du 20 septembre 1915

et avec ce changement d’adresse je n’ai pas eu de lettres quand elles ont arrivée ou  j’étais rendu j’étais barré ça fait qu’elles ont été huit ou dix jours à courir j’étais embêté de n’avoir pas de nouvelles aussi aussitôt que j’ai reçu ta lettre de Paris je m’empresse de te répondre et de t’envoyer la bague qui est faite depuis longtemps et que j’avais peur de perdre dans mes poches pourvu que celles-ci te rende au moins ce n’est pas bien sûr en tous les cas si tu la reçois tu me récrira de suite et tu me diras si elle te conviens, et si elle est bien comme grandeur.

Nous travaillons dur de ce moment et ce n’est pas facile d’en faire c’est formidable les travaux qui se font.  J’espère que ce coup-là les boches vont l’avoir mauvais.

Chère petite cousine je suis en bonne santé et je 

Lettre du 20 septembre 1915
Lettre du 20 septembre 1915

souhaite que tu sois de même ainsi que toute la famille il ne faut pas trop t’inquiéter pour Henri car la correspondance ne vas pas très bien de ce moment il est vrai qu’un mois c’est un peu long sans nouvelles et je comprends votre inquiétude souvent on donne ses lettres à un copain qui oublie quelques fois de les donner au vagmestre.

Je ne l’ai pas rencontré mais si je le vois je lui ferais la commission. Oui il doit y en avoir de ces malheureux à Paris qui ont perdu de leurs membres ce n’est pas gai mais il vaut mieux revenir comme cela que ne jamais revenir et ce n’est pas fini cette boucherie malheureusement.

Allons chère cousine je te quitte tu diras bonjour à tes sœurs pour moi. Mon grand frangin est en bonne santé lui aussi j’ai toujours l’espérance que nous en reviendrons et c’est avec cet espoir que je te quitte en t’embrassant bien fort.

Ton cousin Auguste.

Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Lettre du 26 octobre 1915
Lettre du 26 octobre 1915

Le 26 octobre 15

Chère petite cousine,

Depuis longtemps déjà je n’ai pas reçu de tes nouvelles peut-être n’a tu pas reçu la réponse à ta gentille et longue lettre que j’avais reçue avant l’attaque.

Cependant je t’ai envoyé plusieurs cartes depuis ce moment-là sans réponse de toi aussi je me demande quel en est la raison tu m’avais dit que tu m’envoyais ta photo ce qui m’avait fait beaucoup plaisir mais ne recevant pas de tes nouvelles je me demande ce qu’il peut bien y avoir, peut être me crois tu mort il y en a tant eu de Vendéens de Jigoulhes à cette attaque. J’ai reçu des 

Lettre du 26 octobre 1915
Lettre du 26 octobre 1915

nouvelles de ton frère Louis qui me dit qu’il a été blessé en sortant des tranchées et qu’il est de ce moment dans un hôpital à Nevers j’y ai participé moi aussi à cette attaque de Tahme et j’y suis encore j’ai eu de la veine de ne pas être touché mais je t’assure que jamais je n’avais été si en danger dire tous ce que ces salauds de boches nous ont envoyés de gaz et de mitraille c’est incompréhensible mais nous aussi nous leurs avons servis quelques choses nous avons eu pas mal de pertes mais je suis encore bien vivant et en bonne santé ainsi que mon frangin nous avons été épargné encore pour cette fois et je crois que nous ne passerons jamais dans de plus mauvaises passes que nous étions là-bas maintenant nous sommes plus tranquilles je suis toujours téléphoniste et ce n’est pas toujours le filon tu sais 

Lettre du 9 novembre 1915
Lettre du 9 novembre 1915

que nous faisons tous en ce moment et encore quand ça  en coute pas la vie il n’y a que demi mal, ta lettre m’a trouvé en bonne santé comme je le suis encore de ce moment ainsi que mon cher frangin qui se bat lui aussi pas loin de moi mais nous sommes encore trop éloignés pour que l’on puisse se voir je crois qu’il doit aller bientôt en permission lui aussi mes parents seraient si contents de le voir car il est encore plus en danger que moi.

