Marc CHAGALL (1887-1985)
Gouache sur papier
Date création : entre 1925 et 1930
Dimension hors cadre : 65 x 51 cm
Lieu d'exposition de l'original : Musée d'art et d'histoire du judaïsme (mahJ), hôtel Saint-Aignan, 71 rue du Temple, 75 003 Paris
Lieu d'exposition de la reproduction : Hall d'entrée de l'hôtel de ville de Fontenay-sous-Bois, 4, esplanade Louis-Bayeurte, 94 120 Fontenay-sous-Bois
N° d'inventaire du mahJ : D.2000.01.0011978P01.CP
N° d'inventaire de la ville de Fontenay-sous-Bois : FSB1978P72
Biographie
Le peintre naît le 7 juillet 1887 à Liozno (parfois orthographié Liozna) dans la banlieue de Vitebsk, en Biélorussie (laquelle appartenait alors à la Russie tsariste).
Il meurt le 28 mars 1985 en France, à Saint-Paul de Vence.
Il est l'aîné d'une famille de 9 enfants. A la fin de ses études, il travaille dans divers ateliers de l’école des beaux-arts de Saint-Pétersbourg.
En 1910, il part étudier à Paris auprès de Léon Bakst grâce à une bourse et expose ses travaux pour la première fois en 1914.
Il y est témoin de mouvements picturaux tels que le fauvisme finissant et le cubisme naissant.
Le premier lui inspire la couleur pure, gaie et claire, le second une certaine déconstruction de l’objet. Néanmoins jamais Chagall n’adhèrera pleinement à un mouvement ou à une école.
Tout en adoptant Paris comme sa deuxième ville natale, il n’oublie pas ses origines russes, pour preuve même lorsqu’il peint les ponts de la Seine ou la tour Eiffel, on peut reconnaître des éléments de décor inspirés de ses souvenirs d’enfance qui ne le quitteront jamais.
En 1914, il est de retour à Vitebsk pour une courte durée pense-t-il, mais le premier conflit mondial empêche tout retour à Paris.
Pendant cette période Chagall peint surtout la vie de la communauté juive de sa ville natale. Nommé directeur de l'Académie des Beaux-Arts de Vitebsk, il est supplanté par Kasimir Malevitch en 1919.
Il part alors pour Moscou où il fait les décors pour le Théâtre d'art juif.
Il retourne en 1922 à Berlin puis à Paris. Ses œuvres sont connues aux États-Unis, où des expositions sont organisées.
En 1923, Chagall fait la connaissance d' Ambroise Vollard, marchand et éditeur de livres qui lui commandera notamment trente gouaches et cent eaux fortes illustrant les Fables de La Fontaine (1924-1925), 118 eaux fortes pour les Âmes Mortes de Nicolas Gogol (1925-1931) mais aussi et surtout des illustrations pour la Bible (1930).
Au début des années 1930 il voyage beaucoup avec sa famille.
En juillet 1937 il prend la nationalité française pour fuir l'antisémitisme d' Europe centrale.
À la fin du printemps 1941, il est arrêté et doit son salut au journaliste américain Varian Fry qui lui permet de rejoindre les États-Unis.
Sa femme, Bella, meurt en 1944 ; cet événement marque le choix de ses sujets à cette époque.
Après la guerre, les œuvres de Chagall sont à nouveau exposées en Europe.
Il retraverse l'Atlantique en 1948, pour s'installer à Vence, en France où il aide Frans Krajcberg à partir pour le Brésil.
Il se remarie en 1952 avec Valentina Brodsky (1905-1993).
Après son voyage en Israël, Chagall décrit la Bible « comme la plus grande source de poésie de tous les temps » et dès lors il dit avoir « cherché ce reflet dans la vie et dans l’art ». Commence alors pour Chagall une nouvelle ère de création artistique.
Dorénavant, il consacre son travail à la thématique biblique traduisant l’Écriture Sainte d’abord en gouaches puis en gravures.
Ce travail monumental est à l’origine du Message biblique qui propose un cycle décoratif relatant l’histoire biblique, terminé en 1966. Chagall en fait don à l’Etat français, qui, au grand bonheur de Chagall, l’expose au Louvre avant d’inaugurer en 1973 le Musée national du message biblique à Nice, en présence d’André Malraux.
En 1964, il peint, à la demande d'André Malraux, Ministre des Affaires culturelles, le plafond de l'Opéra de Paris.
Aimé Maeght vend ses œuvres dans le monde entier.
Ses techniques se diversifient : gravures, mosaïques, vitraux … Il continue de peindre des décors, conçoit des costumes pour l'opéra de la Flûte enchantée.
Il finit sa vie à Saint-Paul de Vence, en France, célèbre et reconnu dans le monde entier.
Images d'enfance
La gouache, Villageois tenant la Torah, reprend un thème maintes fois développé par Marc Chagall : le villageois, parfois le rabbin, tenant entre ses mains la Torah ou Pentateuque, nom donné aux cinq premiers livres de la Bible, et qui représente l'essence de la loi hébraïque.
Derrière le villageois se trouve Liozna (ou Liozno), cité située dans l'Empire russe puis rattachée en 1919 à la Biélorussie. Le grand-père Chagall y était précepteur et chantre dans une synagogue. Y sont peintes des maisons en bois, la coupole verte d'une église orthodoxe.
Au second plan, à droite, est représentée une femme en robe bleue tenant un panier devant un magasin sur lequel est écrit en cyrillique "épicerie". La mère de Marc Chagall tenait ce type de commerce dans le shtetl, le quartier juif de la cité. Devant elle, est peint un chevreau au pelage jaune-vert. Cet animal est le symbole dans la culture juive de l'oppression du peuple juif, souvent représenté dans les œuvres de Chagall.
La femme semble regarder un homme qui se tient sur ses mains, les pieds en l'air, sur un sol enneigé. Elément incongru qui contraste avec le personnage au premier plan : un villageois tenant sur son cœur la Torah, l'ouvrage le plus vénéré du Judaïsme. Il a l'air serein. Il est assis sur un traineau, tiré par un cheval dont on ne voit que la croupe. Traditionnellement la Torah reste dans la synagogue mais ici elle représente le partage de la connaissance.
Marc Chagall peint ici son enfance russe, un monde disparu. Lors de la seconde Guerre mondiale, Liozna est occupé par la Wehrmacht. Les juifs du village sont enfermés dans un ghetto de 30 à 40 maisons. A partir du 23 février 1942, ils sont tous massacrés à proximité durant 3 jours, par un "groupe mobile de tuerie", l'einsatzkommando n°9 et des auxiliaires locaux. 1200 juifs de Liozna sont exterminés à la mitrailleuse.
Le legs
Le tableau est légué à la ville de Fontenay-sous-Bois en 1978.
Le testateur, Pierre Eugène Balayn (1908-1978), fontenaysien, était un ami de Marc Chagall. L'artiste, par amitié, offre à M. Balayn "le Villageois tenant la Torah". Ce dernier, par reconnaissance envers la municipalité pour toutes les aides et assistances qui lui sont accordées, lègue en 1978, à la ville, le tableau à condition qu'il soit exposé publiquement. Il prend place à l'hôtel de ville dès cette date.
L'œuvre de chagall est actuellement conservé et exposé au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme par souci de sécurité.
Une reproduction est exposée dans le hall d'accueil de l'hôtel de ville.