Archives municipales - Patrimoine - Fontenay-sous-Bois

Lettres de Marcellin (Henri) Avril adressés à sa soeur Augustine de septembre 1915 à mai 1916

Courrier du 7 ou 8 septembre 1915
Courrier du 7 ou 8 septembre 1915

Le 7 ou le 8 septembre 1915

Chère sœur

J’ai reçu ta lettre hier j’avais reçu l’autre que tu avais envoyée de chez nous une heure après que je venais d’écrire comme ça fait que j’avais été quelque temps sans écrire il fallait pas cacheter les lettres après il fallait pas écrire non plus fait que j’avais perdu l’habitude. Dans la dernière lettre que j’ai envoyée chez nous je t’avais mis une bague comme ça elle sera à Mouchamps je pense bien que c’est Maurice qui va se casser le poignet dessus. J’ai eu des nouvelles de Louis et Eugène on est a peu près dans les mêmes environs seulement il y en a qui ont attrapé de la prison pour avoir dit ou que l’on est et ce qui se passe il faut pas ça c’est dit l’un chez l’autre et les boches le savent tous pour en finir c’est toujours la vie de tranchées. 

Courrier du 7 ou 8 septembre 1915
Courrier du 7 ou 8 septembre 1915

Si tu vois Marie ou Marie Louise tu leur dira que je suis toujours dans la même maison ou chez le même patron si il faut y rester une autre année j’y resterai encore une autre fois je demanderai à « encherire » peut-être il me mettra à la porte. Célestin c’est moi qui lui avais écrit le dernier j’avais cacheté la lettre fai qu’il l’aura peut être pas reçu enfin pas de réponse si tu en reçois des nouvelles de lui en me l’envoie la même lettre c’est ce que je fais souvent à Louis les deux cartes qu’il m’a envoyées je les ai changées d’enveloppe et fait passé à Louis comme celle là tu peux la faire passer à Marie, je ne sais pas vous autres les civiles est-ce que vous vous servez de timbres

fini, bonjour Henri Avril    337 L – 19 Compagnie – secteur 163

les permissions faut pas en parler, je tenais pas à y aller

Courrier du 8 septembre 1915
Courrier du 8 septembre 1915

Lundi 8 septembre 1915

chère sœur

je viens de recevoir ta lettre ou je suis j’ai bien été obligé de la lire tout bas on est si prés voisin avec ses sales prussiens voilà 8 jours que nous sommes ici depuis le 31 octobre on est rendu ou que Louis (1)  a été blessé un sale secteur les marmites chus nuit et jour sans relâche les salops de boches ils regrettent le terrain perdu nous on veut pas leur laisser reprendre, je garantie pas ma peau dans ce sale quartier. « Pivteau » l’homme Buffet de la Bonnière une marmite l’a écrasé cette nuit il était à ma compagnie il y avait 15 jours qu’il était arrivé. Nous on est venu prendre la place au 93ème d’infanterie mais comme on fait la relève de nuit j’ai pas pu voir si Eugène y était

Courrier du 8 septembre 1915
Courrier du 8 septembre 1915

lui il est retiré en arrière maintenant il m’a écrit la lettre datée du 31 octobre. Je t’avais parlé des permissions un peu trop vite c’est encore arrêté il y en a de parti qui vont rentrer demain. On nous dit que ça va reprendre au lieu de 4 jours on aura 6 jours je saurai que ça serait vrai que ca va en augmentant j’attendrai le dernier ça viendra peut être à 12 jours, j’aimerai mieux la fin de la campagne j’ai pourtant pas envie de céder le premier non plus. J’ai reçu un colis de Marcelline il y a 8 jours, hier il y en venait un autre de chez nous, ça n’avait jamais arrivée de rendre plus grand service qu’en ce moment ci, j’en ai bien pour un moment si je peux aller chez nous je te le dirais on parle pas avant, rien de plus, dit bonjour à Marie et à Louise si tu peux.

Ton frère Henri – 337 L – 19 Compagnie – secteur 163

 

Courrier du 22 octobre 1915
Courrier du 22 octobre 1915

Vendredi 22 octobre 1915,

Chère sœur

j’ai reçu ta lettre hier. Louis aussi m’a écrit il dit que ça va mieux il en parle pas mais il devra être réformé pour moi c’est toujours la même vie de tranchées, on a pas bougé de place seulement on a affaire à de sale voisins c’est les vrais prussiens ils en sont pas chiche de leur sale camelote il y a de quoi faire des bagues je viens d’en faire une à ma pipe pour lier le manche avec le tuyau