J’ai un peu moins de boulot depuis quelques jours pour les lignes téléphoniques mais un moment il y avait de quoi en devenir marteau et 

Lettre du 9 novembre 1915
Lettre du 9 novembre 1915

de plus il fallait souvent aller en premieres lignes ce qui n’est pas rigolo.

Quand donc cette vie cessera-t-elle pour que l’on reprenne celle d’autrefois quand on y pense cela fait paraître le temps encore beaucoup plus long et on se décourage beaucoup plus vite encore mais ça n’est rien car à part mes parents rien ne me tracasse j’avais quelques idées sur la petite connaissance que je t’avais fait remarquer étant enferme mais maintenant tout est fini elle était fiancée à un de ces cousins mais je finis par dire que ça m’est fort indifférent si j’ai le bonheur de retourner sain et sauf,

Lettre du 9 novembre 1915
Lettre du 9 novembre 1915

les jeunes filles à marier ne manqueront pas donc je trouve encore beaucoup moins dur que certains types mariés ou pères de familles ou fiancés et pourtant la mort n’y regarde pas malheureusement et dans ma batterie ce sont derniers qui ont été le plus éprouvés comme tu dis tu as de la veine de n’être pas mariée quand tu vas recevoir ma lettre tu auras fait sans doute ton petit voyage à Nevers tu me raconteras un peu cela comme tu as trouvé Louis

Tâche de faire quelques économies pour te faire photographier car je serais très content d’avoir ta tête à Paris en effet quand on est femme et célibataire se doit être difficile sans se priver un peu de faire des économies tout est si cher aujourd’hui.

Allons chère cousine je te quitte car le papier va me  faire défaut je suis comme toi je t’en mettrai me coucher il me faut au contraire descendre dans la terre je ne crains pas les bombes des avions mais les grosses marmites percent notre toiture comme une feuille de papier mais il ne faut pas s’en faire si ou doit y rester on y restera je ne m’en fait pas pour cela mais je serais très content tout de même que cette vie-là finisse.

Allons je te dis au revoir chère petite cousine tu diras bonjour à Marie ainsi qu’à Marie-Louise en attendant de tes nouvelles je t’embrasse bien fort.

Auguste.

Lettre du 9 novembre 1915
Lettre du 9 novembre 1915

Le 9.11.15

Chère petite cousine.

J’ai reçu ta longue lettre qui m’a fait beaucoup plaisir ça me distrait de lire de longues lettres car je t’assure que l’on commence par s’ennuyer passablement après avoir fait quinze mois de campagne et vu tant de jours terribles surtout comme ces derniers temps on en a plus que marre mais il faut rester quand même pour sauver notre pays et notre honneur.

C’est de grands sacrifices 

Lettre du 19 décembre 1915
Lettre du 19 décembre 1915

Chère Tine,

Il y a une quinzaine de jours bientôt je crois  je t’ai adressé une assez longue lettre je ne sais pas si celle-ci t’es parvenue en tous les cas cela m’étonne que tu ne m’es pas fait réponse j’aime à croire que tu n’as pas oublié ton cousin qui lui non plus ne t’oublie pas tu diras peut-être de même de ton côté si tu n’as pas reçu ma lettre, 

Lettre du 19 décembre 1915
Lettre du 19 décembre 1915

ou peut-être t’a-t-elle déplu. Je t’avouerai que je ne m’arrête pas à ce raisonnement et toi non plus je pense car tu sais bien que je cause avec toi en toute liberté et comme un cousin qui aime bien sa cousine.

Allons je ne dis que des blagues tu es comme moi tu as bon caractère et il en faudrait davantage pour te fâcher, j’espère qu tu recevras cette lettre et que tu me répondras aussitôt que tu le pourras car j’aime bien recevoir de tes nouvelles car tu sais bien que toutes les lettres ou à peu près toutes celles 

Lettre du 19 décembre 1915
Lettre du 19 décembre 1915
Lettre du 19 décembre 1915
Lettre du 19 décembre 1915

que l’on reçoit là-bas font plaisir on est tellement seul là-bas et l’on s’ennuie tant que si ce n’était pas les lettres que l’on reçoit de part et d’autres, cette vie ne serait pas tenable, je suis toujours à mon téléphone, le boulot a diminué un peu et le temps a changé, il gèle maintenant il fait meilleur que quand il pleuvait tous les jours je suis en bonne santé ainsi que mon frangin et je te désire de même ainsi que tes sœurs je t’avais demandé leur adresse je crois sur ma dernière lettre tu seras bien aimable de me les donner pour que je puisse leur souhaiter la bonne année en tous les cas tu leur diras bonjour de ma part si tu les vois.

Chère petite cousine je ne vois plus grand-chose à te raconter je crois que nous allons changer de position dans ces jours nous allons pas bien loin je ne crois pas que nous soyons plus mal qu’ou nous sommes nous allons un peu plus en arrière ce sera peut-être plus facile d’avoir quelque chose pour la bouffe depuis quelques jours ça va mieux et avec ce que je reçois de chez moi je boulote bien mais le picolot fait un peu défaut un quart par jour ce n’est pas suffisant et quand on a du pognon c’est malheureux d’être obligé de se priver enfin il y a pas que de cela que l’on est privé et il faut espérer qu’un jour qui me semble pas tout proche malheureusement nous pourrons rattrapé le temps perdu j’espère que mes cousins ainsi que mon oncle et tante sont en bonne santé.

Allons je te quitte fais toi le moins de bile possible moi je m’en fais le moins possible mais je m’amuse guère.

Je te dis au revoir ton cousin qui t’aime et qui t’embrasse bien fort.

Auguste.

Lettre du 9 février 1916
Lettre du 9 février 1916

Le 9 février 16

Chère petite cousine,

Depuis quelques jours je ne t’ai pas donné de mes nouvelles mais ce n’est pas de ma faute j’étais malade mais maintenant ça va mieux je suis dans un hôpital depuis 5 jours à Vitry le François quand je suis parti de la batterie ma permission arrivait, tu parles si je l’avais mauvaise je comptais passer par Paris car le copain qui venait avec moi y allait et puis tu vois le chemin que j’ai pris enfin ça ne va pas mal je me sens presque plus malade.

Dans une huitaine de jours je compte aller en perm, j’espère que tu es en bonne santé et que ces fameux zeppelins ne t’ont pas trop fait peur, il faut espérer qu’ils n’y retourneront plus.

Allons chère petite cousine je vais te dire au revoir pour aujourd’hui.

Je t’embrasse bien fort en te quittant.

Ton cousin

Auguste

Lettre du 19 avril 1916
Lettre du 19 avril 1916

Le 19 avril 16 

Chère petite cousine, que deviens-tu il me semble qu’il y a un siècle que je n’ai pas reçus de tes nouvelles ni de Marie.

Serais ce que nous nous oublions ou quoi je t’avais écrit quand je suis partis de la TSF c’est-à-dire il y a bientôt un mois de cela je croyais que tu 

Lettre du 19 avril 1916
Lettre du 19 avril 1916

m’aurais répondu mais j’attends toujours peut-être n’as-tu pas reçu ma lettre il en perd tant chez nous on les donne à n’importe lequel pour qu’il les donne au vacmestre mais je crois qu’elles ne lui sont pas toujours remises il y a déjà quelques jours que je voulais t’écrire mais je n’avais pas d’enveloppe j’ai été obligé d’attendre que l’on m’en envoie de chez moi car ou je suis il ne faut pas compter en trouver je ne puis te dire l’endroit exact mais

Lettre du 19 avril 1916
Lettre du 19 avril 1916

il n’est pas difficile de le deviner on en parle assez dans les journaux depuis deux mois voilà plus de vingt jours que nous y sommes et dans de semblables parages il n’est pas besoin de te dire que j’en ai marre et il n’y a pas que moi je suis encore un des mieux e je me plains tu vois que l’on y est pas bien.

Je suis dans un fort ou je m’occupe des appareils téléphoniques et de faire des signaux optiques là les marmites pleuvent comme grêle mais la route  est solide, ils n’ont pas encore réussi à la défoncer.