Courrier du 22 octobre 1915
Courrier du 22 octobre 1915

j’en ai envoyé une autre à Maurice depuis quelques temps c’est lui qui m’écrit et puis c’est lui qui écrit bien, lui dit pas, il ne m’écrirait plus j’ai pas eu de nouvelle de Eugène depuis longtemps, Louis m’a dit qu’il lui avait écrit la dernière fois qu’il m’a écrit le lendemain il me récrit en me disant que j’avais pas fait réponse deux jours de suite si c’est possible qu’il aurait eu le temps de recevoir de mes nouvelles. Si tu vois Marie et Marie-Louise dit leur bonjour je me souviens pas si c’est elles qui m’ont écrit les dernières, j’ai perdu leur adresse. Je sais bien tout ce qui c’est passé dans ses derniers jours, on l’apprend aussi bien que vous autres……….qui manque rien de plus

Henri A

Courrier du 29 octobre 1915
Courrier du 29 octobre 1915

Vendredi 29 octobre 1915

chère sœur

Je viens de recevoir une surprise une lettre et le colis de tabac depuis que j’ai mis une bague à ma pipe il me faut d’avantage de tabac et on  trouve pas a en acheter, ça suffit ce que je touche, Maurice m’a dit qu’il m’en envoyait pour trois francs, c’est pas moi qui lui a demandé, si ça vient j’en aurait pour jusqu’à Pâques je pense aller en permission avant je sais pas quand, j’irais 

Courrier du 29 octobre 1915
Courrier du 29 octobre 1915

mais avant peu de temps, je te le dirais quand j’en serais sure, le dit pas chez nous ils seraient inquiets, je viens de recevoir une lettre de Marcelline qui me demande quand j’irai la voir, je veux pas lui dire. Pas des nouvelles de Eugène aussi je te met la lettre que Maurice m’a envoyée hier elle est si curieuse que si tu peux me la déchiffrer tu m’en donnera des nouvelles moi il m’a fallu 24 heures pour la déchiffrer, elle mériterait faire le tour de la famille, il faut pas lui dire parce qu’il voudrait plus écrire. Rien de plus, j’écris à Marcelline en même temps. On est loin de la ligne en ce moment on songe plus à la guerre. Ton frère Henri.

Courrier du 24 novembre 1915
Courrier du 24 novembre 1915

Mercredi 24 novembre 15

chère sœur,

je suis en permission de 6 jours, je dois partir vendredi soir je passerai à Paris, c’est Martin de la Boulaye qui m’a dit qu’il y avait passé, je devrais arriver samedi matin à Paris mais je ne sais pas laquelle des gares de Paris, il me faudra prendre la ligne de Chalons sur Marne. Tu dois voir ou je dois passer si tu peux te trouver pour moi j’irai pas te chercher y aura peut-être de l’arrêt mais je passerais toujours samedi matin 27 novembre.

Henri

Courrier du 3 février 1916
Courrier du 3 février 1916

Jeudi 3 février 1916

Chère sœur,

voilà plus d’un mois que j’ai eu des nouvelles ni d’un ni de l’autre, aucune lettre je n’avais demandé à personne, depuis que j’ai changé mon adresse c’est si dégoutant pour les recevoir ça se trouve juste au moment que je vais à la visite tous les jours mais si tu pouvais m’en donner de Eugène, Louis et Célestin et de toute la famille j’en serai très heureux si je me trouve pas à la distribution des lettres je tacherais de ma faire servir par un camarade , je suis très heureux ou je suis 

Courrier du 3 février 1916
Courrier du 3 février 1916

le médecin me dit de continuer à rester au repos c’est pas que je suis malade tout le contraire je me porte bien tout ce qu’il y a que je suis dure d’oreille c’est pour ça que je me suis fait retirer en arrière, tout ce que je peux te dire que je suis plus heureux que dans les tranchées.

bien le bonjour Henri

je perd vos adresses je sais pas a qui l’envoyer de toi ou Marie

Avril Henri au 337me – Dépôt l’éclopée, quartier de cavalerie – Vitry le François – Secteur 63

J’oubliais de te demander la visite des Zéplins

Courrier du 25 février 1916
Courrier du 25 février 1916

vendredi 25 février 1916

Chère sœur,

j’ai pas grand chose à te dire mais j’ai changé de place encore un voyage le 12 février je croyais partir rejoindre ma compagnie mais en passant à Châlons ils m’ont collé à l’hôpital moi qui n’avait jamais été si bien portant comme je suis en ce moment en tout cas je suis toujours mieux ici que dans les tranchées. Depuis huit jours qu’il tombe de la neige ce matin le médecin m’a dit d’attendre à lundi si tu veux envoyer un mot tu as le temps avant que je sorte

j’ai eu des nouvelles de Louis il m’a dit qu’Eugène était 

Courrier du 25 février 1916
Courrier du 25 février 1916

en permission et qu’il a été demandé pour être parrain, ça doit lui faire son troisième je crois, pour moi si je retourne à ma compagnie je crois que je pourrais avoir une permission en sortant de l’hôpital si j’y vais c’est de ce coup là que je devrais passer vous voir, je ne dis pas en allant mais en revenant, plus rien bonjour à tous les 3.