Je suis par conséquent un peu plus en sécurité que si j’étais à m’a batterie seulement l’air manque un peu la dedans on a mal à la tête et il n’y fait pas chaud non plus  j’ai enrhumé et j’ai depuis quelques

Lettre du 19 avril 1916
Lettre du 19 avril 1916

jours une névralgie qui me fait souffrir on ne dort presque pas non plus, le canon gronde aussi bien la nuit comme le jour on est constamment sur le qui-vive ce n’est pas le rêve.

Je t’assure et il en tombe je crois (??) nous y laissera pas longtemps tout de même maintenant enfin si je peux sauver ma peau encore ce coup-ci je serais content.

Mon frangin va bien c’est assez tranquille ou il est. 

Ah vivement que ça se termine tu sais ce n’est plus une vie dire que c’est le meilleur de mon temps que je passe là et combien d’autre comme moi malheureusement.

Allons chère petite cousine je te quitte j’espère que tu es en bonne santé ainsi que mon oncle et tante ainsi que mes cousins et cousines, j’écrirai à Marie demain.

Je ne vois rien d’intéressant à te faire part je te dis au revoir et je t’embrasse de tout mon cœur.

Ton cousin qui t’aime et qui ne t’oublie pas.

Auguste

Lettre du 22 mai 1916
Lettre du 22 mai 1916
Lettre du 22 mai 1916
Lettre du 22 mai 1916

Le 22 mai 16 

Chère petite cousine,

J’ai reçu ta carte il y a déjà quelques jours j’espère que tu ne m’en voudras pas trop de ne t’avoir pas rendu réponse plus tôt depuis que nous sommes en position car notre repos est terminé. 

J’ai eu beaucoup de boulot pour reconnaître les lignes téléphoniques du nouveau secteur que nous prenions qui est tout à fait tranquille du reste nous sommes un peu de gauche de Reims depuis hier j’ai quitté ma batterie et je suis à nouveau retourné dans la télégraphie je suis mieux que sur la ligne de feu mais c’est égal ça commence par être la barbe voilà la cinquième fois que j’y vais-je n’apprends rien à présent car je connais suffisamment ce qu’il faut faire mais dans l’armée il ne faut jamais chercher à comprendre enfin je suis en bonne santé c’est le principal et je désire que tu sois de même.

Il fait un temps superbe mais l’on serait bien mieux chez soi qu’à vagabonder comme cela cependant je ne vois pas encore la fin tout de suite je commence pourtant à m’embêter sérieusement et il n’y a pas que moi malheureusement. J’espère que toute la famille est en bonne santé chez toi tu diras bonjour à MARIE pour moi et ce pauvre vieux CELESTIN que devient-il.

Allons  au revoir chère petite cousine peut-être nous reverrons nous avant que nous le pensons. En attendant je t’embrasse mille fois.

Ton cousin qui t’aime bien et qui pense à toi.

Auguste.

Lettre du 2 août 1916
Lettre du 2 août 1916

Le 2 août 16

Chère petite cousine,

J’ai reçu tes deux cartes qui m’ont fait bien plaisir aussi je m’empresse de te faire une petite lettre pour bavarder quelques instants avec toi.

Tu dois être en villégiature sans doute ou peut-être as-tu changé de place. Tu me le raconteras sur ta prochaine.

Tu me dis que tes parents n’ont pas reçu le décès d’ Henri en ce cas-là il vous est encore permis d’espérer.

Lettre du 2 août 1916
Lettre du 2 août 1916

Souvent beaucoup se disent avoir vu quelques choses et n’ont rien vu du tout je le souhaite, notre famille a déjà été assez éprouvée comme cela.

Moi je suis en très bonne santé et mon petit frère aussi pour le moment ainsi que mes parents je suis toujours à mon poste de télégraphie sans fil et je ne suis pas malheureux seulement comme tant d’autres.

Hélas, j’attends la fin de cette maudite guerre avec impatience si elle ne me tue pas 

Lettre du 2 août 1916
Lettre du 2 août 1916

elle me prends mes plus belles années de jeunesse et use mon tempérament pas trop solide déjà avant, enfin je n’ai pas le droit de me plaindre moi à comparer à tant d’autres malheureux qui fait un si grand vide dans leur foyer.

Je n’ai presque rien à faire je ne suis pas trop mal nourri assez bien couché c’est une vie oisive que je mène en ce moment.

Mon pauvre vieux frangin qui est dans la Somme n’est sûrement pas si bien que moi je n’aurai jamais cru qu’il

Lettre du 2 août 1916
Lettre du 2 août 1916

aurait connu les horreurs de cette guerre comme moi mieux que moi peut-être car ces pauvres fantassins sont plus malheureux que nous, il est courageux et ne se démoralise pas. J’espère que tu es en bonne santé toi aussi chère petite cousine ainsi que Marie.

Tu dois être lasse toi aussi de cette vie constamment dans l’inquiétude, espérons que ça finira bientôt et que nous nous reverrons.

C’est avec cet espoir que je te quitte en t’embrassant bien fort.

Ton cousin qui t’aime.

Auguste.

Lettre du 2 décembre 1916
Lettre du 2 décembre 1916

Le 2 décembre 16

Chère petite cousine

Il y a déjà quelques jours que j’ai reçu ta belle carte dont je te remercie beaucoup depuis nous nous sommes rendus par étapes dans le joli secteur où nous sommes depuis huit jours je n’ai guère eu le temps d’écrire depuis ce temps-là, nous avons eu plusieurs téléphonistes de tué et blessé, les radios ont été obligé de les remplacer ce n’était pas le

Lettre du 2 décembre 1916
Lettre du 2 décembre 1916

je t’ assure ça ne me disait rien de reprendre mon ancien métier  mais à présent  l’antenne est montée et je suis beaucoup plus tranquille cependant nous ne sommes pas exempts de marmites il en filent continuellement dans ce sale coin de Verdun(??), jamais ce sera tranquille par là je n’ai jamais vu depuis que je suis en campagne un terrain si bouleversé partout des débris de canons, cadavres de toutes sortes il y a de quoi avoir le cafard 

 

Lettre du 2 décembre 1916
Lettre du 2 décembre 1916

Ça ne vaut pas Paname !

Heureusement que j’ai des nouvelles assez fréquemment de la petite que j’ai fait en perm la dernière fois elle est gentille et sérieuse surtout, vivement que l’on fasse la paix ça commence à devenir la barbe il y a même longtemps qu’en dis-tu tant que j’y laisserai pas ma peau ça ira à moitié mais à force d’y être ça pourrai bien venir !

Enfin j’espère que non tout de même nous avons eu du repos mais on le 

Lettre du 2 décembre 1916
Lettre du 2 décembre 1916

paie à présent et toi chère petite cousine tu ne t’en fais pas trop j’espère que tout le monde se porte bien dans la famille, chez moi mes parents sont en bonne santé et mon frangin aussi.

Allons je te dis au revoir chère Tine ton petit cousin qui t’aime et qui t’embrasse bien fort

Auguste

Lettre du 1er janvier 1917
Lettre du 1er janvier 1917

Le 1er janvier 1917

Chère petite cousine,

J’ai reçu ce matin tes vœux et souhaits pour cette nouvelle année.

Excuses moi de ne t’avoir pas devancé comme je n’avais pas eu de réponse à ma dernière lettre j’ignorais si tu étais toujours au même endroit. Je te remercie donc beaucoup et te prie d’accepter les miens quoiqu’un peu en retard il n’en seront pas plus mauvais.

Je te souhaite le plus de bonheur possible et demande que nous ayons la paix bientôt. Je te souhaite un mari après la guerre car avant je ne pourrais pas aller aux noces.

Je te souhaite aussi une parfaite santé car sans cela il n’y a pas de bonheur possible.

J’ignorais que ma tante avait été malade je suis heureux de savoir qu’elle va mieux mes parents sont aussi influencer de ce temps-là, papa a eu le Médecin hier ce n’est pas bien grave je crois-moi-même ça ne va pas bien fort de ce moment.