Avril Henri

Hôpital temporaire Saint Etienne Châlons sur Marne

Courrier du 20 mars 1916
Courrier du 20 mars 1916

20 mars 1916.

Chère sœur,

j’attendais a avoir de bonnes nouvelles pour te les envoyer mais c’est la même chose, j’étais tellement agacé par les médecins que j’ai fini pour laissé tout tranquille et je continue mon service à la compagnie. Je vois pas grand chose à dire pour le moment. Bonjour

Henri

337 d’infanterie – 19ième compagnie – SP 163

Courrier du 11 avril 1916
Courrier du 11 avril 1916

11 avril 1916 

Chère sœur

J’ai bien reçu ta lettre il y a huit jours tu me demande tout un détail que je ne sais pas à quoi répondre qu’il y a qu’on est pas mal dans notre secteur on est à peu près tranquille on est toujours en champagne, tu demandes le nom du patelin je peux pas te le donner il y en a pas j’ai pas vu de maison depuis que je suis de retour, tu demandes si on trouve quelque chose a acheter pour la nourriture, on a tout ce qu’il faut, il n’y a pas à se plaindre, le vin on en trouve un litre par jour 

Courrier du 11 avril 1916
Courrier du 11 avril 1916

il est pas bon marché, 17 sous le litre, enfin on peut se contenter de ce qu’on a, j’ai écrit deux fois à Marcelline, depuis que je suis de retour, j’ai pas eu de réponse d’elle, je crois que je serais pas son héritier, c’est vrai que j’ai été huit jours chez nous et que j’ai pas été la voir, toi qui a des nouvelles de Célestin tu devrais m’envoyer une de ses lettres, c’est moi qui lui a écrit le dernier, j’ai pas eu de réponse pourtant il y a plus un an, ça lui en fait peut-être trop à répondre, c’est tout que je peux te dire pour le moment, bonjour à tout les trois.

Henri Avril

337 d’infanterie – 19ième compagnie – SP 163

Courrier du 22 avril 1916
Courrier du 22 avril 1916

chère sœur,

j’ai un petit moment pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes et pour te dire que j’ai bien reçu mon colis il y avait rien de dérangé, le sucre et le chocolat étaient écrasés, ça ne fait rien, il en vaut pas moins le tabac en a pas moins de jeus pour ça je t’en remercie je te paierais au retour de la campagne quand ça sera, je n’en sais rien je viens d’écrire à Marcelline pour la troisième fois depuis que je suis de retour voir 

Courrier du 22 avril 1916
Courrier du 22 avril 1916

si j’aurais une réponse je crois qu’elle doit être fâchée ou il y a quelque chose qui ne va pas j’ai écrit à Maurice pas de réponse non plus à Eugène la même chose, tout ce que j’ai pu en avoir depuis que je suis de retour c’est de toi vraiment je m’en passe mieux que de manger pour le moment ça va pas mal pour la nourriture j’ai vu que l’on me faisait rien maintenant je peux pas me passer de vin, un litre par jour ça y va vite, comme il est cher ce qui me le fait faire c’est que j’ai pas cessé de tousser depuis le mois de janvier c’est quand je veux me coucher que ça gêne le plus, je sais pas si je vais t’en dire un peu de trop, c’est temps d’arrêter je crois.

Bien le bonjour

Henri

au 337me régiment – 19ème compagnie – secteur 163

Courrier du 18 mai 1916
Courrier du 18 mai 1916

18 mai 1916

Chère sœur,

je viens de recevoir de tes nouvelles, Marie et toi vous devez vous faire le mot quand vous écrivez deux fois de suite que les lettres me viennent le même jour seulement à l’autre fois que j’en avais reçu, j’avais trouvé un billet de 5 francs, cette fois ci dans les deux lettres j’ai même pas trouvé 5 centimes si je te le dis c’est pas que j’en demande d’autres c’est pour te dire que je les ai bien reçu, je possède encore 20 francs sur moi depuis le 15 mars que j’avais apporté 30 francs de chez nous et 40 francs à la compagnie 

Courrier du 18 mai 1916
Courrier du 18 mai 1916

que j’avais pas été payé depuis le mois de février, tu parles du mauvais temps chez vous, nous on peut pas demander plus beau ni plus chaud on est au repos depuis 10 jours loin en arrière, il nous semble plus la guerre on vient de nous vacciner, je vais en avoir pour 3 jours avant de pouvoir bouger le bras, si j’avais pu passer à côté je l’aurais fait, il n’y a pas eu moyen, comme j’ai la lettre été la première ils m’ont pris pour être le plus sot, fait que j’ai passé le premier.

Célestin se plaint qu’il trouve pas de femme, si il se trouvait sous la fusillade ça lui en ferait bien passer le gout des femmes.

Je viens de parler au maréchal des Couchaudries qui est avec moi, il s’en va en permission.

Grand bonjour.

Henri,

337ème d’infanterie, 19ème compagnie – SP 163