Lettre du 1er janvier 1917
Lettre du 1er janvier 1917

Je compte aller en perm à la fin de ce mois je ferais donc mon possible pour ne pas être évacuer avant nous avons été un mois dans un mauvais secteur nous sommes changés depuis deux jours celui où nous sommes maintenant est plus calme nous y serons certainement mieux c’est plus à droite en Voévre.

Tu me demandes si mes amours vont toujours oui ça va aussi bien que je puisse l’espérer mais comme nous ne nous connaissons guère c’est encore un peu froid il faut la perm pour que ça aille mieux.

Je vais tâcher de faire en sorte que mon frangin y soit en même temps que moi.

A part ça rien de neuf ça va à peu près on est de plus en plus las de cette guerre.

Allons je te dis au revoir reçois les meilleurs baisers de ton cousin qui t’aime bien.

Auguste.

Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Lettre du 26 janvier 1917
Lettre du 26 janvier 1917

Le 26.1.17

Chère petite cousine,

C’est des Essarts que je t’écris tu as su par Abel que j’étais en permission je n’ai pas pu passer par Paris à l’aller mais je compte y passer au retour. Je partirai lundi par conséquent je passerai à Paris dans la matinée de mardi.

J’écris aussi à Marie en même temps pour la prévenir, je n’aurai sans doute pas beaucoup de temps à dépenser là-bas mais enfin cela me fera tout de même le plaisir de vous revoir, si court que ce soit, Tine faut pas trop y compter je ferai cependant tout mon possible pour y passer.

Je te causerai de la connaissance de vive voix, je te quitte chère petite cousine en te disant bien des choses de la part de mes parents et de mon frangin ton petit cousin qui t’aime et qui t’embrasse bien fort.

Auguste.

Lettre du 25 novembre 1917
Lettre du 25 novembre 1917

Le 25.11.17

Ma grande cousine,

Voilà déjà trois jours que j’ai reçu ta lettre, tu m’excuseras de ne t’avoir pas répondu plutôt car nous sommes à peine installés dans notre cantonnement de repos qui est bien moche entre nous figure toi un petit patelin de 250 habitants et la plupart vieux nous sommes 600 la dedans, tu vois la distraction que l’on doit avoir enfin il parait que nous ne

Lettre du 25 novembre 1917
Lettre du 25 novembre 1917

sommes pas à la guerre pour nous amuser ça se voit on n’y craint pas les marmites ni les gaz c’est déjà quelques chose, si seulement encore on pouvait se débarrasser de totos !

mais je désespère d’y arriver il faudrait faire bouillir tout son linge de corps, ses effets de draps et ses couvertures, tu vois comme c’est agréable.

Ces sales bêtes là, Ah ! on en a marre du métier tu sais et dire qu’il faudra peut-être y laisser sa peau, quelle drôle d’existence mon dieu ! la santé va à peu près 

Lettre du 25 novembre 1917
Lettre du 25 novembre 1917

ce n’est toujours pas bien brillant si j’étais chez moi ça irai certainement mieux mais dans ce sale métier il n’y a pas moyen de se soigner et toi chère grande cousine j’espère que tu vas bien toujours la même qui ne s’en fait pas comme tu dis c’est bien malheureux de ne rien pouvoir envoyer à ce pauvre Célestin.

Je ne compte pas aller en permission avant la mi-janvier depuis que nous sommes au repos on en envoie davantage mais nous étions beaucoup en retard ! il a bonne mine

Lettre du 25 novembre 1917
Lettre du 25 novembre 1917

hein le frangin, si j’étais aussi bien portant que lui je m’amuserai va je t’assure après la guerre si j’en reviens mais si je suis comme à présent il faudra que je fasse attention à moi, oui j’ai deux petites marraines mais pas bien intéressantes ça me distrait un peu d’échanger quelques lettres car je n’ai plus de connaissances.

Allons je te dis au revoir chère petite cousine qui s’endort continuellement et qui met une bouillotte dans son lit, comme bouillotte je te conseillerai un mari ça te distrairai en même temps qu’en dis-tu.

Allons à bientôt de te lire un bon baiser de ton petit cousin qui t’aime.

Auguste

Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril
Enveloppe de la lettre adressée à Augustine Avril